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Pour la première fois depuis 1986, l’élection présidentielle au Portugal a eu lieu sur deux tours de scrutin, les 18 janvier et 8 février 2026 : cette élection, très incertaine, avec onze candidats en lice au premier tour, se solde par la victoire de Antonio José Seguro.
L’élection se présentait pleine d’incertitudes. Le Président de la République portugaise est élu au suffrage universel direct, pour cinq ans renouvelables une fois. Marcelo Rebelo de Sousa, conservateur, membre du PSD (Parti social-démocrate), exerce un second mandat depuis sa réélection au premier tour le 24 janvier 2021 et ne peut de nouveau être candidat en 2026.
Le Président de la République ne préside pas le Conseil des ministres ni ne siège au Conseil européen ; chef des armées, il désigne les chefs d’état-major, signe les lois et les décrets votés par le Parlement qu’il peut dissoudre ; il peut convoquer des élections législatives anticipées. S’il ne dispose pas de pouvoirs exécutifs, le Président peut jouer un rôle d’arbitre en cas de crise.
L’indécision du scrutin de 2026 est la conséquence du renouvellement du personnel politique portugais et de la recomposition de la scène politique. Après une longue période de dictature conservatrice (1933/1974), les électeurs portugais votaient alternativement pour le PS (Parti socialiste) ou pour le PSD, de centre droit. Mais les élections législatives d’octobre 2019 ont vu l’irruption de « Chega » (« Assez », « ça suffit »), un parti d’extrême droit virulent ; Chega fait son entrée au Parlement en 2019 avec 1,29 % des voix. En 2021, il recueille 12 % des suffrages, en 2025 20 % en obtenant 65 députés sur 230.
La multiplication des échéances électorales, liée à la corruption, aux conflits d’intérêts, engendre une grande lassitude à l’égard de la classe politique traditionnelle. Les discours xénophobes face aux apports nécessaires de main d’œuvre étrangère liés à une démographie déclinante, une économie déséquilibrée et une forte pauvreté alimentent les frustrations. La fragmentation politique s’accélère, au détriment de la gauche.
Cependant, si la droite est portée par une dynamique favorable, elle se présente en ordre dispersé à l’élection présidentielle. Luis Marques Mendes, membre historique de PSD, reste légitimiste ; l’amiral Henrique Gouveia e Melo se veut l’homme providentiel ; Juao Cotrim Figueiredo (initiative libérale) fait figure de trublion ; André Claro Amaral Ventura est le candidat de Chega à l’extrême droite.
A gauche, le parti communiste et le bloc de gauche paraissaient en perte de vitesse ; pourtant Antonio José Seguro arrive en tête du premier tour de l’élection avec 31,1 % des voix, alors que Ventura, placé en tête par les sondages, arrive au second rang avec 23,5 % des suffrages. En troisième position, J. C. Figueiredo (15,9 %), puis l’amiral H. Gouveia e Melo (12,3 %) et, cinquième, L. M. Mendes (11,3 %), pourtant soutenu par le gouvernement.
A. J. Seguro, ancien secrétaire général du PS de 2011 à 2014, resté éloigné de la vie politique depuis près de dix ans est entré tardivement en campagne et a su renforcer son image d’homme de compromis. Personnalité politique de centre gauche, adepte d’un socialisme modéré, il est un humaniste respecté, connu pour sa pondération et sa probité.
La campagne électorale du second tour a été perturbée par les intempéries qui ont frappé le pays. Le taux de participation (50,11%) a été un peu plus faible que celui du premier tour (52,26 %). A. J. Seguro (PS) remporte largement l’élection présidentielle avec 66,8 % des suffrages, alors que A. Ventura (Chega) obtient 33,2 % des voix. S’il n’est pas soutenu par le Premier ministre ni par les candidats battus au premier tour, A.J. Seguro est cependant parvenu à rassembler au-delà de son camp. Le report des voix à gauche s’est bien effectué, de même qu’au centre-droit dont l’électorat a souhaité faire obstacle à Ventura.
Seguro a fait de sa modération politique un atout face à Ventura. Ce dernier ne sort pas réellement affaibli du scrutin. Il affirme sa volonté de s’imposer comme chef de file de la droite au Portugal, où il souhaite importer le modèle hongrois de V. Orban « d’autoritarisme compétitif ». Pour gagner les prochaines élections législatives, Ventura doit mobiliser la droite radicale populiste et l’extrême droite, tout en donnant des gages à la droite conservatrice plus modérée.
A. Seguro prendra officiellement ses fonctions le 9 mars 2026. L’élection complique la tâche du gouvernement au pouvoir depuis mars 2024 et reconduit bien que minoritaire en mai 2025. C’est une forme de cohabitation qui s’ouvre et Luis Montenegro, le Premier ministre qui s’est engagé à collaborer avec le nouveau Président, devra se montrer plus ferme face à Chega. La défaite de Chega envoie un signal positif à l’Union européenne, mais le score obtenu en fait un acteur central de la recomposition politique du Portugal