La Berlinale 2026, un festival encore très politique

© La Berlinale 2026

La Berlinale (Internationale Filmfestspiele Berlin, littéralement : Festival international du film de Berlin) qui avait été créée en 1951, dans la ville symbole de la guerre froide, le Berlin d’après-guerre, par des alliés occidentaux qui voulaient alors en faire « une vitrine du monde libre » est devenue, avec le Festival de Cannes et la Mostra de Venise, une des trois principales vitrines européennes du cinéma mondial car chaque année plus de 400 films y sont présentés, rassemblant plus de 300 000 spectateurs. C’est aussi la présence de 20 000 professionnels du cinéma et de plus de 4 000 journalistes qui en fait un des lieux d’échanges les plus importants de l’industrie cinématographique européenne et mondiale.

La Berlinale, qui a lieu traditionnellement en début d’année civile, est ainsi la première inscrite sur le calendrier des festivals de cinéma. L’édition de cette année, la 76ème, s’est tenue du 12 au 22 février mais c’est en décembre qu’avait été dévoilé le nom du président du jury, le célèbre cinéaste allemand Wim Wenders.

C’est d’ailleurs de Wim Wenders lui-même qu’est venue la première polémique dont la Berlinale, comme d’ailleurs d’autres festivals de cinéma, est en effet coutumière depuis quelques années, du fait des tensions créées par le contexte international. En ce début d’année 2026, c’est la guerre israélo-palestinienne qui en a été le motif. Lors de la conférence de presse inaugurale, le président, en réponse à une question, a déclaré : « Nous ne pouvons pas vraiment entrer sur le terrain de la politique », provoquant ainsi de vives réactions, le retrait de quelques personnalités ou films invités et la publication d’une lettre ouverte émanant d’acteurs et réalisateurs dans laquelle était dénoncé  « le silence du festival de Berlin face au génocide des Palestiniens ».

Dès avant l’ouverture de la manifestation, le refus par l’ambassade allemande en Egypte d’accorder des visas d’entrée à une délégation de cinéastes soudanais avait provoqué un incident diplomatique et d’autres tensions se sont manifestées tout au long des onze jours du festival. Cela a été le cas de la projection du film documentaire ukrainien, Traces, sur les violences sexuelles commises par des soldats russes contre des femmes ukrainiennes.

Le palmarès lui-même n’est pas resté étranger à ce débat sur la légitimité de l’engagement politique des cinéastes en récompensant de l’Ours d’Or le film Yellow Letters de l’Allemand d’origine turque Ilker Catak, une charge contre les pratiques autoritaires du pouvoir d’Ankara. Et c’est encore de la Turquie que parle le film auquel a été décerné le Grand Prix du jury, Salvation, du réalisateur turc Emin Alper, dénonçant le fanatisme religieux qui sévit dans son pays.

Certes, les films présentés ou récompensés cette année à la Berlinale ne présentent pas tous ce caractère éminemment politique. Cela a été le cas d’Everybody Digs Bill Evans du britannique Grant Gee ou de Rose de l’allemande Sandra Hüller, cantonnés plutôt à la sphère de l’intime et qui ont reçu, l’un et l’autre, la reconnaissance du jury.

Les réalisateurs primés cette année ne figurent pas parmi les plus connus internationalement, ce qui contribue aussi à asseoir l’identité d’une Berlinale devenue au fil des années non seulement un des principaux « moments » du cinéma mondial, mais aussi le festival européen décidément le plus politique. L’édition de 2026 en a été une confirmation.