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Le 12 avril 2026, les élections législatives provoquent en Hongrie un changement de majorité politique. Le Premier ministre Victor Orban, au pouvoir depuis 2010, a été nettement battu par Peter Magyar. Cette défaite remet en cause le système politique du Premier ministre sortant qui avait évolué en « démocratie illibérale ».
La Hongrie est une république parlementaire. Le Président de la République, Tamas Sulyok, élu pour cinq ans le 5 mars 2024, a surtout un rôle d’arbitre. Choisi par le Parlement, il partage avec lui certaines prérogatives comme l’initiative des lois.
Les 199 députés sont élus pour quatre ans par un mode de scrutin parallèle : 106 sièges sont attribués par un scrutin uninominal à un tour et 93 sièges au scrutin proportionnel plurinominal de liste, avec un seuil électoral de 5 % dans une unique circonscription nationale.
Après un premier passage au gouvernement (1998-2002), le Premier ministre sortant V. Orban achève son quatrième mandat consécutif depuis 2010. Cofondateur et chef du parti Fidesz (Fiatal Demokratak Szövetsège : acronyme de « Ancienne alliance des jeunes démocrates »), il a développé le modèle de démocratie « illibérale » dont l’État de droit est la première cible.
Les élections libres, le multipartisme restent en place ; mais les manipulations du système électoral et des circonscriptions doivent favoriser le parti au pouvoir. Les renseignements sont subordonnés au pouvoir politique et l’indépendance de la justice est limitée. Faute de moyens, la presse d’opposition ne peut s’exprimer. L’État repose sur des relations personnelles, les grandes institutions sont dirigées par des individus choisis par le pouvoir. V. Orban défend l’émergence d’un « capitalisme hongrois », devenu une machine à enrichir son entourage.
Presse, justice, minorités sont les cibles de V. Orban : une situation contraire aux valeurs de l’Union européenne (UE). La stratégie électorale d’Orban s’appuie sur une propagande antieuropéenne. Il souhaite « remettre les États au centre du village » dans une « Europe affaiblie », limitant le rôle du Parlement, de la Commission et des justices supranationales. Tout son message est concentré sur le rejet de l’Ukraine et de son Président Zelensky ; cette rhétorique exploite le vieux sentiment antiukrainien de la population hongroise, qui trouve sa source dans des conflits historiques et linguistiques autour des droits de la petite minorité magyare vivant dans l’ouest de l’Ukraine.
Un bras de fer oppose depuis plusieurs années le gouvernement d’Orban à une UE démunie et sans stratégie face aux dérives des membres qui menacent ses valeurs.
La campagne électorale d’Orban reçoit l’appui de forces nationalistes étrangères : M. le Pen (France), M. Salvini (Italie), J. Milei (Argentine), D. Trump (Etats-Unis), B. Netanyahou (Israël).
Le Vice-Président des Etats-Unis, J. D. Vance, a fait le déplacement à Budapest pour soutenir le gouvernement sortant.
Peter Magyar, le principal opposant à Orban dans cette campagne électorale, a rompu en 2024 avec le Fidesz et créé le parti de centre doit Tisza (Respect et liberté). Il souhaite ramener la Hongrie dans le giron européen, en favorisant le peuple plutôt que les oligarques. La relance de l’économie, la restauration de la liberté de la presse et la fin de la corruption sont à la base de son programme. Le rétablissement de l’État de droit doit permettre de débloquer les fonds européens destinés à la Hongrie. Pendant sa campagne, Magyar reste prudent sur l’Ukraine pour échapper aux médias de propagande du pouvoir ; il veille à ne pas s’afficher avec des dirigeants européens. Aussi conservateur que le Fidesz sur de nombreux sujets de société, il maintient une position ferme sur l’immigration. En s’appuyant sur un électorat plus jeune et plus urbain, il cible les zones rurales pour affaiblir la base électorale traditionnelle de V. Orban.
Le 12 avril 2026, le vote hongrois, massif (participation record de près de 80 % des électeurs), est en faveur de P. Magyar. Avec 138 députés sur 199, Tisza remporte plus des deux-tiers des sièges au parlement hongrois (53 % des voix), loin devant le Fidesz (55 députés, 38 % des voix). « Notre patrie », parti néonazi (6 % des suffrages), obtient six députés. La gauche disparait du Parlement. Orban a appelé Magyar pour le féliciter de sa victoire et, devant ses partisans, a reconnu sa « douloureuse défaite ».
Loin d’avoir modernisé la Hongrie, la politique de V. Orban l’a enfoncée dans une impasse. Le pays reste dans le bas du classement européen en matière de revenus. Parmi les Vingt-sept, la consommation par habitant est la plus faible. L’inflation a agi comme un impôt invisible, frappant d’abord les ménages modestes. Les services publics sont exsangues. Le populisme économique pétri de souverainisme, rongé par la corruption, a fini par produire la stagnation. Les Hongrois en ont tiré la leçon.
La nouvelle majorité, avec les deux tiers des sièges nécessaires, devrait modifier la constitution, si elle ne se heurte pas à un appareil institutionnel verrouillé. La priorité de P. Magyar est de restaurer des contre-pouvoirs efficaces.
La défaite électorale du Fidesz devrait donner un coup d’arrêt à la dynamique politique portée par le trumpisme à l’échelle internationale. C’est une mauvaise nouvelle pour la Russie, plus isolée dans l’espace politique européen, et qui comptait sur la Hongrie pour bloquer les sanctions européennes contre le Kremlin. La Chine perd un allié précieux.
Une réflexion pourrait être engagée sur le fonctionnement de l’UE : les règles de l’unanimité ont confié à la Hongrie un pouvoir de blocage sans commune mesure avec son poids démographique, économique et stratégique.
L’avenir dira si Magyar propose une réelle politique de rupture avec son prédécesseur, mais le Fidesz s’apprête à mener une guérilla juridique contre le nouveau pouvoir ; au plan international, la Hongrie devrait perdre son statut de phare réactionnaire bâti par Orban, et l’UE espère retrouver un État membre qui respecte le principe de coopération loyale prévu par les traités.