Airbus, la preuve que l’on n’a pas besoin de l’Union européenne pour créer un champion industriel. Vraiment ?

Tout le monde connaît Airbus, champion industriel qui fabrique près de la moitié des avions de ligne produits dans le monde et dont la compétition avec Boeing est suivie de près par les médias.
Les visites de l’A380 sur le site d’assemblage de Toulouse, nombreuses et appréciées, convainquent le public qu’Airbus est bien un fleuron de l’industrie nationale. Mais cela signifie-t-il qu’Airbus est une entreprise franco-française, que l’aventure industrielle Airbus est exclusivement française et ne doit rien à l’Europe ?

Dans les années 1960, le marché de l’aviation commerciale, en plein développement, est très largement dominé par les Etats-Unis. Les constructeurs européens sont nombreux, concurrents, obligés de posséder l’ensemble des compétences pour concevoir et fabriquer un avion commercial, ce qui constitue des handicaps pour la rentabilité des projets. Quelques constructeurs comprennent alors que seule la coopération en Europe peut apporter la taille nécessaire à un succès commercial et industriel. Cette coopération voit le jour en 1969 sur la base d’un accord intergouvernemental franco-allemand pour la construction d’un avion moyen-courrier adapté aux liaisons courtes du marché européen. Le gouvernement espagnol rejoint cette coopération en 1971 et le Royaume-Uni en 1979. La Belgique et les Pays-Bas participent à certains programmes.

Plusieurs facteurs européens ont joué et jouent encore dans le succès d’Airbus :

● Airbus est progressivement devenu une société européenne : elle a adopté le statut juridique de société européenne pour faciliter ses activités. En effet, ce statut lui permet de porter plus facilement des partenariats entre entreprises de différentes nationalités, de répondre aussi plus facilement à un appel d’offres européen ou encore de bénéficier d’aides communautaires ;

Airbus est un des principaux bénéficiaires du marché unique européen. Les sites majeurs de production sont implantés dans les pays signataires de l’accord intergouvernemental, c’est-à-dire la France, l’Allemagne, l’Espagne et le Royaume-Uni. Les avions sont produits selon une chaîne de valeur européenne, chaque site étant spécialisé sur une partie de l’avion. Pour l’assemblage final, il est nécessaire de mettre en œuvre une logistique importante considérablement facilitée par la libre circulation des personnes et des biens ;

Airbus bénéficie, pour la mise en service de ses appareils, du système unique de certification européenne et des normes de sécurité communes à tous les pays de l’Union européenne. Pour voler en Europe une certification suffit ;

Airbus a bien sûr bénéficié de l’ouverture du marché européen et donc du développement de son trafic aérien. Près d’un milliard de passagers en Europe en 2015 !

Airbus n’est pas seulement une entreprise qui fabrique des avions, c’est devenu au début des années 2000 un groupe homonyme présent dans les secteurs aéronautique spatial civil et militaire. Il prend part aux programmes Copernicus et Galileo qui sont respectivement les systèmes d’observation de la terre et de positionnement GPS ;

Airbus est un acteur majeur dans les programmes de recherche et développement européens comme le programme drones ou encore « clean sky » qui est un programme de recherche de solutions pour rendre le transport aérien plus propre et pour répondre aux défis énergétiques et environnementaux de l’aéronautique ;

Airbus finance ses projets avec l’appui de la Banque européenne d’investissement (la BEI). Des accords sont régulièrement signés entre les deux partenaires et depuis 2011, le montant de l’appui de la BEI au groupe Airbus est de l’ordre de 1,6 milliard d’euros ;

Airbus bénéficie du soutien de la Commission européenne dans son contentieux commercial qui l’oppose au groupe américain Boeing depuis 2004. La Commission défend les intérêts d’Airbus à l’Organisation mondiale du commerce ;

Enfin, les dirigeants d’Airbus au Royaume-Uni s’étaient clairement positionnés pour un maintien dans l’Union européenne. Ils s’inquiétaient notamment des risques que pourrait faire courir à Airbus, une limitation de la libre circulation des travailleurs et des biens. Les ailes de l’ensemble des avions Airbus sont fabriquées au Royaume-Uni. Theresa May, la Première Ministre britannique, a fait du maintien d’Airbus au Royaume-Uni un de ses objectifs et a exprimé sa volonté de rester membre de l’Agence spatiale européenne ainsi que de l’Agence européenne de sécurité aérienne.

Ainsi, l’entreprise Airbus née d’une volonté commune de coopération, a nourri son développement au fur et à mesure de la construction de l’Union européenne. N’en déplaise aux anti-européens, c’est bien grâce à son assise européenne que le groupe Airbus a acquis une stature et une notoriété mondiales.

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