Année européenne du patrimoine culturel 2018 : l’Europe des jardins – Rendez-vous aux jardins

Proposée par l’Allemagne et soutenue dès l’origine par la France, l’Année européenne du patrimoine culturel 2018 permet de promouvoir le patrimoine comme élément central de la diversité culturelle et du dialogue interculturel, de valoriser les meilleures pratiques pour assurer la conservation et la sauvegarde du patrimoine ainsi que de développer sa connaissance auprès d’un public large et diversifié.

Le thème retenu cette année par le Parlement européen et le Conseil de l’Europe s’intitule Les jardins d’Europe avec, en point d’orgue, les Rendez-vous aux jardins qui ont eu lieu les 1er, 2 et 3 juin, avec le concours étroit du Ministère français de la Culture !

Même si la date semble dépassée, vous trouverez de nombreux parcs et jardins qui vous ouvriront leurs frondaisons tout l’été et bien plus encore…

En 2018, la 16ème édition des Rendez-vous aux jardins, pour la première fois depuis leur création, a vu s’ouvrir plus de 2 500 parcs et jardins dans seize pays européens[1] en accueillant des millions de visiteurs.

L’ambition affichée depuis toujours est d’inciter tous les publics –néophytes comme initiés, enfants comme adultes- à (re)découvrir des jardins.

Cette édition européenne a été l’occasion pour le public nombreux d’appréhender la notion de circulation des plantes et les échanges de savoir-faire sur l’ensemble du continent, particulièrement à destination du jeune public.

Les jardins ont toujours été au cœur du patrimoine partagé par les Européens.

Monique Mosser, historienne de l’art, rappelle qu’il convient de parler de « jardins de l’Occident ». D’après elle, « ce sont les Romains qui ont tout inventé : les petits comme les grands jardins, les jardins impériaux, les bassins, les jets d’eau ».

Au Moyen-âge, les jardins sont liés aux abbayes et sont utilitaires avec de grands potagers.

Depuis la Renaissance, s’est opéré un retour des jardins de pur agrément, d’abord en Italie puis dans d’autres pays ; les traités d’art des jardins, les plans, les modèles de parterres, les gravures et autres images circulent dans toute l’Europe. Les traités sont traduits dans de nombreuses langues et réédités fréquemment.

Au XVIIIe siècle, comme les architectes ou les peintres, les créateurs de jardins et les jardiniers exécutaient leur « Grand Tour ». Ils voyageaient d’Angleterre en Grèce, voire jusqu’en Turquie, en passant par la France, la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Italie pour visiter les monuments antiques ou baroques et les jardins des grandes demeures royales ou princières, et échanger savoirs et savoir-faire.

Les botanistes conduisent des missions dans le monde entier et échangent leur matériel végétal et leurs observations. Le Suédois Carl von Linné entretient des correspondances avec les Néerlandais Gronovius, Clifford et Boerhaave, l’Anglais Philip Miller, l’Autrichien Scopoli, la reine Catherine II de Russie et les Français Bernard de Jussieu, Philibert Commerson et Claude Richard.

Aujourd’hui encore, des botanistes participent à des réseaux européens et mondiaux.

Les plantes aussi circulent. Le XIXe siècle est considéré comme l’âge d’or de l’horticulture en Europe ; de nombreux établissements horticoles fleurissent et prospèrent. Les catalogues de plantes sont multilingues pour répondre à un goût accru pour les végétaux. Les plantes collectionnées auparavant sont désormais l’objet d’échanges mercantiles. Ce phénomène esquisse le passage de la botanique scientifique à la botanique capitaliste.

Ce sont tous ces échanges, entre souverains, entre princes, entre savants, entre jardiniers, qui ont fait l’Europe des jardins et ce savoir-faire européen s’est diffusé dans le monde entier.

Certains réseaux professionnels comme celui des paysagistes ont vu le jour en Europe. En 1948, à l’initiative de paysagistes britanniques, la première organisation professionnelle internationale des paysagistes, l’IFLA (International Federation of Landscape Architects) est créée. Jardiniers et concepteurs de jardins bâtissent cette organisation avec la conscience d’une vocation commune et d’une vision à défendre.

La construction d’une Europe des jardins passe aussi par ces voyages d’études de jardins que nous faisons dans toute l’Europe avec plaisir et intérêt, par la découverte de leur diversité et l’identification de leurs points communs.

Apprendre à planter un mixed-border[2] en Angleterre, à créer une mosaïculture en Allemagne, à tailler des palissades en Espagne, à piqueter un parterre de broderies ou à cultiver des plantes en caisse en France et à accompagner et conserver un jardin ancien en Italie, pourrait être le socle commun des jardiniers européens.

Le développement du tourisme a beaucoup œuvré pour l’Europe des jardins. Des réseaux touristiques comme EGHN (European Garden Heritage Network/Réseau européen du patrimoine des jardins) mettent en relation, depuis une quinzaine d’années, près de 200 parcs et jardins dans 14 pays d’Europe grâce à des routes régionales. Un site Internet quadrilingue[3], la transmission de bulletins électroniques, la programmation d’expositions, l’édition et la diffusion de brochures, l’organisation de conférences sur l’art et la gestion des jardins et l’attribution de prix (jardin historique, jardin contemporain, événements de jardin, etc.) rendent ce réseau vivant.

« Jardins à l’italienne », « jardins à la française », « jardins à l’anglaise » ou « jardins hispano-mauresques » ont été aménagés sur l’ensemble du continent européen et inspirent toujours les créateurs contemporains ; mais, avec la prise de conscience de l’urgence écologique en Europe, aux Etats-Unis et en Chine, les jardins sont devenus des réserves de sens, des lieux symboliques d’expérimentation et de résistance sociétale, comme les jardins partagés.

Vous avez certainement en tête des exemples de jardins : regardez dans votre village, dans votre ville, dans votre département et découvrez leurs splendeurs !

Sources :

  • Ministère de la Culture;
  • Tous aux jardins ! in La Croix n° 41115 des 2 et 3 juin 2018 ;
  • Histoire des jardins de la Renaissance à nos jours/ Monique Mosser et Georges Teyssot, Paris, Ed. Flammarion, 1991.

[1] 14 états membres : Allemagne, Belgique, Croatie, Espagne, Estonie, France, Hongrie, Irlande, Italie, Lituanie, Pays-Bas, Pologne, Slovaquie, Slovénie + Monaco et la Suisse.

[2] Chef-d’œuvre des jardins anglais, le « mixed-border » est un luxuriant parterre fleuri de forme allongée, composé d’une grande variété de plantes – avec une forte proportion de vivaces – et adossé à un mur ou à une haie.

[3] https://wp.eghn.org/fr/eghn-reseau-europeen-du-patrimoine-des-jardins/

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