Chroniques de l’Europe : un « pas de côté » dans l’histoire européenne

C’est un curieux ouvrage qu’ont publié au début de cette année 2022 les CNRS Editions [1]. Un ouvrage collectif coordonné par Sonia Bledniak, Isabelle Matamoros, Fabrice Virgili et auquel ont contribué des historiennes et historiens spécialistes de domaines divers, comme les techniques, le politique, l’environnement, les idées, les arts, l’économie, etc. La tâche confiée à chacune et à chacun consistait à développer en une page le récit de l’un des événements de l’histoire de l’Europe dont le choix a cependant été déterminé collectivement. Non pas l’une de ces grandes dates dites « canoniques » et reconnues habituellement comme fondatrices de l’histoire, encore moins de la construction européenne, ces guerres, révolutions et traités qui « font trop souvent de l’ombre à des épisodes négligés, mais qui, néanmoins, ont eux aussi fait l’histoire ».

Ce sont donc ces événements « négligés » qui, pour leurs auteurs, constituent des jalons de l’histoire européenne et le corpus de ces Chroniques. Le lecteur aura le choix de picorer au gré de ses envies ou de sa fantaisie dans les 120 événements présentés dans ce recueil ou bien de les découvrir dans l’ordre sagement chronologique dans lequel ils sont organisés, de 1405, année de publication de La Cité des Dames de la philosophe et poétesse Christine de Pisan, jusqu’à 2020, année de l’officialisation du divorce du Royaume-Uni d’avec l’Union européenne. Si ce dernier événement ne peut tout à fait être qualifié de « mineur », d’autres, a priori, le peuvent, comme le choix, à partir de 1470, d’imprimer des livres non en lettres « gothiques », mais en « romaines », ces polices  qui gagneront peu à peu toute l’Europe ; « mineure » encore, en 1709, la publication par Daniel Defoe des Aventures de Robinson Crusoé qui invente, en ce début de Siècle des Lumières, la littérature pour la jeunesse, ou en 1906 l’instauration en Finlande d’un suffrage universel ouvert aux femmes… Ce sont effectivement des phénomènes de société (l’intolérance, la peine de mort, la condition féminine…), des « moments » géopolitiques marquants comme la constitution en 1834 de la première organisation démocratique supranationale, La Jeune Europe, des faits scientifiques ou artistiques : s’y croisent ainsi curieusement la première apparition de la tomate dans un herbier européen en 1613 et le film fondateur du néoréalisme italien, Le Voleur de Bicyclette de Vittorio de Sica en 1949…

La cohérence de cet ensemble de dates et d’événements au premier abord pour le moins disparates lui est conférée par la référence à un caractère européen qui, pourtant, ne va pas de soi, et que l’avant-propos du livre s’efforce de cerner en insistant sur « ce qui est commun ou mis en commun, ce qui rapproche et rassemble. » 

Un ouvrage enfin, dont les choix de présentation des différents événements et dates révèlent une réelle volonté pédagogique. A chacun d’entre eux, en effet, est consacrée une double-page : à droite le texte signé par l’un des auteurs, et, en regard, des documents, textes, images et frise chronologique thématique qui illustrent et complètent le propos.

 

Un travail d’historiens tout à fait insolite mais qui, de par sa cohérence et sa diversité, est une porte d’entrée, dérobée certes, mais pertinente, efficace et distrayante, dans une histoire européenne faite de grandes et de plus petites dates. C’est par ces dernières que Chroniques de l’Europe nous invite à y pénétrer.

 

[1] Chroniques de l’Europe. CNRS EDITIONS, 2022. 269 pages. 20 €. https://www.cnrseditions.fr/catalogue/histoire/chroniques-de-l-europe/

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