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Devenir membre de l’espace Schengen nécessite un long parcours pour les Etats qui le souhaitent. Chypre, dont l’accession a été reportée en particulier en raison de la partition de l’île, franchit les dernières étapes en vue d’une adhésion complète, espérée pour 2026.
Le « système Schengen » est entré en vigueur en 1995. Actuellement, il comprend vingt-cinq pays membres de l’Union européenne (UE), et quatre Etats associés : l’Islande, le Liechtenstein, la Norvège, la Suisse. Chypre et l’Irlande, membres de l’UE, ne font pas partie de cet espace de libre circulation des personnes entre Etats signataires et associés ; les contrôles aux frontières intérieures sont supprimés, tout en garantissant une protection renforcée aux frontières extérieures de cet espace. L’Irlande bénéficie d’un statut particulier avec la clause « d’opting-out » : ce pays souhaite conserver la « Common travel area », zone de déplacement sans frontière, avec le Royaume-Uni, non membre de l’UE. Mais l’Irlande, comme Chypre, coopère au système d’information Schengen qui permet de consulter des signalements dans une base de données communes.
L’adhésion à l’espace Schengen suppose le respect des acquis de cet espace, c’est-à-dire de l’ensemble des règles qui découlent de la suppression des frontières. Les Etats doivent aussi disposer de frontières communes avec les autres pays membres ; ainsi, les départements et territoires d’outre-mer français sont exclus de cette organisation. Enfin l’adhésion d’un nouvel Etat doit être acceptée, à l’unanimité, par le Conseil de l’UE après consultation du Parlement européen.
La Commission européenne apporte désormais un total soutien à Chypre pour finaliser les travaux techniques nécessaires à son intégration dans le système Schengen. Si le pays a rejoint le système d’information en juillet 2023, il doit harmoniser ses règles sur les visas de court séjour avec l’acquis Schengen, déployer le nouveau système d’entrée – sortie aux aéroports de Larnaca et de Paphos, et dans les ports maritimes.
L’adhésion de Chypre a été retardée en raison de l’occupation turque au nord et de la partition de l’île. Chypre est au croisement des flux migratoires en provenance du Proche et du Moyen-Orient vers l’Europe. Une partie des migrants transite par la République turque de Chypre du nord, avant de franchir clandestinement la « ligne verte » pour se rendre dans le sud de l’île. L’adhésion entière à Schengen en 2026 est liée à la question de la perméabilité de la ligne verte entre le sud et le nord, occupé par la Turquie.
Cette adhésion totale à l’espace Schengen, en simplifiant les déplacements, doit renforcer l’attractivité de l’île sur le plan touristique, et favoriser l’installation de sièges régionaux d’entreprises.
Dans une période de tensions en Méditerranée, surtout avec la Turquie, c’est un signal géopolitique donné par l’Europe qui affirme son unité et son soutien à la république de Chypre. Enfin, une adhésion totale de Chypre à Schengen coïnciderait avec sa présidence du Conseil de l’UE au premier semestre 2026.