L’Estonie

« L’Estonie est un petit pays du nord de l‘Europe. Voilà pour l’ignorance générale, dont la mienne. », écrit Richard Millet (Eesti. Notes sur l’Estonie), remarque qui semble partagée par la plupart.
Le commentaire de quelques extraits de son ouvrage devrait permettre de faire reculer un peu la méconnaissance de ce « petit pays ». L’Estonie, Etat très demandeur de politiques européennes, va prendre la présidence du Conseil de l’Union européenne (UE), du 1er juillet au 31 décembre 2017.

Des Etats baltes, l’Estonie est le plus petit (45 125 km2), le plus septentrional, le plus occidentalisé. Les Estoniens appartiennent à la famille finno-ougrienne par leur langue, proche du finnois. Ce peuple de 1,32 millions d’habitants (Eurostat 2016) compte dans sa population 400 000 Russes, envoyés là par les Soviétiques pour russifier l’Estonie : « On les appelle russes, mais il vaudrait mieux dire russophones, car ils sont venus de toutes les provinces de l’URSS, y compris les plus arriérées […] Des gens qui pour beaucoup ne parlent même pas estonien, et dont on ne sait que faire […] Quelqu’un me dira plus tard que, d’une certaine façon, ces Russes n’existent pas, et que ce n’est qu’un juste retour des choses, les Estoniens n’ayant pas été eux-mêmes pendant cinquante ans, à cause des Soviétiques. » (R. M.) ; face aux tensions ethniques, le gouvernement s’efforce d’encourager l’intégration de ces minorités.

L’Estonie est un jeune Etat, dont l’indépendance est définitivement acquise en 1991, avec la décomposition de l’Union soviétique. Au début du XIIIe siècle, les Danois sont les premiers conquérants de la région, suivis des Suédois au milieu du XVIe siècle. En 1721, l’Estonie passe sous l’autorité russe et devient une province de l’empire. Le réveil national se produit à la fin du XIXe siècle : une presse nationale apparaît, les règles de la langue estonienne sont fixées : « Une langue liquide qui m’a fait songer à un châle de soie qu’on tiendrait dans un ruisseau de printemps ». (R. M.). La proclamation de l’indépendance de la République d’Estonie le 24 février 1918 profite de la révolution russe de 1917. L’occupation allemande, de 1941 à 1944, est plutôt bien accueillie après la brutale annexion soviétique de 1940. Avec le reflux allemand, l’URSS reprend le contrôle du pays, entreprend une politique de soviétisation systématique pour éradiquer l’identité estonienne.

A partir de 1986 et du dégel de la glasnost gorbatchévienne, se multiplient les manifestations nationalistes, accompagnées de chants patriotiques : « Un petit peuple qui a conquis son indépendance sans verser une goutte de sang, et en chantant […] Cette Révolution chantante ayant été, avant et pendant la Perestroïka, un des vecteurs singuliers de ce nationalisme » (R. M.), jusqu’à la reconnaissance de l’indépendance après le putsch de Moscou en 1991.

Très vite, l’Estonie est passée d’une économie dirigiste et nationalisée, à une économie de marché performante. La réalisation en un temps record des réformes démocratiques et libérales a rapproché au plus vite le pays des exigences de l’Europe communautaire. « L’Estonie s’est modernisée en vingt ans, révélant la vraie nature de l’URSS : un régime qui a toujours été vieux. » (R. M.).
Après une période de forts taux de croissance (11,4 % en 2006 par exemple), l’Estonie a été touchée par la crise économique de 2008-2009. La reprise a eu lieu en 2010 ; le taux de chômage, après avoir dépassé 8 % en 2013, est redescendu à 6,2 % en 2015. Mais le PIB/hab. est un des plus faibles de l’UE (15 171€ en 2015, 23e rang) et 20 % de la population est considérée comme pauvre.

Toutefois, les nouvelles technologies se sont fortement insérées dans les modes de vie de la population estonienne : « L’ordinateur est présent dans tous les sacs, comme le téléphone mobile, même sur les genoux d’un vieil homme assis sur un banc […] et que […] j’avais d’abord pris pour un clochard […] avant de remarquer le petit ordinateur portable dont il se servait avec vélocité. » (R. M.). C’est un atout dans la stratégie de développement d’une économie de services à haute qualification. L’Estonie s’est fait un nom dans l’exportation d’équipements électriques et électroniques (télécommunications), de bois et de textiles.

Un choix qui peut s’expliquer par des conditions naturelles contraignantes.

L’Estonie appartient à l’extrémité nord-ouest de l’ensemble continental russe, où alternent plaines et collines au sol pauvre : « Si je devais rapporter ce paysage, notamment ses forêts de pins et de bouleaux, très hauts, avec, à leur cime, des étendards de givre, ce serait à la Corrèze, mais une Corrèze aplatie […] Quelques chênes aussi, au bord d’un chemin creux, qui me font penser au Limousin. » (R.M.). L’empreinte glaciaire a fortement marqué le relief ; les sols acides sont peu favorables à l’agriculture. L’eau est abondante : les marécages et les étangs couvrent 10 % de la surface du pays ; les forêts, immenses et nombreuses, occupent 45 % du territoire.

Confrontée à l’omniprésence russe, l’Estonie entretient des relations privilégiées avec la Suède et la Finlande ; très favorable à une zone d’intégration nordique (pour assurer, en particulier, la sécurité énergétique), le pays est aussi très partisan de politiques européennes.
Dès son indépendance, l’Estonie a poursuivi le double objectif d’adhérer à l’OTAN, et d’entrer dans l’Union européenne. Les négociations d’adhésion entre Tallinn et Bruxelles ont débuté le 31 mars 1998, trois ans après le dépôt de candidature en novembre 1995. L’entrée de l’Estonie dans l’UE a été approuvée à une large majorité (67 % des suffrages exprimés) le 14 septembre 2003. Les Estoniens considèrent que l’appartenance à l’UE représente une promesse de développement et de stabilité pour leur pays.


Ce petit Etat a la volonté de se faire entendre dans l’UE, et de ne pas être traité comme un pays de second rang. L’Estonie est présente à la Commission européenne avec Andrus Ansip, vice-président chargé du marché unique du numérique. Elle envoie six députés au Parlement européen, six représentants au Comité économique et social européen et au Comité des régions. L’intégration de la zone euro a été, depuis l’adhésion, un objectif prioritaire pour les pays baltes, pourtant tout juste dotés de monnaies nationales. L’euro est perçu comme un atout pour l’essor du commerce avec les autres Etats membres de l’UE, et comme un élément attractif pour les investisseurs européens.

L’Estonie a pu rejoindre la zone euro le 1er janvier 2011, grâce à sa politique économique vertueuse. Avec les pays baltes, l’Estonie prône une politique sécuritaire et de défense unie en Europe, un renforcement des liens entre l’UE et l’OTAN, dont le pays est devenu membre en 2004.

Dans le cadre de la présidence tournante de l’UE, l’Estonie entend se concentrer sur l’avenir de l’emploi et sur le rôle de la technologie dans la transformation des systèmes sociaux. La « nation tech » européenne par excellence, qui a déjà impressionné les délégations du Parlement européen par sa modernité, est prête à prêcher la révolution numérique, en accord avec l’exécutif européen.

Elle entend diriger le débat européen et montrer comment la technologie pourrait aider à l’amélioration des systèmes de protection sociale, en les rendant plus intelligents, moins chers et plus pratiques pour les citoyens. Elle compte partager son expérience dans le cadre de la sécurité sociale à distance : la présidence se concentrera sur le potentiel de l’e-santé pour la gestion des prescriptions et la consultation des dossiers médicaux.

Pour les citoyens, l’accent sera mis sur l’acquisition des compétences nécessaires et la mise en place de protections afin de soutenir des carrières de plus en plus intermittentes.

L’Estonie organisera des conférences et des discussions politiques de haut niveau, pour mieux préparer les citoyens et les Etats aux transformations majeures qui les attendent.

Sources :

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