Coup d’œil sur la Croatie

La Croatie, vingt-huitième Etat à avoir rejoint l’Union européenne (UE) en 2013, prendra pour la première fois la présidence du Conseil de l’UE au premier semestre 2020. Issue de l’éclatement de la Yougoslavie en 1991, la Croatie considère l’UE « comme un projet de paix et d’espoir » (Andrej Plenkovic, Premier ministre croate, 4/11/2019).

Un Etat jeune, né dans la guerre 

Bien que le territoire national soit pour moitié balkanique, les Croates ne se considèrent pas comme des Balkaniques. Ils se sentent proches de l’Allemagne et de l’Autriche, dans une Europe centrale catholique et baroque, face à une Europe balkanique plus nettement définie par sa composante orthodoxe et par l’empreinte ottomane. Unis à la couronne hongroise au XIIe siècle, passés sous l’autorité des Habsbourg d’ Autriche (avec une parenthèse ottomane au XVIIe siècle), les Croates sont intégrés en 1918, avec les Slovènes et les Serbes, dans un Etat rebaptisé « Royaume de Yougoslavie » en 1929, devenu « République fédérative socialiste de Yougoslavie » en 1945.

Le divorce avec la Yougoslavie a pour origine la détérioration des rapports politiques dans la fédération à la fin des années 1980, liée en partie au réveil du nationalisme serbe. Alors que la Serbie reste attachée à la recentralisation du modèle fédéral existant, la Croatie souhaite transformer la Yougoslavie en une Confédération d’Etats indépendants.

A cela s’ajoute le choc externe de l’ébranlement du pouvoir communiste en Europe de l’Est.

Les tensions interethniques se développent en 1990 et conduisent à un affrontement militaire entre des forces croates improvisées et des irréguliers serbes soutenus par l’armée fédérale.

La Croatie proclame son indépendance le 25 juin 1991 avec l’appui politique de l’Allemagne. Après s’être d’abord opposée à la sécession, la Communauté européenne reconnaît officiellement la Croatie le 15 janvier 1992. Au printemps de cette même année, la FORPRONU, force d’interposition de l’ONU, est déployée, sans grand effet sur le conflit qui se déplace en Bosnie.

En 1995, la guerre prend fin alors que les Croates récupèrent la Slavonie occidentale, la Krajina et opèrent le « nettoyage » du pays par l’expulsion des Serbes.

Ce conflit a provoqué un bouleversement du peuplement dans cette région aux populations imbriquées. Les Croates (4,108 millions d’habitants en 2018) constituent presque 90 % de la population. Les trois-quarts des Serbes auraient fui le pays : ils étaient 12 % de la population avant la guerre, mais ne sont que 4,5 % de nos jours. D’autres minorités ont une faible présence, souvent moins de 0,5 % de la population totale.

L’économie, une des plus avancées de l’Europe du Sud-Est dans le processus de convergence, est dominée par le secteur des services (2/3 du PIB), avec un important secteur touristique (19 % du PIB, 10 millions de touristes par an) en Dalmatie centrale et méridionale. La reprise de la croissance en 2015 a mis un terme à la récession liée à la crise de 2008/2009. Mais 30 % de la population reste exposée au risque de pauvreté et d’exclusion.

« L’Union européenne, un projet de paix et d’espoir »

La République croate, sortie de l’isolement en 2000, pose sa candidature à l’entrée dans l’UE en 2003. Un long processus de négociation se met en place : difficultés de réformer la justice, d’accepter les décisions du TPIY, de faire reculer la corruption, de régler les conflits frontaliers avec l’Italie et la Slovénie.

L’adhésion est approuvée par referendum le 22 janvier 2012 (66,3 % de « oui ») ; mais la lassitude de l’opinion croate se traduit par une faible participation électorale (44 %). La Croatie adhère le 1er juillet 2013 et devient le vingt-huitième Etat européen.

L’adhésion est un moyen pour la Croatie de progresser dans la voie de l’Etat de droit. La corruption, caractéristique des pays ex-communistes, n’a pas complètement disparu. Le dernier  remaniement ministériel de juillet 2019 est lié à divers scandales et enquêtes touchant plusieurs ministres.

Dans ce système parlementaire (où la fonction de chef de l’Etat est occupée par madame Kolinda Graber-Kitanovic, élue au suffrage universel en 2015), le Premier ministre Andrej Plenkovic (depuis2016) conduit la politique nationale et étrangère. La Croatie veut être l’élément stabilisateur de la région, soutenant les efforts des Balkans occidentaux pour rejoindre l’UE et l’OTAN dont elle est membre depuis 2009.

Le gouvernement négocie l’entrée du pays dans Schengen et dans la zone euro pour 2022 et prépare la première présidence croate de l’UE au premier semestre 2020. Au cours d’une conférence tenue à Zagreb le 4 novembre 2019, le Premier ministre Andrej Plenkovic indique les grands axes de cette présidence : « Une Europe qui se développe, une Europe qui se connecte, une Europe qui protège et une Europe qui a de l’influence ». Le budget sera l’une des priorités, avec la défense de la politique régionale. En relation avec les problèmes démographiques en Europe de l’est, la Croatie souhaite renforcer le taux de natalité de l’UE. Améliorer la connectivité, renforcer les libertés et l’accès à la justice, réformer le RAEC (Régime d’asile européen commun) sont les autres thèmes de travail de cette future présidence.

Reprenant les thèmes du « trio » dont elle fait partie avec la Roumanie et la Finlande, la Croatie a coordonné sa présidence en conformité avec le programme stratégique du Conseil européen pour 2019-2024, et avec les orientations politiques de la Commission.


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