Coup d’œil sur … la Finlande

Aux marges de l’Europe et au contact de la Russie, la Finlande est couverte aux trois-quarts d’une forêt trouée de 60 000 lacs. Gardien de ses paysages naturels et de sa langue rare, le pays, très avancé dans les techniques de pointe, connaît actuellement une recomposition de son paysage politique.

Entre Suède et Russie

La Finlande est restée longtemps presque vide, occupée seulement au Sud par quelques tribus ouraliennes, au Nord par les Lapons (Sami en finnois) nomades. La colonisation suédoise, commencée au IXe siècle, s’est développée au XIIe siècle dans l’Ouest et le Sud.

En 1809, le territoire est cédé par la Suède à la Russie qui entreprend une politique de russification libérale. L’indépendance est acquise en 1917 et la République est proclamée en 1919.

La Finlande n’est pas un pays scandinave. Sa population, d’origine finno-ougrienne, est apparentée à celles de l’Estonie et de la Hongrie, et à des minorités éparses jusqu’à l’Oural, qui pourrait en être le berceau. La langue finnoise, parlée par 90 % de la population, devient la langue nationale à la fin du XIXe siècle et cohabite avec le suédois (pratiqué par des minorités dans les villes du Sud-Ouest) comme langue officielle.

Le cœur de la Finlande n’est pas au centre, mais dans le Sud-Ouest, où 60 % des 5,2 millions d’habitants se concentrent sur 20 % des 340 000 km2 du territoire. La capitale, Helsinki (642 000 habitants), installée en 1550 par le roi Gustave Vasa, a végété jusqu’en 1812, année où elle est érigée en capitale du Grand duché par le Tsar. Comme dans toutes les agglomérations finlandaises, l’espace réellement urbanisé y est très discontinu.

Le centre du pays (Savo) est une région de lacs, vestiges de la dernière glaciation, où l’eau recouvre 20 % du territoire et la forêt 80 % des terres.

A l’est du Savo, ce qui reste de la Carélie est faiblement peuplé ; au nord, la Finlande extrême est le pays des Samis, chasseurs et éleveurs nomades de rennes.

Les nouvelles technologies de l’information et de la communication (Nokia), le bois et le papier sont les moteurs de la croissance économique. L’économie du pays a profité de la « finlandisation » [1] après la Seconde Guerre mondiale, en devenant un pont entre les pays capitalistes et ceux du bloc de l’Est.

 

Adhésion retardée à l’UE (Union européenne)

En 1948, la Finlande signe un accord d’amitié et de coopération avec l’URSS garantissant la sécurité de l’URSS et l’indépendance nationale finlandaise. La Finlande adopte une stricte neutralité et, à ce titre, refuse le plan Marshall et une adhésion à l’OTAN. Mais l’adoption d’institutions démocratiques et de l’économie de marché la rattache au camp occidental.

Cependant, cette situation de neutralité éloigne le pays de la construction européenne.

En 1961, la Finlande devient membre associé de l’AELE (Association européenne de libre échange), zone de libre échange sans ambition politique conçue par les Britanniques comme organisation rivale de la CEE (Communauté économique européenne).

La chute du bloc soviétique ouvre la voie à l’adhésion finlandaise, demandée le 18 mars 1992, acceptée par 56,9 % de oui au référendum d’octobre 1994, officialisée en 1995 (avec l’Autriche et la Suède).

La Finlande, toujours attachée à la neutralité, n’est pas membre de l’OTAN ; les dirigeants privilégient la coopération intergouvernementale et la défense des intérêts des « petits pays ». Treize députés représentent les Finlandais au Parlement européen ; un commissaire (Jyrki Katainen) et vice-président de la Commission européenne est chargé de l’emploi, de la croissance, de l’investissement et de la compétitivité. Neuf représentants siègent au Comité économique et social européen et au Comité européen des régions. La Finlande fait partie de la zone euro ; elle a intégré l’espace Schengen en 2001.

Recomposition du paysage politique

La Finlande est habituée aux larges coalitions gouvernementales. Le paysage politique de cette république parlementaire est modifié à la suite des élections nationales et européennes de ce début d’année.

La santé a été au cœur du débat des législatives organisées en avril 2019. D’un coût très élevé, (9,5 % du PIB) lié au vieillissement accéléré de la population (en 2030, plus de 25 % des Finlandais seront âgés de plus de 65 ans), le système nécessite une réforme pour soulager les communes qui l’organisent et pour réduire les inégalités d’accès aux soins. Le parti centriste du premier ministre Juka Sipilä a été sanctionné pour sa politique d’austérité et son incapacité à mettre en place la réforme de la santé.

Par ailleurs, le débat sur l’immigration a fait un retour en force sous la pression d’une extrême droite en plein essor. Depuis 2015, avec l’arrivée de 320 000 demandeurs d’asile (contre 4 000 les années précédentes), la théorie du grand remplacement et la montée des violences racistes profitent aux « Vrais Finlandais » qui, avec 17,5 % des voix talonnent la gauche (17,7 %) aux élections. Jussi Halla-aho, leader des Vrais Finlandais, a été condamné en 2011 pour incitation à la haine raciale, puis blanchi en appel. Sa condamnation, confirmée en 2012 par la Cour d’appel, ne l’a pas empêché d’être élu eurodéputé en 2014, réélu en 2019.

Les élections européennes, à la représentation proportionnelle avec vote préférentiel (l’électeur peut modifier l’ordre des candidats sur la liste choisie), confirment la tendance observée lors des législatives du 14 avril dernier. Le parti écologiste, réalisant son meilleur score (16 %, 2 sièges) depuis sa création en 1987, arrive en deuxième position derrière les conservateurs (20,8 %, 3 sièges) ; les sociaux-démocrates (14,6 %, 2 sièges), en troisième position, dépassent à peine les Vrais Finlandais (13,8 %, 2 sièges) et les centristes libéraux (13,5 %, 2 sièges).

Au second semestre 2019, la Finlande assurera pour la troisième fois (après 1999 et 2006) la présidence du Conseil de l’UE. Les États membres qui assurent la présidence travaillent en étroite coopération par groupes de trois, appelés « trios ». Ce système a été introduit par le traité de Lisbonne en 2009. Le trio actuel est composé des présidences roumaine, finlandaise et croate. Il a fixé les objectifs à long terme et élaboré un programme commun définissant les thèmes et les grandes questions qui seront traités par le Conseil au cours d’une période de dix-huit mois :

  • Une Union pour l’emploi, la croissance et la compétitivité,
  • Une Union qui protège tous ses citoyens,
  • Une Union qui développe une politique climatique,
  • Une Union de liberté, de sécurité et de justice.

Sur la base de ce programme, chacun des trois pays élabore son propre programme semestriel plus détaillé. Le programme finlandais est encore inconnu en ce jour, alors que les négociations pour la formation d’un nouveau gouvernement sont en cours.

Sources :

 

[1] La finlandisation est un terme synonyme à la fois de neutralisation, de renoncement au plein exercice de la souveraineté, mais aussi de maintien de la démocratie et de l’indépendance

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