Coup d’œil sur la Roumanie

En marge de l’Europe centrale et des Balkans, l’espace roumain a longtemps été, épisodiquement et partiellement, intégré à l’Europe. Membre de l’Union européenne (UE) depuis 2007, ce pays, où l’héritage du système socialiste est lourd à transformer, va présider l’UE au premier semestre 2019.

Un membre récent de l’UE

Ressortissants d’un espace intermédiaire, les Roumains ont développé un sentiment complexe d’attraction et de rejet envieux à l’égard de l’Ouest riche et moderne. La candidature à l’adhésion à l’UE est déposée le 22 juin 1995. Les négociations, ouvertes après le conseil d’Helsinki (1999), aboutissent au traité d’adhésion signé à Luxembourg le 25 avril 2005. La Commission confirme, en octobre 2005, que les conditions politiques pour entrer dans l’UE sont remplies mais que des efforts restent à accomplir pour renforcer l’Etat de droit (lutte contre la corruption, système judiciaire, protection des minorités…). L’adhésion du pays est effective au 1er janvier 2007. Cependant la France, l’Allemagne et les Pays-Bas refusent en 2010 l’entrée de la Roumanie dans l’espace Schengen. La Roumanie n’appartient pas encore à la zone euro mais adhère à l’OTAN depuis 2004. Elle est représentée par 32 députés au Parlement européen et Corina Cretu est la Commissaire européenne chargée de la politique régionale.

Vue de Roumanie, l’UE est perçue comme le principal pourvoyeur d’aide publique (30,8 milliards € de fonds pour la période 2014-2020) et de capitaux privés. L’opinion roumaine est partagée entre la fierté nationale et l’espoir que l’intégration européenne permettra le rattrapage économique et la modernisation politique du pays.

Un pays encore convalescent

L’héritage du régime socialiste est lourd à transformer. Contrairement aux autres démocraties populaires d’Europe de l’Est, la transition négociée n’a pas été possible en Roumanie, pour trois raisons :

– l’apathie d’une population fatiguée qui n’a pas de vision de l’avenir ;

– le rejet du modèle hongrois, la Hongrie faisant figure d’ennemi héréditaire (cas de la Transylvanie) ;

– l’obstination stalinienne de Ceaucescu.

Les acteurs de décembre 1989 ciblent le couple Ceaucescu comme seul responsable de la tyrannie, évitent le procès du communisme et protègent les responsables du régime. Ion Iliescu (naguère dignitaire du parti communiste), accède à la présidence en 1990. Cette « Révolution » est donc plutôt un complot organisé par des membres de la nomenklatura. Iliescu, réélu en 1992, s’appuie sur les forces héritées du régime communiste ; le rythme des réformes en est freiné et la corruption se développe.

La vie politique roumaine n’a pas connu, vis-à-vis de l’ancien appareil, une coupure comparable à celle des pays voisins. Les luttes intestines, les difficultés économiques provoquent un malaise à l’égard des politiciens en place et de l’UE. Le pays frôle un coup d’Etat fin juillet 2012. Mais les choses semblent changer en Roumanie depuis 2014.

Le 21 décembre 2014, face à Victor Ponta (PSD : parti social démocrate, héritier du PC), Klaus Iohannis (PNL : parti pro-européen de centre droit) est porté à la présidence grâce au fort soutien de l’électorat jeune. Iohannis n’appartient pas au monde des héritiers des nomenklaturistes : cette victoire traduit la mutation des mentalités de la génération des quadras.

Cependant, l’instabilité gouvernementale n’a pas disparu : trois gouvernements se succèdent en 2017/2018, sur fond de  polémique avec la réforme contestée de la justice. La Commission européenne, dans un rapport du 15 novembre 2017, déplore les mises en cause répétées de la magistrature par la majorité parlementaire. En janvier 2018, Victoria Dancila, à la tête du nouveau gouvernement, révoque la procureure en chef anticorruption. Le 15 novembre 2018, le journal Le Monde  titre : « Inquiétudes sur l’Etat de droit en Roumanie ».

Après avoir été rudement touchée par la crise de 2009, l’économie a retrouvé le dynamisme (croissance de plus 6,9 % en 2017). Mais le pays a perdu plus de 20 % de sa population depuis 1992 (19,6 Mh en 2017) ; une partie importante de cette population vit dans les campagnes, privées de tout service public. Depuis le 1er janvier 2014, les mesures transitoires appliquées à l’égard des ressortissants roumains et bulgares depuis l’adhésion de leurs Etats d’origine ont pris fin. Ainsi, le citoyen roumain, comme tout autre citoyen de l’UE, peut librement travailler en France, par exemple, à compter de cette date.

Dans un même temps, la Roumanie est devenue « l’eldorado » d’exploitants venus de France et d’ailleurs.  Ces pionniers, attirés par les sols fertiles à bas prix, la main d’œuvre peu onéreuse et les aides de l’UE, y ont fondé des exploitations agricoles prospères. En outre, plus de 4 000 Français vivent en Roumanie et 1 500 sociétés à intérêts français sont enregistrées à Bucarest, dont l’usine Renault-Dacia.

Un pays qui va présider le Conseil de l’UE

La Roumanie va présider le Conseil de l’UE au premier semestre 2019, pour la première fois depuis son adhésion. « L’Europe de la convergence, de la sécurité, des valeurs communes », l’Europe « acteur mondial », sont les priorités annoncées pour cette présidence.

La Roumanie est réticente face à une Europe à plusieurs vitesses, au sein de laquelle elle craint d’être marginalisée. Elle reste attachée à la politique de cohésion et à la PAC. L’adoption de l’euro est un objectif pour 2024. Relativement épargnée par la crise migratoire, la Roumanie se veut un partenaire solidaire : elle accueille plus de 4 000 personnes au titre des relocalisations et des réinstallations de nouveaux arrivants.

Les dirigeants soutiennent les aspirations de l’Ukraine à rejoindre l’UE et l’OTAN. Ils défendent une ligne dure à l’égard de Moscou, en soutenant les sanctions jusqu’à la pleine application des accords de Minsk. La Roumanie apporte également son appui à la mise en œuvre d’un accord d’association entre l’UE et la Moldavie, peuplée d’une majorité de Roumains.

Dans une tribune publiée en août 2008, Daniela Lavina Biclû, opposante au régime en place, déplore que la transition démocratique soit encore inachevée en Roumanie. Un décalage existe entre la société et le monde politique dont l’opinion dénonce dans la rue l’incompétence.

Répondre