Coup d’œil sur l’Autriche

Au cœur du continent, l’Autriche va prendre, le premier juillet, la présidence du Conseil de l’Union européenne (UE) pour le second semestre de l’année 2018.

La victoire du Parti populaire autrichien -ÖVP- (parti conservateur) aux élections législatives d’octobre 2017, puis l’alliance avec le Parti de la liberté  -FPÖ- (parti d’extrême droite) n’ont pas provoqué de réactions d’indignation en Europe, comme ce fut le cas en 2000.

En Europe, l’Autriche apparaît comme une seconde Allemagne ou une seconde Suisse. Le nom « Autriche » rappelle qu’elle est la partie orientale du Reich millénaire. Son histoire est liée à celle de l’Allemagne ; la langue officielle est l’allemand. Fédérale elle aussi, l’Autriche est divisée en neuf Länder, dont celui de Vienne. Mais la capitale est un monde à part en Autriche : la distance culturelle avec les provinces lui vaut l’hostilité des autres Länder.

Le pays est en contact avec l’autre Europe : « l’Asie commence au Landstrasse » (troisième arrondissement de Vienne), disait le chancelier Metternich. Mais en 1920, le traité de Saint-Germain détache la Hongrie et ses dépendances.

La neutralité (comme la Suisse), inscrite par le traité de 1955 dans la constitution, a retardé l’adhésion à l’UE, approuvée par 66 % des Autrichiens, effective au 1er janvier 1995.

L’Autriche est un Etat modeste en Europe : 83 000 km2, 8,77 millions d’habitants (Eurostat 2017), représenté par dix-huit députés au Parlement européen ; un Commissaire, Johannes Hahn, est chargé de la politique européenne de voisinage et des négociations d’élargissement.

Après avoir exercé deux fois la présidence de l’UE en 1998 et en 2006, l’Autriche reprend la tête du Conseil de l’UE  le 1er juillet 2018.

Le Parti populaire autrichien -ÖVP- a remporté les législatives en octobre 2017 (31,7 % des suffrages), devant le Parti de la liberté  -FPÖ- (26,9 %) et le Parti social démocrate -SPÖ- centre gauche (26 %).

Sebastian Kurz, leader de l’ÖVP, devient à 32 ans le plus jeune chef de gouvernement en Europe. Il n’est pas un novice en politique puisque déjà, depuis 2013, à la tête du ministère fédéral de l’Europe, de l’Intégration et des Affaires étrangères. Le programme de gouvernement de l’ÖVP, conservateur, promet avant tout du changement en mettant l’accent sur le système de sécurité sociale, en développant une économie de marché « éco-sociale » grâce à l’équilibre entre une économie efficace, la solidarité sociale et la « durabilité » écologique. La réduction de la bureaucratie et des coûts administratifs doit permettre la baisse des impôts. S. Kurz s’affirme pro-européen : pour lui, les valeurs européennes ne sont pas négociables. Il soutient les consultations citoyennes mais milite pour plus de subsidiarité avec une priorité : la lutte contre l’immigration illégale.

Le jeune chancelier a proposé une alliance au parti d’extrême droite eurosceptique, le FPÖ. Cette coalition peut paraître étonnante : le FPÖ a été créé en 1956 par d’anciens combattants nazis. Jörg Haider, à partir de 1986, fait du parti une machine électorale à coups de slogans xénophobes et antieuropéens. Après le décès de Haider (en 2008), le FPÖ adoucit son image à partir de 2010 et les électeurs sont nombreux à le rejoindre. Ainsi, en 2016, au deuxième tour de l’élection présidentielle, moins de 30 000 voix séparent Norbert Hofer (FPÖ) de l’écologiste Van der Bellen. L’élection est annulée pour cause d’irrégularités ; Van der Bellen est élu au nouveau scrutin en décembre 2016 mais Hofer établit un record pour des élections nationales.

En décembre 2017, S. Kurz estime que les programmes des deux partis convergent sur de nombreux points, en particulier le contrôle de l’immigration. Le FPÖ obtient plusieurs ministères importants dont 3 régaliens au sein du nouveau gouvernement : les affaires étrangères, l’intérieur et la défense ; Hanz Christian Strache, le chef du parti, proche des néo-nazis dans sa  jeunesse, devient vice-chancelier chargé des sports et de la fonction publique.

Selon Anaïs Voy-Gillis, membre de l’observatoire européen des extrêmes droites, la mutation de l’opinion publique en Autriche (et en Europe) a commencé au début des années 2000. Les deux mêmes partis (SPÖ et ÖVP), se succédant au pouvoir depuis plus de 50 ans, ne recueillent plus la confiance des citoyens : ces derniers ont envie de tester d’autres partis dont les discours portent un semblant de renouveau.

Pour Franz Kaltenbeck, psychanalyste (Le Monde 26-01-2018), l’Autriche refuse de se lancer dans un travail de mémoire et d’assumer son passé, considérant que « l’invasion du pays par Hitler prouverait que les Autrichiens ont été les victimes et non pas les complices… de nombreux crimes ». En Autriche, l’extrême droite est donc banalisée.

En Europe, alors qu’en 2000 une coalition entre ÖVP et FPÖ avait provoqué un séisme et l’adoption de sanctions de l’UE contre Vienne pour l’arrivée au pouvoir d’un parti xénophobe et d’extrême droite, il n’en est rien en 2017/2018 : l’unanimité, obtenue à 15 pour décider des sanctions, n’est pas envisageable à 27.
S. Kurz a voulu rassurer les dirigeants européens en posant comme condition essentielle de l’alliance de son parti avec l’extrême droite que le gouvernement reste pro-européen. Il exclut tout référendum sur une éventuelle sortie de l’Autriche de l’UE.

Le programme de la future présidence autrichienne souhaite « une Europe qui protège », en insistant sur les frontières avec des priorités : renforcer la coopération en matière de défense, de politique étrangère et de sécurité, de protection des frontières extérieures pour « se concentrer sur la protection des frontières extérieures plutôt que sur la répartition des réfugiés » et stopper l’immigration illégale. Pour S. Kurz, le rôle de Vienne est de « construire des ponts » dans la région, surtout entre le groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie) et les pays d’Europe occidentale. L’Autriche souhaite enfin une stabilisation des Balkans occidentaux par leur intégration dans l’UE.

Plus d’infos :

Répondre