Coup d’œil sur les Balkans occidentaux

« L’UE ne sera jamais complète sans les Balkans occidentaux » (Johannes Hahn, Commissaire européen à l’élargissement, à Sarajevo le 9/12/2016).

Les Balkans occidentaux, ce sont six pays : Monténégro, Serbie, Albanie, Macédoine, Bosnie-Herzégovine, Kosovo ; comptant ensemble 18 millions d’habitants, soit 3,5 % de la population de l’Union Européenne ; mais en retard économique et politique par rapport à l’Union Européenne (UE). Ils sont candidats potentiels à l’adhésion mais les négociations sont plus ou moins avancées selon les pays. Le 17 mai 2018, au cours du sommet de Sofia, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE ont confirmé aux dirigeants des six partenaires la perspective européenne sans parler d’adhésion à l’UE.

Ces six pays présentent des caractères comparables.

Tournés vers l’ouest, ils sont attirés par l’UE avec une « envie » adhésion remontant à 1999, à la fin de la guerre du Kosovo. Leurs leaders ne voient pas d’autre solution d’avenir qu’en Europe : l’intégration européenne signifierait avant tout la fin des tensions bilatérales, après une longue guerre fratricide durant les années 1990.

Mais ces Etats sont faiblement développés sur le plan économique : par rapport à la moyenne européenne, le PIB/hab est largement de moitié inférieur ; le taux de chômage plus de deux ou trois fois supérieur ; le taux de pauvreté est compris entre 14 % (Albanie) et 25,5 % (Serbie) de la population totale. La corruption est très importante : sur 176 pays, ils sont classés entre la 64e (Monténégro) et la 90e place (Macédoine). Encore très loin des critères d’adhésion, ils renvoient une image négative en UE, où « une  fatigue de l’élargissement » se fait sentir parmi les citoyens et certains gouvernements : en témoignent les vives critiques à l’égard de l’élargissement survenu en 2007, avec l’entrée de la Bulgarie et de la Roumanie.

Des atouts

Cependant l’UE s’intéresse aux Balkans occidentaux en raison de différents enjeux liés au contexte international.

Les Balkans sont redevenus un lieu de compétition entre puissances, comme au XIXe siècle.

Les Européens souhaitent limiter l’influence grandissante de la Russie dans la région (surtout dans les pays de confession orthodoxe), où elle développe une propagande nationaliste et antieuropéenne. La Russie utilise les Balkans occidentaux comme zone de transit pour le gaz vers l’Europe : la Serbie est au cœur des réseaux de distribution d’hydrocarbures balkaniques.

Au Kosovo, en Bosnie, pays à majorité musulmane, le dynamisme culturel et religieux de la Turquie (voire de l’Arabie) se traduit par la construction d’écoles primaires, de « madrasa » et par le développement d’une vision radicale de l’islam dans les sociétés balkaniques.

Parmi les nouveaux acteurs étrangers, les plus inattendus sont les Chinois. La Chine s’installe dans les Balkans, finance un corridor entre Thessalonique et Budapest pour exporter ses marchandises vers l’Europe et a décidé de faire de la Serbie une plateforme énergétique.

Pour l’OTAN, les Balkans occidentaux représentent une percée vers l’Est ; le Monténégro et l’Albanie sont membres de l’Organisation, la Bosnie-Herzégovine et la Macédoine sont candidats à l’adhésion. Depuis 2015, le retour du conflit Est-Ouest est ici flagrant. L’UE n’est donc plus seule et doit s’adapter à une concurrence devenue multiple.

 

Les négociations

Les Balkans occidentaux ne forment pas un bloc, contrairement à ce que pourrait faire croire  cette appellation récente ; l’avancement des négociations d’adhésion à l’UE diffère d’un pays à l’autre.

Les plus avancées concernent la Serbie et le Monténégro.

La Serbie (candidature depuis 2009, reconnue en mars 2012) avec 7,5 millions d’habitants, est le poids lourd démographique et économique des Balkans occidentaux. Quatorze chapitres (sur trente-trois) de négociations sont ouverts ; mais les liens anciens avec la Russie, la nécessaire reconnaissance de l’indépendance de son ancienne province du Kosovo et la normalisation de leurs relations créent une ambiguïté.

Avec le Monténégro, candidat depuis 2010, pays le plus riche de la région, le 31e chapitre de négociation a été ouvert en 2018. Adhérent à l’OTAN et appliquant les sanctions à l’égard de la Russie, son adhésion est envisagée pour 2025. Cependant d’importantes réformes sont nécessaires pour lutter contre la corruption dans ce pays, plaque tournante des trafics de drogue et de cigarettes.

L’ouverture des négociations avec l’Albanie (pays candidat en 2014) et avec la Macédoine (statut de candidat en 2005) est prévue en juin 2019, après les élections européennes. L’Albanie est un des pays les plus corrompus et des plus pauvres du continent, avec une florissante culture du cannabis.

Le règlement du différend entre Athènes et Skopje sur l’utilisation du nom « Macédoine » ouvrirait la voie de l’adhésion du pays à l’OTAN et à l’UE. L’« Ancienne République yougoslave de Macédoine », dénomination acceptée depuis l’indépendance par l’ONU et par la plupart des organisations internationales, deviendrait «la « Macédoine du Nord ». Le référendum du 30 septembre 2018 donne une victoire nette du « oui » (91 %), mais avec une faible participation (36,11 %), en partie liée au boycott prôné par les opposants. L’accord doit être accepté par les deux parlements macédonien et grec.

La Bosnie-Herzégovine et le Kosovo sont à la traîne. La candidature de la Bosnie (2016) est à l’arrêt ; l’unité nationale fragile, liée à la présence de trois grandes communautés religieuses (Bosniaques musulmans : 45 %, Serbes orthodoxes : 30 %, Croates catholiques : 15 %), rend les discussions interminables. Quant au Kosovo, il est le plus éloigné de l’adhésion ; le territoire, gangrené par la corruption, ne fonctionne pas encore comme un Etat. Cinq Etats de l’UE refusent de le reconnaître, plusieurs dirigeants sont inculpés de crimes de guerre et les frontières ne sont pas encore fixées ; un projet de partition d’échanges de territoires avec la Serbie : Nord du Kosovo (à majorité serbe) contre la vallée de Presevo (Kosovars, sud de la Serbie) vient de voir le jour. Mais les discussions ont brutalement échoué le 7 septembre 2018 à Bruxelles, quand le président serbe M. Vucic  a refusé de rencontrer son homologue kosovar M. Thaci, en prétextant des provocations kosovares.

L’UE affirme cependant son soutien à la perspective européenne des Balkans occidentaux, sans parler de l’adhésion. A l’initiative de la présidence bulgare du Conseil[1], un sommet UE-Balkans occidentaux s’est tenu à Sofia le 17 mai 2018, réunissant les chefs d’Etat ou de gouvernement des Etats membres de l’UE et les dirigeants des six partenaires des Balkans occidentaux.

Dans la déclaration finale, l’UE salue l’attachement des dirigeants des Balkans occidentaux aux valeurs et aux principes européens, à la lutte contre la corruption et la criminalité, au respect des droits de l’homme.

En annexe de la déclaration, l’UE s’engage dans un programme d’actions  prioritaires vers les Balkans occidentaux :

  • Renforcer le soutien à l’Etat de droit et à la bonne gouvernance ;
  • Renforcer le dialogue sur la sécurité et les migrations ;
  • Renforcer la coopération en matière de gestion des migrations et des frontières ;
  •  Coopérer sur la politique étrangère et de sécurité commune, la politique de sécurité et de défense commune ;
  • Soutenir le développement socio-économique et mettre l’accent sur la jeunesse ;
  • Accroître la connectivité ;
  • Lancer une stratégie numérique pour les Balkans occidentaux ;
  • Soutenir la réconciliation et les relations de bon voisinage dans les Balkans occidentaux.

Si l’UE se tourne vers les Balkans occidentaux, c’est qu’elle y voit un intérêt stratégique ; à Sofia, elle a approuvé l’intention de la Croatie d’accueillir un sommet UE –Balkans occidentaux au cours de sa présidence en 2020. Alors que les Balkans sont de nouveau marqués par des crispations identitaires, la perspective de leur adhésion prochaine à l’UE, pour de nombreux experts, semble peu crédible.

Sources :

[1] Se reporter à l’article paru dans la Newsletter n°28

 

 

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