Dossier thématique : Conclusion

cettefoisjevote.eu                                       

 

Fruit de la critique anti absolutiste des Lumières et de la vague révolutionnaire de la fin du 18ème siècle, la démocratie représentative combine deux principes antagoniques : le principe égalitaire inscrit dans la souveraineté du peuple et le principe aristocratique contenu dans la délégation de la décision à une « élite ». Il s’ensuit une distance entre représentants et représentés avec le risque permanent d’un procès en illégitimité des premiers dressé par les seconds.
Durant le 19ème siècle, jusqu’au Premier conflit mondial, non sans soubresauts, la démocratie représentative s’installe en Europe avec l’élargissement du suffrage, l’établissement des libertés politiques individuelles et collectives et l’organisation de la délibération (procédures parlementaires, partis politiques…). Le premier conflit mondial marque, certes, la défaite des régimes autoritaires, mais il génère dans une partie des opinions, une défiance envers un système politique qui n’a pas su empêcher la guerre et, dans certains pays, un rejet au profit d’expériences totalitaires inédites en Europe.
Avec la fin de la Guerre froide, la démocratie représentative s’impose, presque partout dans le monde, comme une évidence.

Dans l’Europe enfin retrouvée, au-delà de la diversité des situations nationales (nature, système institutionnel, modalités de fonctionnement, organisation territoriale), la démocratie représentative version parlementaire et libérale constitue un élément de l’identité européenne au même titre que la protection sociale. Pourtant, sur fond de crise économique et sociale (2008-2012), doublée d’une inquiétude « civilisationnelle », dans plusieurs États membres, les dirigeants gouvernementaux, sans remettre en cause le principe de la démocratie représentative, tendent à en dénaturer le fonctionnement et à renier certaines de ses valeurs (État de droit, droits de l’homme, respect des minorités) avec, parfois, l’approbation majoritaire de la population. Dans la quasi-totalité des États membres, des chefs de parti encouragent, quand ils ne les déclenchent pas, intolérance et discrimination.

Prônée par les pères fondateurs, la démocratie représentative a mis du temps à s’imposer au niveau européen. Plusieurs décennies ont été nécessaires pour que l’Assemblée des communautés devienne un « vrai » parlement, élu au suffrage universel direct, doté du pouvoir de décision. Le traité de Lisbonne, en plaçant le Parlement sur un pied d’égalité avec la Conseil (des ministres), a considérablement renforcé la légitimité démocratique des « lois » de l’Union.
Pourtant,  le Parlement européen, instance supranationale, doit composer avec les États. Co-législateur avec le Conseil mais privé de l’initiative législative, le Parlement a une capacité d’impulsion limitée. Seulement consulté dans de nombreux domaines, sa capacité d’influence s’en trouve amoindrie. Enfin, sa composition, son fonctionnement et son caractère transnational en l’absence de pédagogie médiatique efficace en font une institution lointaine et peu lisible. « Voix des citoyens » certes, mais de portée limitée.
La démocratie représentative européenne n’échappe pas à la critique de la distance entre gouvernants et gouvernés. Jusque-là, les dirigeants de l’Union ont répondu par l’instillation de démocratie participative. Est-ce suffisant ? Ne faut-il pas plutôt proposer aux citoyens européens, de faire du Parlement européen, le cœur véritable de la démocratie européenne.

La démocratie représentative dans les pays membres comme au niveau de l’Union fait face à un redoutable défi : comment, dans une société en voie d’atomisation numérique,  retisser le lien de confiance entre représentants et représentés ?


Répondre