Dossier thématique : L’échange éducatif dans l’Union européenne

L’Europe s’est construite par l’économie. Certains ont déploré qu’elle ne se soit pas faite par la culture !
Et si, à bas bruit, sans crier gare, depuis deux décennies, l’Union s’installait solidement dans les esprits et devenait une évidence par l’éducatif, par Erasmus ?

Erasmus, acronyme célèbre sert, aujourd’hui, de marqueur générationnel pour une partie de la jeunesse. Il devient, au fil des ans, plus qu’une chance, un droit : faire un Erasmus, partir en Erasmus pour mieux préparer sa vie d’adulte.
Erasmus, connu de tous les Européens et même au-delà, figure sur le podium des réussites de l’Union. C’est que chacun sent bien l’importance et la richesse de l’expérience Erasmus avec la découverte et la compréhension de l’autre comme fondements de la citoyenneté européenne.

Erasmus est la vitrine emblématique de la politique éducative de l’Union européenne. Ce dossier se propose d’analyser cette politique dans sa mise en place, sa définition, ses objectifs, ses réalisations mais aussi ses limites.
Cette politique éducative repose sur les échanges éducatifs entre pays réalisés sous l’égide de l’Union. Ces échanges portent sur des domaines très divers : certains concernent l’éducation formelle – l’éducation et la formation -, d’autres, l’éducation non formelle – la jeunesse et le sport -. Dans ce dossier, seuls les échanges éducatifs relevant de l’éducation formelle sont analysés.
Les échanges éducatifs dans l’Union européenne s’organisent en deux catégories : ceux qui ont trait à la mobilité des individus et ceux qui participent de la coopération par le partenariat. Bien que les recoupements soient fréquents, cette distinction est commode pour l’analyse.

Ce dossier ne prétend pas à l’exhaustivité. Sa seule ambition est d’esquisser une réponse à la question de départ : l’action éducative européenne constitue-t-elle un levier majeur pour « créer une union sans cesse plus étroite entre les peuples de l’Europe » ?

 

L’Europe éducative existe au travers d’Erasmus+


Connu du grand public et unanimement salué comme une des réussites de l’Union, Erasmus+ remplit plusieurs fonctions 
essentielles :
– il participe à la formation des jeunes Européens et apporte à chacun des bénéficiaires une forte valeur ajoutée pour l’emploi et la carrière ;
– il aide à la transformation de l’enseignement supérieur en Europe en encourageant la coopération entre établissements et en favorisant l’harmonisation des cursus ;
– il constitue une ouverture sur les autres, avec, outre l’apport linguistique, une rencontre interculturelle appréciée de tous les publics d’Erasmus ;
– enfin, pour les mobilités longues, il représente une expérience de vie parfois déterminante pour le reste de l’existence.
Est-ce un hasard, si 33 % des anciens étudiants Erasmus ont un conjoint d’une autre nationalité ?

Cependant, Erasmus+ montre quelques limites :
– son organisation est complexe avec de nombreux acteurs : organismes européens, ministères et agences nationales, Conseils régionaux, organismes de jeunesse ce qui multiplie et disperse les offres avec le risque de la confusion et, parfois, du découragement ;
– la mobilité des jeunes par Erasmus reste une pratique sélective : d’une part, elle est liée majoritairement aux études et les dispositifs s’adressent encore prioritairement aux diplômés du supérieur et aux jeunes les plus qualifiés ; d’autre part, la précarité financière, l’isolement territorial, les difficultés d’intégration sociale sont autant d’obstacles qui expliquent que les publics moins favorisés n’en bénéficient pas… encore ;
– s’agissant de la coopération, la faiblesse des taux de sélection des projets de partenariats (1/3 en 2015 pour la France) risque de provoquer une démotivation des candidats potentiels, et, à terme, une baisse des partenariats stratégiques notamment entre établissement scolaires.

Faiblesses mineures, certes. Sauf que pour y remédier, un effort financier important est nécessaire, à un moment où, Brexit aidant, les ressources de l’Union sont contraintes. Gageons que, dans les arbitrages à venir pour 2021-2027, les responsables politiques n’oublieront pas le rôle essentiel joué par Erasmus+ dans la construction d’« une union sans cesse plus étroite entre les peuples de l’Europe » ?

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