Europe et musique

La musique langage universel et patrimoine européen.

Nous aurons l’occasion dans cette rubrique culturelle d’aborder d’autres formes d’expression artistique, mais s’il en est une dont le caractère universel est indéniable, c’est bien la musique, et notamment la musique dite « classique » dont le langage est accessible par-delà les frontières linguistiques et par-delà bien des particularismes culturels. La musique appartient pleinement au patrimoine culturel européen, dont elle est une des manifestations les plus évidentes, en particulier depuis le XVIIIème siècle qui a vu s’épanouir un nombre important de musiciens majeurs aussi bien en Allemagne qu’en Italie, en France ou en Angleterre, et qui a surtout vu les artistes eux-mêmes aussi bien que les influences esthétiques se répandre sur l’ensemble du continent.

Pour les artistes, et notamment les compositeurs de musique, la mobilité en Europe au XVIIIème  siècle est indispensable pour se construire une réputation et enrichir sa carrière[1]. Sources de créativité, ces voyages apportent à ceux qui s’en donnent les moyens, formation, rencontres et emplois. L’exemple le plus souvent cité est bien sûr celui de la famille Mozart qui séjourne dans les années 1760 dans les grandes capitales de l’époque, en particulier Paris et Londres, mais aussi aux Pays-Bas, en Suisse et en Italie, périple entrepris notamment dans le but d’exhiber le tout jeune prodige à l’Europe mélomane de l’époque.

Avant lui, celui qui est considéré comme une des figures majeures de la musique baroque, Georg Friedrich Haendel (1685-1759), avait, lui aussi, fait l’expérience de cette « itinérance musicale » : cet Allemand né à Halle, séjournera plusieurs années en Italie, à Rome et à Naples, avant de s’installer à Londres où il créera ses œuvres majeures et où il bénéficiera d’une notoriété considérable. Haydn, un demi-siècle plus tard y triomphera lui aussi.

Si les grands voyages des musiciens à travers l’Europe sont moins marquants au XIXème siècle, parce que peut-être plus banalisés, on évoquera toutefois le cas de certains musiciens aux identités européennes multiples : Chopin par exemple, né en Pologne, mais d’ascendance franco-polonaise, fera de la France sa patrie d’adoption et de création ; il en va de même pour Jacques Offenbach, ce jeune Allemand qui partira faire ses études à Paris et y fera toute sa carrière jusqu’à devenir le maître de l’opéra-bouffe à la française.

Outre les artistes eux-mêmes, ce sont les influences qui voyagent : après la France et la Flandre qui dominent la production musicale savante à la Renaissance, l’Italie (dont, notons-le, la langue a fourni à l’écriture musicale l’essentiel de son vocabulaire) domine l’Europe de la musique dès la période baroque. Aux débuts de celle-ci notamment son influence est immense et elle donnera une grande unité à la musique européenne continentale. Elle l’est aussi à l’évidence pour ce qui est de l’opéra : Mozart y puisera ses sujets (Don Giovanni et Cosi fan tutte ont Lorenzo da Ponte comme librettiste, sans parler du Mariage de Figaro tiré de la pièce du Français Beaumarchais). A l’époque romantique elle-même, Rossini, Bellini, Donizetti puis, un peu plus tard, Paganini, triompheront à Vienne et dans d’autres capitales.

Au XIXème siècle, c’est le romantisme qui domine dans toute l’Europe aussi bien en musique qu’en littérature sous l’influence de l’Angleterre et surtout de l’Allemagne. En Russie même, où la tradition nourrit fortement la création, les influences musicales occidentales pénètrent : Tchaïkovski, par exemple, l’auteur du célèbre Capriccio italien, qui voyage souvent à Paris, est aussi un admirateur de ses contemporains Dvorak, Grieg et Lalo, dont il loue La Symphonie espagnole.

A partir de cette période pourtant, les influences musicales vont dépasser le cadre de l’Europe : l’Amérique inspirera explicitement La Symphonie du nouveau monde de Dvorak, et le jazz naissant des compositeurs comme Eric Satie ou Ravel, ce dernier allant puiser ses influences également dans la musique d’Extrême-Orient. L’internationalisation de la musique classique deviendra d’ailleurs un des faits marquants du XXème siècle, notamment dans les carrières d’interprète très cosmopolites d’une Barbara Hendricks (Etat-Unis), d’un Myoun-Whun Chung (Corée du Sud), d’un Daniel Barenboim (Argentine et Israël) ou d’un Gustavo Dudamel (Venezuela).

L’Hymne européen.

 C’est tout naturellement dans le patrimoine musical européen que le Conseil de l’Europe a choisi en 1972 le thème de L’Ode à la joie, dernier mouvement de La 9ème symphonie composée en 1823 par Ludwig van Beethoven. Il sera adopté par la nouvelle Union européenne en 1985.

Il avait été demandé à l’époque au célèbre chef d’orchestre Herbert von Karajan d’en écrire trois arrangements pour piano, instruments à vent et orchestre symphonique. Il évoque, grâce au langage universel de la musique, les idéaux de liberté, de paix et de solidarité incarnés par l’Europe. L’hymne européen n’est pas destiné à remplacer les hymnes nationaux des pays de l’Union européenne mais à célébrer les valeurs qu’ils partagent. Il est utilisé lors des cérémonies officielles de plusieurs organismes internationaux européens.

Cet hymne est resté sans paroles car les projets (dans quelle langue ?) qui ont été proposés n’ont pu jusque-là faire l’objet d’un consensus. Notons toutefois qu’en 2011, à l’occasion d’un concert de l’Orchestre Philharmonique de Radio France, de nouvelles paroles[2], inspirées par l’idée de la construction européenne ont été écrites par Jacques Serres. Beaucoup d’autres versions existent dans différentes langues.

L’Union européenne aide la musique.

 Depuis l’adoption du traité de Maastricht en 1992, la culture est un des domaines de compétence de l’UE (Union européenne). Et par conséquent, la musique classique ou contemporaine, que l’institution soutient à travers un certain nombre d’organismes, mais aussi de projets financés par le FSE (Fonds Social Européen), notamment dans le volet « culture » du programme « Europe Créative » pour la période 2014-2020.

Sans chercher à être exhaustifs, nous mentionnerons ici quelques-uns de ces organismes ou projets :

  • La Journée internationale de la Musique ancienne à l’initiative du REMA (Réseau Européen de Musiques Anciennes), célébrée tous les 21 mars. Nous l’avons évoqué dans une précédente rubrique.
  • Les Chœurs de l’Union européenne naissent en 1958 (appelés alors « Chœurs des Communautés européennes »), un an après la signature du Traité de Rome. Composés de quatre-vingts chanteurs provenant de vingt Etats, ils s’enorgueillissent d’illustrer à Bruxelles la multiculturalité européenne. Ils sont régulièrement sollicités pour participer aux grands événements européens.
  • L’Orchestre baroque de l’Union européenne (EUBO) permet aux jeunes musiciens de toute l’Europe qui terminent leurs études d’acquérir une première expérience dans un orchestre professionnel, sous la direction de musiciens renommés.
  • DEMOS: lancé en 2010 et piloté par la Philharmonie de Paris, le Dispositif d’éducation musicale et orchestrale à vocation sociale (DEMOS), donne à des enfants habitant dans des territoires relevant de la politique de la ville ou éloignés des lieux de culture l’opportunité de pratiquer un instrument de musique dans un orchestre. Avec Démos, la musique classique devient alors un véritable moteur d’ouverture culturelle et sociale pour ces jeunes. DEMOS a reçu le soutien du FSE.
  • Grâce aux fonds européens, la Pologne a inauguré 15 salles de concerts entre 2011 et 2015. Certaines uniquement dédiées à la musique classique comme celle de Katowice, lieu de résidence de l’Orchestre symphonique national de la radio polonaise, celle de Szczecin ou celle de Wroclaw. Des salles sont conçues sur le modèle des philharmonies avec une programmation à dominante classique tout en laissant une place de choix au jazz, aux musiques actuelles et du monde.

Evoquons ici, pour la regretter, la disparition de l’Orchestre des Jeunes de l’Union européenne : entre 1976 et 2013, l’European Union Youth Orchestra (EUYO) était subventionné par l’Union Européenne en qualité d’ambassadeur culturel de l’Union mais depuis 2014, un changement dans la politique des subventions culturelles de l’UE a amorcé l’arrêt des financements versés à l’EUYO. Toutefois, une exception sera faite pour les projets portés par le nouveau programme «Europe Créative».

 

[1] Daniel Roche : Les Circulations dans l’Europe moderne, Pluriel, Fayard Ed. 2011.

[2] Un hymne à la joie (Jacques Serres – 2011)

1
Chantons pour la paix nouvelle
De notre Europe unifiée,
Quand l’Histoire nous rappelle
Les massacres du passé.

Quand nos peuples dans la tourmente
Vivaient dans la haine et le sang,
Oh ! Quelle joie nous enchante
Plus de guerre pour nos enfants. (x2)
2
Sans que les frontières anciennes
N’entravent leurs destinées,
Nos filles seront sereines
Et nos fils épris de paix.

Quand ensemble ils sauront dire
En toutes langues « bienvenue »
Et pourront enfin construire
Ce monde tant attendu. (x2)

 

3
Démocratie notre rêve
De plus haute antiquité
Pour toi notre chant s’élève
Europe et fraternité.

Nous chanterons pour que progressent
Les idées de l’humanité,
Et pour que jamais ne cessent
La joie et la liberté. (x2)

 

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