Europe : un personnage mythologique devenu continent

L’enlèvement d’Europe

Europe était le nom d’une princesse, une beauté de l’antiquité, parfaite et bien née, puisque fille du roi de Tyr, ville côtière du Liban actuel, à cette époque capitale de la Phénicie.

La légende raconte qu’un jour, la belle Europe cueillait des fleurs dans une prairie située au bord de la mer avec ses amies les nymphes. Ébloui par sa grande beauté, Zeus, le dieu des dieux… et des séducteurs, se métamorphose en taureau afin de l’approcher sans lui faire peur, mais aussi pour échapper à la jalousie d’Héra son épouse. Ce taureau était blanc comme neige, son front était orné d’une corne en forme de croissant. Attirée par le bel animal l’innocente Europe s’approche, il se couche à ses pieds… L’imprudente princesse le caresse puis grimpe sur son dos. Aussitôt le taureau se redresse et malgré les cris de frayeur de la jeune fille, l’emporte dans l’île de Crète.

De cette union naîtront trois fils dont le fameux Minos, le futur roi de Crète, mais surtout un mythe, le mythe d’Europe, qui est une illustration du culte du taureau, symbole de la fertilité dans les régions de l’Asie occidentale. L’image du taureau sera reprise par les légendes crétoises, comme celle du Minotaure.

André Chénier, poète français, évoque en 1784 dans ses Bucoliques le désormais célèbre Enlèvement d’Europe

 

                             […] Une jeune beauté
Dont le vent fait voler l’écharpe obéissante
Sur ses flancs est assise, et d’une main tremblante
Tient sa corne d’ivoire et les pleurs dans les yeux
Appelle ses parents, ses compagnes, ses jeux,
Et redoutant la vague et ses assauts humides,
Retire et veut sous soi cacher ses pieds timides,
L’art a rendu l’airain fluide et frémissant ;
On croit le voir flotter. Ce nageur mugissant,
Ce taureau, c’est un dieu ; c’est Jupiter lui-même,
Dans ses traits déguisés, du monarque suprême,
Tu reconnais encore et la foudre et les traits

 […]

 

L’enlèvement d’Europe en peinture.

L’enlèvement d’Europe – Rubens d’après Le Titien – 1629

A partir du XVIème siècle, époque qui renoue avec la mythologie, beaucoup de peintres européens, s’inspirent de l’image de la jeune vierge chevauchant le taureau, chacun privilégiant une interprétation : Véronèse représente les différentes phases de l’enlèvement ; chez Rembrandt,  Europe chevauche son taureau au milieu des flots ; chez Le Titien, elle se débat au moment du rapt, comme on le trouvera aussi chez Rubens quelques années plus tard.

Elle est, selon les époques et les peintres, montrée tantôt terrifiée, tantôt amoureuse…

L’Enlèvement d’Europe – Félix Vallotton – 1908

 

 

 

Le XXème siècle offre encore des représentations abondantes de la légende, en général totalement renouvelées, comme celle, quelque peu provocatrice, de Félix Vallotton en 1908, ou celle, très personnelle et très ronde, de Botero en 1991, ou encore dans le Nu au Taureau d’Henri Matisse peint en 1929.

 

En musique, Darius Milhaud s’est inspiré de ce fameux enlèvement dont il a fait un « opéra-minute » en 1928.

 

 

De la princesse Europe au continent Europe.

Il semble que le nom « Europe » soit apparu près de 600 ans avant notre ère, sous la plume du poète grec Hésiode. Mais d’où vient-il ?

Les avis des spécialistes divergent sur la question : peut-être d’un mot phénicien, EREB, qui évoquerait le soir et par dérivation, le couchant, donc l’occident.

Selon les étymologistes le mot Europe proviendrait d’« eurys » (« large ») et d’« ops » (« yeux »). Les Grecs ont en effet longtemps situé cette vaste terre au nord de leur péninsule. Elle était perçue alors comme un espace où la vue porte loin… « Europe, c’était la fille aux grands yeux. Dès l’origine, c’est le continent qui voit en grand, ouvert au monde, à l’universalisme, aux découvertes majeures…  c’est la paix, la liberté d’expression absolue… écrit le philosophe Luc Ferry [1].

Le mythe, malgré les manières un tant soit peu brutales et sournoises du dénommé Zeus, loin des valeurs de l’Europe, par ailleurs, est devenu une référence admise quoique non officielle de l’Union européenne.

Un mythe qui a franchi les siècles et dont la culture européenne, nous l’avons vu, s’est nourrie et inspirée.

 

[1] FERRY, Luc, L’Innovation destructrice. Paris, Ed. Plon, 2008.

Répondre