La Bulgarie

L’Orient pour origine, l’Occident pour projet : comme la plupart des Etats d’Europe orientale, la Bulgarie, « Orient de l’Occident » (V. Rey), est à l’interférence de ces influences. C’est un vieux pays, longtemps dominé, ancré culturellement à l’Est, mais un Etat jeune, le plus pauvre de l’Union européenne (UE), qui prendra pour six mois la présidence du Conseil de l’UE le 1er janvier 2018.

Une occupation plurimillénaire

La Bulgarie serait-elle le nouveau « berceau » de l’humanité ? Dans le sud du pays, des fouilles entreprises par une équipe de scientifiques doivent permettre de trouver de nouvelles traces du Graecopithèque, qui pourrait être le plus ancien pré-humain connu, plus vieux que Tournai, découvert en 2001 en Afrique. Mais cette hypothèse d’une localisation sud-européenne des origines de l’homme ne fait pas l’unanimité.

Avant les Bulgares, les Thraces, venus de l’est du Caucase (4 000-2 000 av. J.-C.), occupent une longue plaine étendue du Danube à la mer Noire, voie royale du commerce des biens et des idées entre l’Orient et l’Occident, entre l’Europe du Nord et le bassin méditerranéen. Les Thraces ont été les premiers à travailler l’or ; leur culture atteint son apogée du VIIIe au IIIe siècle av. J.-C.

Dominé successivement par Philippe de Macédoine, par Rome puis par Byzance, le territoire est occupé par les Bulgares dans la seconde moitié du VIe siècle. Partis d’Asie centrale, ils s’installent au nord de la mer Noire. Divisés et vulnérables, ils doivent leur unité culturelle essentiellement à la conversion au christianisme de Boris Ier  en 865. Clément, un disciple des apôtres des Slaves, Cyrille et Méthode, perfectionne l’écriture et élabore l’alphabet cyrillique. Le vieux bulgare devient la première langue slave littéraire et fournira son écriture à la Russie. Une nouvelle langue liturgique, qui restera celle des Slaves orthodoxes, est adoptée. L’ancrage à l’est est alors établi.

A partir du XIVe siècle,  les Bulgares ont été soumis les premiers à la domination ottomane. Le peuple bulgare, enclavé dans l’Empire, n’a pris conscience de son identité qu’au début du XIXe siècle. Engagée par le Tsar Alexandre II, la guerre de la libération (1877/78) donne naissance à la Principauté de Bulgarie. Les remaniements frontaliers successifs (six, de l’indépendance à nos jours), à la suite des guerres balkaniques et des deux guerres mondiales, ont réduit le territoire de l’Etat à 111 000 km2.

 

Un Etat de construction récente 

Entre Orient et Occident, l’Etat bulgare est donc une construction récente. Dans les Balkans se pose la question de l’ajustement du territoire de l’Etat à celui de la nation : la nation-Etat l’emporte souvent sur l’Etat-nation. En 1989, la chute du système socialiste, qui a étouffé les velléités identitaires, réactive la question du rapport entre Etat, nation et territoire.

Cathédrale de Sofia

En Bulgarie, la population n’est pas homogène. Une coexistence raisonnée est établie entre les Bulgares majoritaires (86 % de la population) et deux minorités qui comptent : les Tsiganes (3,7 % de la population), mal intégrés sur le plan social, ont précédé l’occupation ottomane ; les descendants des colons turcs représentent 10 % de la population totale. S’y ajoutent quelques milliers de Russes, arrivés après 1917, d’Arméniens et de Bulgares islamisés (les Pomaks), descendants des chrétiens, convertis au temps de l’Empire ottoman sans abandonner leur langue. L’affirmation de l’identité turque, le devenir des populations tsiganes, sont des aspects essentiels de la question nationale.

Sur le plan démographique, les minorités sont plus prolifiques que les Bulgares, mais la population du pays diminue : 9 millions d’habitants en 1992, 7,1 millions en 2017. Depuis l’ouverture des frontières en 1989, l’émigration a eu l’effet d’un raz-de-marée chez les Turcs et touche fortement les Bulgares : « partir, c’est voter avec ses jambes ».  En effet, la transition vers d’autres formes économiques, entre les mains de l’ancienne élite communiste, se fait difficilement.

Les conditions naturelles sont peu favorables au développement économique ; les montagnes occupent plus du quart du territoire, la pauvreté du sous-sol rend le pays dépendant de l’extérieur sur le plan industriel et énergétique. Après l’annulation par la Russie de « Southstream », gazoduc prévu pour transporter du gaz de la Russie vers l’est et le sud-est de l’Europe, la Bulgarie reprend le projet d’une plateforme gazière (Balkan) dans le port de Varna. L’agriculture est moins défavorisée ; grâce à l’irrigation, la Thrace est devenue le jardin de la Bulgarie. Le rivage de la mer Noire, première région touristique du pays, compte deux ports actifs, Varna et Bourgas. Sofia (1,1 million d’habitants), capitale discrète, est décentrée, en bordure de la Serbie, loin du littoral.

Un « jeune » Etat européen 

La Bulgarie est une République, présidée par Roumen Radev. En mars 2017, la droite bulgare remporte les élections législatives : Boïko Borissov, dirigeant de « Citoyens pour le développement de la Bulgarie » (GERB, conservateur), devient premier ministre pour la troisième fois depuis 2009. Mais il doit s’allier avec les « Patriotes unis », coalition de trois partis ultranationalistes, dont l’extrême droite prorusse Ataka, anti-européenne. La construction de l’Etat de droit est encore fragile. Ainsi, début décembre 2017, des eurodéputés révèlent de graves cas de corruption à la frontière entre la Bulgarie et la Turquie ; avec ce rapport, les députés veulent envoyer un message politique appuyé aux autorités bulgares, au moment où la Bulgarie s’apprête à prendre la présidence de l’UE.

La Bulgarie est un « jeune » Etat européen. En date du 1er janvier 2007, l’adhésion, grand objectif de la politique extérieure bulgare, est perçue comme un moyen de rompre la sujétion à la Russie/URSS et de faire rentrer le pays en Europe. En 2006, 85 % des Bulgares de plus de quinze ans sont favorables à l’entrée du pays dans l’UE. Cependant, un rapport de la Cour des comptes européenne, dévoilé le 12 septembre 2016, révèle que la Bulgarie et la Roumanie n’étaient pas prêtes à rejoindre l’UE : les deux pays avaient besoin de plus de temps pour se préparer à l’adhésion, afin que l’argent européen y soit investi de meilleure façon.

Depuis 2007, pour les Bulgares, s’est renforcée la conviction que leur pays a gagné en entrant dans l’UE. Ils ont plus confiance dans les institutions politiques européennes que dans celles de leur propre pays. Mais alors qu’ils pensaient que l’UE pourrait jouer un rôle correctif dans la politique intérieure par une sorte de contrôle des politiciens corrompus, cet espoir a été déçu : cela ne relève pas des domaines de compétence et d’influence de l’UE. De même, le mythe de l’augmentation des revenus liée à l’adhésion, a été dissipé.

La Bulgarie compte dix-sept députés au Parlement européen. Mariya Gabriel, commissaire bulgare, est chargée de l’économie et de la société numériques. L’adhésion à la zone euro n’a pas encore abouti (la monnaie est le lev) ; mais les dirigeants mènent une campagne active pour obtenir le soutien des membres de la zone. L’entrée de la Bulgarie dans l’espace Schengen, envisagée en 2011, a été plusieurs fois reportée par crainte que la pression migratoire augmente sur la frontière avec la Turquie, un des lieux de passage des recrues djihadistes vers la Syrie. Cette frontière, clôturée sur 132 kilomètres, est surveillée par 5 000 policiers.

La question de l’immigration, avec la recherche du compromis sur la question, sera l’un des sujets défendus par la Bulgarie au cours de sa présidence. L’Etat le plus pauvre de l’UE mise sur la cohésion : « une Europe pour tous ». La préservation et le renforcement de l’unité et de la solidarité européennes, les négociations de sortie du Royaume-Uni de l’UE, la stabilité dans le processus de décision, la protection de tous les citoyens européens, telles seront les priorités de la présidence bulgare.

V. Rey, R. Brunet : Europes orientales – Russie – Asie centrale. Belin-Reclus. 1996.

E. Boulineau : la construction de l’Etat bulgare en Europe. Géoconfluences. 2004.

(http://geoconfluences.ens-lyon.fr/doc/etpays/Europe/EurScient2.htm)

G. Castellan, N. Todorov : la Bulgarie. Que sais-je ? PUF. 1976.

Bulgarie. Bibliothèque du voyageur. Gallimard. 2009.

Dictionnaire critique de l’Union européenne. A. Colin. 2008.

  1. Quatremer : les salauds de l’Europe. Calmann Levy. 2017.

http://www.euractiv.fr/?s=Bulgarie

https://www.touteleurope.eu/les-pays-de-l-union-europeenne.html

https://europa.eu/european-union/about-eu/countries/member-countries/bulgaria_fr

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