La Commission von der Leyen, le programme

Avant d’entamer l’analyse du programme de la nouvelle Commission, il convient de rappeler que Madame Ursula von der Leyen, à la surprise générale, a été choisie par le Conseil européen en remplacement de Manfred Weber, pour briguer la présidence de la Commission, le 2 juillet. Alors qu’elle n’avait pas participé à la campagne des européennes, il lui a fallu en moins de 2 semaines, élaborer un programme. Les premiers entretiens avec les eurodéputés n’ayant guère convaincu, son discours officiel  « d’investiture », le 16 juillet devant le Parlement au complet était très attendu. Durant trente minutes, en alternant l’allemand, l’anglais et le français, elle a réussi à convaincre une majorité, certes courte (9 voix, 383/374), de l’élire.

La nouvelle présidente veut une commission géopolitique quand son prédécesseur annonçait une commission politique.

« Je vois dans les cinq prochaines années une chance pour l’Europe : celle de se montrer plus ambitieuse chez elle afin de prendre le leadership sur la scène mondiale »Et d’énoncer six grandes ambitions :

 

  • Un pacte vert pour l’Europe qui doit devenir le premier continent climatiquement neutre à l’horizon 2050. Elle confie la mise en œuvre dans les 100 jours de ce « green deal » au premier vice-président exécutif Frans Timmermans avec l’aide des commissaires à l’environnement et aux océans Virginijus Sinkevicius, aux transports Adina-Ioana Vălean et à l’énergie Kadri Simson. Parmi les principales mesures envisagées, l’extension du système d’échange de quotas d’émission aux secteurs maritime, routier, de la construction et la réduction des quotas alloués gratuitement au transport aérien ; une taxe carbone aux frontières de l’Union ; une Banque européenne du climat et un plan d’investissement de 1 000 milliards € sur 10 ans ; un plan de réduction de 55 % des émissions en 2030 et une stratégie en matière de biodiversité à l’horizon 2030.

 

  • Une économie au service des personnes qui combine équité sociale et prospérité. Cela passe entre autres par le soutien aux petites et moyennes entreprises, par la création d’un instrument budgétaire de convergence et de compétitivité pour la zone euro, par la mise en place d’un système européen d’assurance des dépôts bancaires, par un plan d’action pour la mise en œuvre intégrale du socle européen des droits sociaux (salaire minimal, dialogue social, conditions de travail…), par la création d’un régime européen de réassurance des prestations de chômage, d’une garantie européenne pour l’enfance et d’une lutte pour l’égalité femme/homme. Le vice-président exécutif à l’économie Valdis Dombrovskis supervisera l’action des commissaires Paolo Gentiloni à l’économie et Nicolas Schmit à l’emploi, dénomination sèche qui efface « affaires sociales, compétences et mobilité des travailleurs »1.
  • Une Europe adaptée à l’ère du numérique pour en utiliser toutes les possibilités. Elaboration de normes 5G, approche européenne coordonnée de l’intelligence artificielle, nouvelle législation sur les services numériques, unité conjointe de cybersécurité, plan d’action en matière d’éducation numérique…, autant de tâches qui incombent à Mariya Gabriel, commissaire à l’innovation et à la jeunesse, un portefeuille transversal qui la place sous la double tutelle de la vice-présidente exécutive au numérique Margrethe Vestager et du vice-président Margaritis Schinas à la « protection du mode de vie ».

 

  • Protéger notre mode de vie européen en termes de défense des valeurs fondamentales de l’Union comme l’Etat de droit, mais aussi de consolidation des frontières, de modernisation du régime de l’asile, de nouveau mode de répartition de la charge et de renforcement de la coopération transfrontalière dans la lutte contre le terrorisme. Sous un intitulé quelque peu déroutant et critiqué le vice-président Margaritis Schinas s’occupe tout à la fois de la culture, du sport, de l’éducation, de l’intégration, des migrations et de la sécurité. Il a sous sa tutelle, en plus de la commissaire à l’innovation et à la jeunesse, celle en charge de l’égalité, Helena Dalli. Intervient aussi sur cette thématique, la vice-présidente exécutive, Věra Jourová en charge des Valeurs et de la transparence et supervisant Didier Reynders, commissaire à la justice et Ilva Johansson, commissaire aux affaires intérieures, deux domaines jusque-là réunis2.

 

  • Une Europe plus forte sur la scène internationale en faveur d’un commerce libre et équitable garanti par une Organisation Mondiale du Commerce réformée, pour un partenariat renforcé avec les voisins de l’Union (Royaume-Uni inclus) et, grâce à une voix forte et unanime dans le monde, avancer sur le chemin de la défense commune. Sont concernés le commissaire au commerce Phil Hogan, celui en charge du voisinage et de l’élargissement, Oliver Varhelyi, le commissaire au marché intérieur au périmètre beaucoup plus large que l’intitulé et à la tête d’une Direction générale nouvellement créée, Thierry Breton, sous la supervision de Margrethe Vestager mais en ligne directe avec la présidente. N’oublions pas le Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell, épaulé par la commissaire aux partenariats internationaux, Jutta Urpilainen et, pour partie, par le commissaire à la gestion des crises, Janez Lenarčič.

 

  • Un nouvel élan pour la démocratie européenne en associant davantage les citoyens, en renforçant la relation Parlement européen/Commission, en réformant le système de désignation et d‘élection des dirigeants de l’Union. Contribueront les vice-présidents Maroš Šefčovič en charge des relations institutionnelles et de la prospective et Dubravka Šuica en charge de la démocratie et démographie !

Quatre domaines importants conservent une certaine autonomie : l’agriculture avec le commissaire Janusz Wojciechowski ; la santé avec la commissaire Stella Kyriakides, la cohésion et les réformes avec la commissaire Elisa Ferreira et enfin, le budget et l’administration avec le commissaire Johannes Hahn.

Si les priorités programmatiques sont claires, la Commission devra, sur chaque grand dossier, trouver au Parlement européen une majorité pour approuver ses propositions mais aussi compter sur la bonne volonté des Etats pour les soutenir.

 

Voir aussi, l’article « La composition de la Commission von der Leyen ».


  1. Depuis juillet, l’intitulé est devenu : « Commissaire à l’emploi et aux affaires sociales ».
  2. Depuis juillet, compte tenu des vives critiques, l’intitulé est devenu :   » Promouvoir notre mode de vie européen ».

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