La composition de la Commission von der Leyen

Le 1er décembre, la Commission von der Leyen a pris ses fonctions pour 5 ans. Par rapport à la Commission Juncker, la nouvelle équipe présente dans sa composition plusieurs nouveautés.

La première et principale de ces nouveautés, c’est que la présidence échoit à une femme : Ursula von der Leyen est en effet la première femme depuis 1957 à la tête de l’organe exécutif européen. Agée de 60 ans, Ursula von der Leyen est une femme politique allemande expérimentée. D’ascendance aristocratique, elle a un parcours très européen : née à Bruxelles où son père était un haut fonctionnaire européen[1], elle est scolarisée à l’Ecole européenne où elle reçoit un enseignement en français. Suite à des séjours à Londres et aux Etats-Unis où elle étudie l’économie, elle maîtrise parfaitement l’anglais. A l’issue de ses  études de médecine, elle prend un poste de gynécologue à l’hôpital de Hanovre. Mère de sept enfants, elle entre en politique sur les pas de son père, ministre-président CDU de la région de Basse-Saxe de 1976 à 1990. En 2003, elle devient ministre de la Famille du Land et, deux ans, plus tard intègre le gouvernement fédéral. Très proche de la chancelière Merkel, elle est de tous les gouvernements jusqu’à ce jour : ministre de la Famille de 2005 à 2009, elle acquiert une forte popularité en encourageant la multiplication des places en crèche et en mettant en œuvre l’allocation de congé parental. En 2009, elle hérite du poste de ministre du Travail, se montre favorable à l’instauration d’un salaire minimal et, contre l’avis de la chancelière, prône des quotas de femmes au sein des directions des grandes entreprises allemandes. En 2013, elle devient ministre de la Défense. Dans cette dernière fonction, elle connaît quelques déboires et sa popularité s’effrite nettement. Membre de la direction de la CDU, elle se retrouve souvent en porte à faux avec son parti, notamment sur les questions de société, par exemple le mariage homosexuel qu’elle défend ou l’accueil des réfugiés qu’elle soutient. Européenne convaincue, fédéraliste sur le modèle des Etats-Unis ou de l’Allemagne, elle souhaite une « union politique approfondie » mais a abandonné, semble-t-il, l’idée d’une armée européenne, qu’elle évoquait avant son passage au ministère de la défense.

Madame von der Leyen a opéré des changements significatifs dans la composition de son équipe par rapport à l’équipe Juncker sortante.

  • Un premier changement concerne la parité qu’elle aurait voulue complète et dont elle ne fait que s’approcher avec 15 hommes et 12 femmes[2]. Pour rappel la commission Juncker ne comportait que 9 femmes sur 28 soit moins d’un tiers.
  • Un deuxième changement tient au renouvellement des personnes. Seuls 8 commissaires sortants repartent dont deux vice-présidents : Frans Timmermans et Valdis Dombrovskis. Parmi les 19 personnalités nouvelles, deux sensibilités politiques, absentes jusque-là, sont représentées : la sensibilité écologiste avec le Lituanien Virginijus Sinkevicius et la sensibilité eurosceptique avec le Polonais Janusz Wojciechowski issu des rangs des Conservateurs et Réformistes Européens.
  • Un troisième changement a trait à l’évolution de la composition politique de la Commission : le PPE avec 9 commissaires en perd 5, le PSE conserve 9 postes, les libéraux avec 4 en perdent 1. Il y a 4 indépendants soit 3 de plus que dans la commission sortante, parmi lesquels Thierry Breton et 1 commissaire de la droite eurosceptique.

Autre nouveauté, le groupe des vice-présidents passe de 7 à 8 parmi lesquels 3 femmes mais, surtout, se trouve davantage hiérarchisé avec en son sein 3 vice-présidents exécutifs qui, assumeront la vice-présidence pour une des trois priorités programmatiques de la présidente et une charge de commissaire :

  • le Néerlandais Frans Timmermans, 1er vice-président, coordonnera les travaux consacrés au Green deal européen et assurera la gestion de la politique de lutte contre le changement climatique avec le soutien de la Direction générale de l’action pour le climat ;
  • la Danoise Margrethe Vestager, commissaire sortante, coordonnera l’ensemble du programme pour une Europe adaptée à l’ère du numérique et continuera à prendre en charge la concurrence avec le soutien de la Direction générale de la concurrence ;
  • le Letton Valdis  Dombrovskis, assurera la coordination des travaux sur l’économie au service des personnes et continuera à être le commissaire pour les services financiers, avec le soutien de la Direction générale de la stabilité financière, des services financiers et de l’union des marchés des capitaux.

Les autres vice-présidents sont :

  • l’Espagnol Josep Borrell (ex ministre des affaires étrangères de son pays) qui devient le Haut Représentant  de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité,
  • quatre vice-présidents qui sont chargés de coordonner le travail d’un groupe de commissaires : la Tchèque Věra Jourová, commissaire sortante ; le Grec Margaritis Schinas, porte-parole de la commission sortante ; le Slovaque Maroš Šefčovič, vice-président sortant et la Croate Dubravka Šuica, membre du Parlement européen.

Ajoutons que le commissaire au budget et à l’administration, l’Autrichien Johannes Hann, commissaire sortant, est rattaché directement à la présidente.

Ces changements dans la composition de la Commission ne concernent pas que les personnes. En effet, Ursula von der Leyen a procédé à un redécoupage des portefeuilles avec parfois des surprises que ce soit dans la délimitation du périmètre ou dans la définition du domaine d’action des commissaires. Elle l’a fait en rapport avec le programme de 5 ans qu’elle a exposé, à la mi-juillet, devant le Parlement européen, avant le vote d’approbation de sa désignation. Ce programme demande à être analysé de très près.

[1] Ernst Albrecht a été chef de cabinet du commissaire européen à la Concurrence dans la commission Hallstein dès 1958, puis a pris la tête de la direction  générale de la Concurrence de 1967 à 1970.

[2] Le gouvernement britannique n’a pas désigné de commissaire en prévision d’une sortie de l’UE, le 31 janvier 2020.

Voir aussi, l’article « La Commission von der Leyen,  le programme ».

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