La Mostra de Venise 2026 : parité et Naza !

© Affiche officielle de la Mostra de Venise 2026

Quelques jours avant l’ouverture de cette édition de la Mostra ou Festival international du film de Venise (Mostra internazionale d’arte cinematografica di Venezia) qui s’est tenue du 2 au 12 septembre derniers, Alberto Barbera, son directeur artistique, déclarait dans Libération qu’elle devrait être « la plus politique de ces dernières années ». La Mostra 2026 ne l’a pas contredit.

Il est en effet devenu désormais banal de dire que les trois grands festivals européens de cinéma, le Festival de Cannes, la Berlinale et donc la Mostra, sont fortement marqués par les tensions internationales et les thématiques politiques du moment. On l’avait particulièrement constaté lors de la dernière berlinale[1], institution habituellement plutôt familière de cette forme de politisation, et la tendance s’est confirmée lors de la 83ème édition de la Mostra de Venise, le plus ancien festival de cinéma au monde que présidait une personnalité relativement méconnue de l’univers cinématographique, l’actrice et réalisatrice américaine Maggie Gyllenhaal.

La première polémique suscitée bien avant l’ouverture du festival avait pour sujet la place, pour le moins minime, que tenaient dans la sélection les productions signées par des réalisatrices : deux seulement, sur les vingt-deux films présentés en compétition !

C’est pourtant bien une réalisatrice (certains y ont vu une façon de compenser ce déséquilibre…) qui s’est vu remettre la distinction la plus prestigieuse, le fameux Lion d’Or, l’Egypto-Danoise May el-Toukhy pour Kvinde Ukendt (La Femme Inconnue) un film de facture classique dont le sujet principal est l’invisibilité des femmes à travers le personnage, dans l’immédiat après-guerre, d’une domestique qui envisage d’épouser l’industriel danois chez qui elle est employée malgré les soupçons de collaboration qui pèsent sur elle. Notons que Mathilde Arcel, l’actrice principale de ce film, a reçu la Coupe Volpi de la meilleure actrice.

Pourtant « l’événement » le plus marquant et le plus médiatisé de cette édition a été la présentation de Naza, documentaire des Israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, qui s’est vu par ailleurs décerner le Prix spécial du jury. La projection du film a en effet été suivie de vingt-cinq minutes d’applaudissements d’un public conquis par le contenu d’un film qui dénonce avec véhémence, dans une série d’interviews de militaires israéliens, l’attitude de Tsahal lors de la guerre à Gaza. La condamnation indignée du gouvernement Netanyahou n’a d’ailleurs pas tardé, allant jusqu’à envisager de déchoir les deux coréalisateurs de leur nationalité israélienne. C’est la deuxième année consécutive, qu’un film aborde ces événements à la Mostra : l’an dernier, la Voix de Hind Rajab de Kaouther ben Hania y mettait en scène l’agonie d’une fillette gazaouie tuée par l’armée israélienne.

Cette année l’accueil réservé à Naza donne encore plus d’écho à cette tragédie.


[1] Voir notre article dans la lettre d’information n°74 d’avril 2026.