La participation, grande gagnante des Européennes 2019

Dans un contexte difficile pour l’Union européenne,  la participation au scrutin européen  constituait, pour les pro européens,  un motif de forte inquiétude et même, pour certains observateurs, la principale incertitude de l’élection[1]. Le niveau de participation allait-il poursuivre la baisse tendancielle qui, depuis 1979,  l’avait fait passer de 62 à 42 % en 2014 avec, il est vrai, une grande diversité de situations nationales ?

► Soulagement et bonne surprise,  au soir du 26 mai 2019, la participation s’établit à 51 % (50,95 %) .  Un tel résultat  de participation majoritaire met fin à une succession de  4 scrutins d’abstention majoritaire de 1999 à 2014.  Certes, le niveau de participation reste modeste mais l’inversion de tendance est spectaculaire avec une hausse de plus de 8 % par rapport à 2014.

● Cette importante hausse globale de la participation résulte d’une augmentation enregistrée dans la majorité des Etats membres : 20 sur 28.
Si en 2014, la participation s’établissait à moins de 30 % dans six pays, tous anciennement communistes (Slovaquie 13 %, République tchèque 18,2 %, Pologne 23,8 %, Slovénie 24,5 %, Croatie 25,2 % et Hongrie 29 %), en 2019, la progression est générale dans ces pays au point que seuls quatre d’entre eux n’atteignent pas les 30 % dont 3, cependant, approchent la barre (la Croatie 29,6 %, la République tchèque 28,7 % et la Slovénie 28,3 %). Ainsi, sans être complètement effacée, la spécificité des Etats de l’est peu participatifs se réduit avec un rattrapage marqué dans plusieurs d’entre eux : la Pologne + 20 % à 43 %, la Roumanie + 17 % à 49 % et la Hongrie + 14 % à 43 %.
D’autres Etats en forte progression franchissent la barre des 60 % : l’Espagne + 21 % à 64 %, l’Autriche + 14 % à 59 %, l’Allemagne + 13 % à 61%, le Danemark + 10 % à 66 %.
Pour les autres Etats en progression, les gains sont modestes à des niveaux différents : Pays-Bas +4 %, 42 % / Royaume-Uni +1,4 %, 37 %.
Enfin, remarquons que la France, en 2019 tout comme en 2014, colle parfaitement à la moyenne de l’Union européenne : 50,97 %/50,95 %, + 8,54 %/+8,34 %.

● Seuls 8 pays enregistrent une baisse, le plus souvent faible, de la participation. Parmi eux, 4 des 5 Etats dans lesquels le vote est obligatoire ! la Belgique avec -0,6 % à 89 %, le Luxembourg -1,4 % à 84 %, la Grèce – 1,9 % à 58 % et la Bulgarie -5 % à 35 %. Les quatre pays restants connaissent des niveaux très contrastés : Malte à 72,6 % et -1,8 %, l’Italie à 56 % et -1,1 %, l’Irlande à 49,3 % et -3 %, le Portugal à 31 % et -2,6 %.

► Comment expliquer ce regain de participation ? Dans les semaines qui viennent, l’analyse sociologique de l’électorat européen précisera l’ampleur de la mobilisation inédite des jeunes mais elle en montrera aussi la disparité entre pays. S’agissant des motivations des votants, les enquêtes post-scrutin montreront que multiples et non exclusives les unes des autres, elles varient selon les catégories sociales et selon les pays.

A ce jour, plusieurs facteurs semblent avoir joué pour mobiliser les électeurs.

● La dimension européenne de nombreux dossiers, a semble-t-il, été perçue par bon nombre d’électeurs:

– les « peurs du moment » : le brexit, Trump, Poutine, la montée de la Chine, le changement climatique..

– les défis majeurs : le phénomène migratoire, la lutte contre le terrorisme, les problèmes environnementaux et sociaux.

Face à ces questions fortement anxiogènes, l’idée que l’échelle continentale européenne est la seule pertinente pour forger une réponse efficace est de plus en plus partagée, jusque dans les urnes.

● Les situations nationales ont aussi joué un grand rôle au moins de deux manières :

○ d’une part, en dramatisant le débat européen sur des thématiques nationales différentes selon les pays :

– en Hongrie : Orban ou le chaos « immigratoire »
– en Pologne : tour de chauffe avant les élections législatives de l’automne
– au Royaume-Uni, encore et toujours le Brexit
– en France, le troisième tour de la présidentielle avec affrontement LRM/RN

○ d’autre part, en couplant le scrutin européen avec d’autres élections :

– en Espagne, des scrutins régionaux et municipaux notamment à Madrid et à Barcelone
– en Lituanie, le deuxième tour de la présidentielle
– en Roumanie, un référendum d’initiative présidentielle portant sur la réforme de la justice.

● Enfin, il n’est pas exclu que l’activisme et la propagande des leaders des forces nationalistes europhobes, Marine Le Pen en France, Matteo Salvini en Italie, Nigel Farage au Royaume-Uni.. aient contribué, en politisant l’élection, à européaniser l’enjeu et à favoriser la participation.

Cette participation électorale en hausse modifie-t-elle la donne politique européenne ? En terme de légitimité, la position du Parlement européen paraît renforcée. Certes, mais, en réalité, cette légitimité repose moins sur un taux de participation que sur les pouvoirs de l’institution et, en particulier, sur sa capacité à se faire entendre des Etats qui, au Conseil et au Conseil européen défendent les intérêts nationaux. Il paraît donc souhaitable que, dans les semaines qui viennent, le Parlement européen, voix des citoyens de plus en plus convaincus de leur européanité, transforme l’essai du 26 mai 2019.

[1] D’autres n’avaient pas de doute : voir Isabelle Marchais dans l’Opinion du 21 mai 2019 Européennes 2019 : pourquoi l’abstention va (encore) gagner

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