Le Brexit version Boris Johnson

Lors du sommet exceptionnel du 10 avril 2019, le Conseil européen accorde au Royaume-Uni, jusqu’au 31 octobre 2019, un report « flexible » de sortie de l’Union européenne (UE). Le Parlement britannique ayant refusé l’accord négocié avec l’UE, Theresa May démissionne de son poste de Premier ministre le 7 juin 2019. Boris Johnson lui succède le 23 juillet et semble s’orienter vers un Brexit « dur », dans un contexte politique difficile.

 

Un nouveau Premier ministre…

Le Premier ministre britannique doit être membre de la Chambre des Communes et capable de former le gouvernement avec le soutien de cette dernière. En pratique, il est le leader du parti majoritaire à la Chambre. Boris Johnson et Jeremy Hunt sont les deux candidats conservateurs à la succession de Theresa May. Un mois et demi de campagne électorale interne au parti conservateur permet à B. Johnson de l’emporter avec 66 % des voix des 159 000 membres des Tories ; J. Hunt obtient 34 % des suffrages. Désigné le 23 juillet, B. Johnson entre au 10, Downing Street le lendemain et Th. May propose le nom de son successeur à la Reine Elisabeth.
B. Johnson est réputé pour ses frasques et son goût pour la provocation, mis en évidence dans ses différentes fonctions : député en 2001, maire de Londres en 2008 et chef du Foreign Office de 2016 à 2018. Sa pensée politique est dominée par la détestation de l’UE et par l’ultralibéralisme. Pour lui, les réglementations européennes sont une machine de guerre anti-anglaise ; l’Europe, dominée par les vaincus de la Seconde Guerre mondiale, cherche à humilier la vieille démocratie britannique. Sa ligne de conduite pour le Brexit est simple : il veut « le beurre et l’argent du beurre », c’est à dire les avantages de l’UE sans les contraintes de l’adhésion.

… avec un programme et des promesses…

Son programme repose sur deux points : réussir le Brexit et appliquer l’ultralibéralisme.
Johnson se donne 99 jours pour parvenir au Brexit. Il a promis de renégocier l’accord signé avec l’UE ; il n’accepte pas le « backstop », cette assurance d’un non retour de la frontière entre les deux Irlandes, exigée par les Européens, qu’il juge antidémocratique. En cas d’échec de cette négociation, ce sera le « no deal », une sortie sans accord. Selon B. Johnson, un accord commercial pourrait alors être négocié avec l’UE, pendant une période transitoire, sans retour des droits de douane.

D’autre part, il promet de baisser les impôts sur les revenus des plus riches, de financer les secteurs les plus en difficulté : éducation, aide sociale, logement. Il veut autoriser les OGM (ce que l’UE permet déjà, dans certaines limites), créer des ports francs (qui existent déjà dans l’UE) et il multiplie les promesses de dépenses dans les infrastructures. En réalité, le flou domine ce programme.

Le nouveau gouvernement est composé de ministres « ultra-brexiters » (dont un « ministre du Brexit », Stephen Barclay), issus de la droite du parti conservateur. Les préparatifs en vue d’un no deal sont accélérés : un ministre, M. Gove, en charge de superviser une sortie sans accord, préside quotidiennement, avec quatre collègues, un des trois comités ministériels créés à cet effet ; une campagne d’information publique a été engagée afin d’aider les Britanniques et les entreprises à s’y préparer.

… confrontés à la réalité

En réponse au projet de B. Johnson, la Commission européenne a fait savoir que l’accord signé est définitif. M. Barnier, négociateur européen du Brexit, a déclaré « inacceptable » la demande d’abolition du « backstop ». Moins d’une semaine après l’accession au pouvoir de B. Johnson, la Commission a adressé une mise en garde à Londres : une fois le Royaume-Uni devenu un pays tiers, ses entreprises financières ne pourront plus accéder au marché européen sans autorisation[1].

Au deuxième trimestre 2019, le produit intérieur brut (PIB) du Royaume-Uni, affecté par les incertitudes entourant le Brexit, a régressé de 0,2 %. Il s’agit du premier recul enregistré depuis 2012. Début août, la livre sterling est proche du plus bas niveau de son histoire ; selon le patronat britannique, la communauté d’affaires n’est pas prête au no deal : quatre PME sur dix qui font du commerce international n’ont pas de plan de secours.

Le 14 août 2019, Jeremy Corbyn, le leader travailliste, propose à l’opposition de s’allier derrière lui pour renverser B. Johnson, former un gouvernement transitoire, organiser des élections anticipées puis un referendum qui prévoirait l’option de rester dans l’UE.

Avec la perte d’un siège conservateur, le 1er août, lors d’une élection partielle au Pays de Galles, B. Johnson ne dispose plus que d’une voix de majorité au Parlement. Peu de temps avant (18 juillet), les députés avaient voté un amendement qui interdit toute sortie de l’UE sans leur accord, ce qui compromet l’hypothèse d’un no deal. Cet amendement est adossé à un projet de loi sur le rétablissement du gouvernement régional, suspendu depuis 2017, en Irlande du Nord.

Le retour de la « règle directe » (reprise du contrôle de la province par Londres) risque d’augmenter les tensions dans une Irlande du Nord qui a voté à 56 % pour le maintien dans l’UE et où les appels à une réunification de l’île se multiplient.
L’Ecosse qui a voté à 62 % pour rester dans l’UE demande un deuxième referendum sur l’indépendance.
Seul le Pays de Galles, favorable au Brexit à 52 %, est épargné par ces forces centrifuges qui menacent d’éclatement le Royaume-Uni.

La situation du Royaume-Uni est donc assez complexe. Le Premier ministre semble à la fois faire pression sur l’UE et engager la campagne électorale en vue d’élections anticipées à l’automne, pour dégager une nouvelle majorité, avec un risque de défaite cuisante pour les Conservateurs et de renversement du gouvernement.
« L’atout de Bojo, si on peut utiliser ce mot, c’est que tout le monde suppose qu’il ment dès qu’il dit quelque chose » (A. Menon, professeur de politique européenne au King’s Collège de Londres ; le Monde 25/07/2019).

Le 28 août 2019, B. Johnson annonce la suspension Parlement britannique, entre le 9 et le 12 septembre, jusqu’au 14 octobre, pour limiter la marge de manoeuvre des parlementaires qui n’auront que peu de temps pour débattre avant la sortie de l’Union, le 31 octobre. A Bruxelles, la perspective d’un « no deal » semble désormais inéluctable.

 

Source : articles de presse.

[1] Le « régime d’équivalence » permet à des services financiers de pays tiers d’avoir accès directement au marché européen, mais n’est pas automatique.

Répondre