Le Musée Guggenheim de Bilbao

Le Musée Guggenheim de Bilbao, œuvre de l’architecte nord-américain Frank Gehry, constitue un magnifique exemple d’architecture d’avant-garde du XXe siècle. Avec ses 24 000 m2 de superficie, dont 11 000 destinés aux expositions, l’édifice s’érige en un véritable événement architectural, grâce à sa configuration audacieuse et à son design innovateur, qui constituent une séduisante toile de fond pour l’art qui y est exposé.

C’est l’un des musées de la Fondation Solomon R. Guggenheim avec Le musée Solomon R. Guggenheim de New York, la Collection Peggy Guggenheim de Venise et le musée Guggenheim d’Abu Dhabi. Les objectifs de ces musées sont de rassembler, conserver et interpréter l’art moderne et contemporain, en explorant des idées issues de différentes cultures.

A Bilbao, l’ensemble de la création de Gehry constitue une œuvre d’art sculpturale et spectaculaire, parfaitement intégrée dans la trame urbaine de la cité et son cadre environnant, modifiant la physionomie de la ville et sa renommée. Le musée est  rapidement devenu l’un des bâtiments contemporains les plus connus et appréciés au monde. Les chercheurs ont appelé cet impact, sur toute une ville, de la construction et de l’ouverture au public d’un lieu culturel remarquable, « l’Effet Guggenheim ».

La construction du musée est décidée par le gouvernement basque et les autorités de Vizcaya afin de donner une image à la région et à la ville, qui, après avoir été plongées dans un marasme économique dû à la reconversion de l’industrie lourde, se relevait grâce aux importants investissements réalisés par la région lors du plan Bilbao Ria 2000 comme l’extension de l’aéroport international, le raccordement au réseau d’autoroutes européen ou la création de zones économiques à fiscalité avantageuse tournées vers les nouvelles technologies. Le coût du musée, financé par la députation de Vizcaya et le gouvernement basque est de 100 millions de dollars. Un accord signé le 13 décembre 1991 entre les autorités politiques et la Fondation Guggenheim prévoit que celle-ci a la responsabilité des collections et de leur gestion.

L’inauguration du musée et l’ouverture au public ont lieu le 18 octobre 1997, en présence du roi Don Juan Carlos d’Espagne.

Le musée par lui-même crée un très important afflux de touristes parfois plus attirés par le plaisir de contempler le bâtiment que par la visite des collections. En 2007, le musée, qui accueille un million de visiteurs par an, contribue à hauteur de 1,57 milliard d’euros à l’économie du Pays basque espagnol et a généré 45 000 emplois directs ou indirects sur la période écoulée depuis son ouverture.

Le succès planétaire de l’architecture du Guggenheim de Bilbao -jusqu’à devenir un modèle de développement urbain-, réside, selon la réflexion poétique tout autant qu’analytique de l’auteur et poète Bojan-Ilija Schnabl, dans l’intégration artistique des quatre éléments fondamentaux, la terre, l’eau, le feu et l’air dans la conception globale de l’édifice, donnant ainsi une interprétation, voire un fondement archétypal de l’ensemble architectural qui y puise sa force intrinsèque et qui est donc d’autant plus subtile et efficace à la fois.

Le Musée est situé dans un ancien quartier industriel récemment urbanisé, au milieu d’agréables places et de belles promenades. La place et l’entrée principale du Musée se trouvent au bout de la rue Iparragirre, l’une des artères névralgiques qui traversent en diagonale Bilbao, dans une tentative pour étendre le centre urbain jusqu’à la porte même du Musée. Une fois sur la place, le promeneur accède au Vestibule en descendant un large escalier, un recours architectural peu fréquent qui résout ici avec bonheur la différence entre la cote de la ria du Nervión, où se situe le Musée, et le niveau de la ville, rendant possible un édifice spectaculaire qui néanmoins ne dépasse pas la hauteur des constructions voisines. La partie la plus haute de l’édifice est couronnée par une grande verrière en forme de fleur métallique sous laquelle se situe l’Atrium, l’un des traits les plus caractéristiques du Musée.

L’extérieur du Musée, dont le périmètre peut être parcouru dans son intégralité, présente différentes configurations suivant les multiples perspectives et sert aussi d’espace d’exposition aux pièces de divers créateurs, comme Louise Bourgeois, Eduardo Chillida, Yves Klein, Jeff Koons ou Fujiko Nakaya. La parcelle où se dresse l’édifice est traversée à l’une de ses extrémités par le Pont de la Salve qui, depuis 2007, sert de support à l’intervention sculpturale commandée par le Musée à Daniel Buren, intitulée Arcos rojos / Arku Gorriak. Sous le pont, la salle 104, une énorme galerie exempte de colonnes, abrite l’installation sculpturale de Richard Serra, La Matière du Temps, et vient heurter à son extrémité une tour, sculpture qui couronne la création architecturale et vient embrasser le pont colossal en l’intégrant avec efficacité à l’édifice.

Les Tulipes de Koons et Arcos rojos de Buren

A l’intérieur, une fois dans le Vestibule, où convergent toutes les galeries, le visiteur accède à l’Atrium, cœur authentique du Musée et l’un des traits distinctifs de la création de Gehry. Ce grand espace libre, aux volumes courbes, connecte l’intérieur et l’extérieur de l’édifice grâce à de grands murs en rideau de verre et une grande verrière zénithale. Les trois niveaux du Musée s’organisent autour de cet Atrium central et sont reliés grâce à un système de passerelles curvilignes, d’ascenseurs en verre et en titane et de tours d’escaliers. L’Atrium, qui fonctionne aussi comme un espace d’exposition, sert d’axe autour duquel se structurent les 20 galeries du Musée ; certaines ont une forme plus classique, avec des lignes orthogonales, et d’autres présentent une irrégularité singulière. Le jeu des volumes et des perspectives permet de disposer d’espaces intérieurs où, pourtant, le visiteur ne se sent à aucun moment écrasé. Cette diversité de salles et cette adaptabilité se sont révélées d’une énorme utilité entre les mains expertes des commissaires et des créateurs, qui ont trouvé l’atmosphère idéale pour la présentation d’œuvres de grand format et de supports contemporains mais aussi pour des expositions de caractère plus discret et intime.

La collection permanente du Musée Guggenheim est constituée d’œuvres d’artistes internationaux majeurs comme Robert MOTHERWELL, Anselm KIEFER, Andy WARHOL, Julian SCHNABELGeorg BASELITZ, Jean-Mimi (BASQUIAT)… On retrouve également de grands noms de l’art contemporain espagnol avec Miquel BARCELO, Antoni TAPIÈS, Juan MUÑOZ, Eduardo CHILLIDA, Cristina IGLESIAS, Javier PEREZ, José Manuel BALLESTER… Jenny HOLZER a investi une niche dans l’atrium avec son Installation pour Bilbao (1997) qui joue avec l’espace avec un rideau lumineux rouge et bleu. Les Tulipes (1995) de Jeff KOONS et Étreinte XI (1996) d’Eduardo CHILLIDA restent installées sur la terrasse. L’immense salle héberge l’installation monumentale de Richard SERRA La matière du temps (1994) qui est l’œuvre emblématique du musée et dont l’expérience de la perte d’équilibre et de repère physique est sensationnelle !

Outre l’espace consacré à l’exposition artistique et un édifice annexe réservé aux bureaux et à l’administration, le Musée possède une salle d’orientation pour le visiteur, Zero Espazioa, un auditorium avec 300 places, une boutique-librairie, une cafétéria, un restaurant-bistro et un restaurant gastronomique avec une étoile Michelin.

La construction du Musée Guggenheim de Bilbao se déroula entre octobre 1993 et octobre 1997. L’emplacement choisi, sur un méandre de la ria du Nervion et au détour d’un ancien quai à usage portuaire et industriel, permit la récupération de la ria  pour la ville et sa réurbanisation pour la culture et les loisirs.

En raison de la complexité mathématique des formes curvilignes projetées par Gehry, celui-ci décida d’utiliser un logiciel ultramoderne, CATIA, employé à l’origine dans l’industrie aérospatiale, pour représenter fidèlement son concept de la structure et en faciliter la construction. Pour le revêtement extérieur de l’édifice, l’architecte choisit le titane, après avoir écarté d’autres matières et vérifié son comportement sur des échantillons placés à l’extérieur de son propre studio. La finition des près de 33.000 fines plaques de titane aboutit à un effet rugueux et organique, auquel viennent s’ajouter les changements de couleur du matériau selon les variations atmosphériques. Les deux autres matériaux employés dans l’édifice, la pierre calcaire et le verre, s’harmonisent à la perfection, formant une création architecturale à grand impact visuel, qui s’érige aujourd’hui en véritable symbole de la ville dans le monde entier.

Franck Owen Goldberg dit Frank O. Gehry naît à Toronto le 28 février 1929 ; il est considéré comme l’un des architectes les plus importants et les plus influents de notre temps. On le connaît à l’échelle internationale pour son architecture personnelle, qui incorpore de nouvelles formes et de nouveaux matériaux, et pour sa sensibilité particulière au contexte qui l’entoure.

La carrière et les réalisations de Franck Gehry sont immenses et vont de la réalisation de meubles en carton aux plus grands bâtiments et musées du monde : Etats-Unis, Espagne, Autriche, Allemagne, République tchèque, Israël, Italie, Panama, Canada, Danemark, …, et la France avec la Fondation Louis Vuitton à Paris. Nommé  à la chaire des universités de Yale et d’Harvard, Franck Gerhy est fait Docteur Honoris causa en Arts Visuels (California Institute of the Arts) et en Beaux-Arts (Rhode Island School of Design).

Franck O. Gehry a reçu les prix les plus prestigieux décernés dans le domaine de l’architecture, comme le Prix Pritzker, le Prix Impérial Japonais, la Légion d’honneur française. Actuellement, le siège de Gehry Partners, LLP se trouve à Los Angeles et Frank Gehry dirige personnellement chaque projet développé par sa firme pour des clients du monde entier.

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