Le Parlement européen nouveau est (presque) arrivé !

Un mois après le scrutin et à une semaine de sa première séance plénière à Strasbourg, le Parlement européen de la 9ème législature se dévoile dans ses grandes composantes si ce n’est dans le détail de la constitution des groupes. Retour sur un résultat électoral à la fois attendu et néanmoins surprenant.

► La poussée souverainiste a bien eu lieu mais avec une ampleur moindre qu’espérée par les leaders des différentes formations eurosceptiques.

● Pour le souverainisme de gauche, il s’agit même d’un recul puisque la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique radicale (GUE-GNL) constituée de Syriza, France insoumise, Die Linke etc perd 13 sièges passant de 51 à 38 eurodéputés.

● Le souverainisme de droite et d’extrême-droite connaît certes une progression à 175 eurodéputés environ mais ce résultat soulève beaucoup de questions.

L’une des trois composantes eurosceptiques, les Conservateurs et Réformistes Européens (CRE), subit une perte de 10 sièges et tombe à 63 eurodéputés en raison de l’effondrement des Tories (conservateurs britanniques) et ce, malgré les bons résultats du PIS (Droit et Justice) polonais avec 45 % des suffrages.

Pour les deux autres composantes, le succès est incontestable. Le groupe Europe de la Liberté et de la Démocratie Directe (ELDD) avec 54 eurodéputés gagne 12 sièges en raison du score brillant du Parti du Brexit de Nigel Farage (31 % et 29 élus pour une formation créée il y a 5 mois !) quand le Mouvement 5 étoiles en Italie marque le pas. Problème ! Quel avenir pour un groupe dont la nouvelle base n’aspire qu’à s’en aller ?

Le groupe Europe des Nations et des Libertés (ENL), avec 58 eurodéputés, enregistre un gain de 23 sièges construit sur une forte poussée de l’extrême-droite italienne (Ligue de Matteo Salvini  avec 34 % des suffrages et 28 députés), le RN de Marine Le Pen connaissant une stagnation par rapport à 2014 (perte de 2 sièges, de 1,5 % des voix malgré 600 000 suffrages supplémentaires). Ce groupe nationaliste et europhobe va, certes, s’étoffer avec l’adjonction de l’AFD allemande et ses 11 sièges. Pourra-t-il agréger les eurodéputés ELDD ? Rien n’est moins sûr tant que les 29 eurodéputés britanniques siégeront et, une fois partis, l’apport sera limité.

Au total, avec près d’un quart des sièges, l’euroscepticisme des droites radicales et extrêmes  sort  renforcé du scrutin mais sans capacité véritable de blocage. L’hétérogénéité de ses composantes, la diversité de leurs options (par exemple la relation avec la Russie) et le primat du national font de ce résultat  un succès avant tout « mathématique ».

► Si le Parlement européen reste contrôlé par les forces pro européennes, le scrutin du 26 mai 2019 rebat les cartes du jeu majoritaire.

 ● Comme  annoncé par les projections établies à partir des élections nationales intervenues dans les mois précédents,  les deux  formations dominantes depuis 40 ans au Parlement européen, les conservateurs du  Parti Populaire Européen (PPE) et les sociaux-démocrates de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates au Parlement européen (S&D),  subissent, l’une et l’autre,  un recul historique.

Le PPE, tout en restant la première force parlementaire, avec 179 eurodéputés,  perd 38 sièges en raison d’une performance médiocre de la CDU-CSU allemande (-5 sièges) et d’un effondrement  LR en France (-12 sièges) et, ce, malgré de bons scores en Grèce et en Hongrie. Le maintien du Fidesz de Viktor Orbán dans la formation conservatrice risque de tourner au casse-tête !

Le S&D, malgré les bonnes performances des socialistes ibériques (Espagne +6 sièges et 20 eurodéputés, Portugal +1 et 9 sièges) et néerlandais (+3 et 6 sièges), avec 153 sièges  perd 33 eurodéputés  du fait de mauvais résultats en France  (-8 sièges),  en Italie (-13 sièges) et en Allemagne  (-11 sièges).

Les pertes cumulées font que Conservateurs et Sociaux-démocrates  ne détiennent plus ensemble la majorité absolue.  C’est  la fin du duopole avec partage des postes et des  responsabilités et la fin du compromis systématiquement trouvé.

  • L’appoint indispensable est à chercher dans les deux forces gagnantes de ce scrutin : les libéraux et les écologistes.

Les premiers de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE)[1],  avec 105 sièges soit un gain de 41 sièges, sont devenus la 3ème force du Parlement. Ils le doivent à l’intégration des 21 députés LRM français mais aussi des 16 (+15)  eurodéputés libéraux démocrates (libdem) britanniques dont on sait qu’ils sont appelés à quitter l’hémicycle européen !

Le groupe des Verts/Alliance libre européenne (Verts/ALE) passe de 52 à 69 sièges grâce au doublement du score de Die Grünen en Allemagne (de 11 à 21 sièges) où il devient la 2ème force politique et en France (de 6 à 12), où la liste Europe-écologie arrive en 3ème position mais aussi à de bons résultats dans plusieurs autres pays (Finlande, Irlande, Pays-Bas, Danemark).

La nécessité de constituer une alliance plus large ouvre le débat politique d’un programme pour une éventuelle coalition. Mais selon quelle composition ? PPE+S&D+ALDE ? PPE+S&D+Verts ? Et pourquoi pas PPE+S&D+ALDE+ Verts ? Les discussions pour le choix des  présidents du Parlement européen et  de la Commission européenne risquent d’être âpres.

De ces quelques éléments d’analyse et, en attendant de connaître la constitution définitive des groupes parlementaires, il ressort que les élections européennes 2019 viennent de faire la démonstration que la démocratie européenne existe et que les débats au Parlement européen, durant les cinq années à venir risquent d’être animés. Qui s’en plaindra ?

 

[1] Le groupe ALDE change de nom et s’intitule dorénavant « Renew Europe ».

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