Le Prix Lux européen : soutenir la culture et l’identité européennes

Chaque année depuis 2007, le Prix Lux européen du Parlement européen braque les projecteurs sur les films qui sont au cœur du débat public européen. Le Parlement estime que le cinéma, en tant que média culturel de masse, est une plate-forme idéale pour le débat et la réflexion sur l’Europe et son avenir.

Ce prix est un indicateur de qualité dans le soutien des productions cinématographiques européennes. Les films gagnants sont devenus des succès au sein de l’UE et au-delà, aidant à faire connaître des films qui autrement n’auraient peut-être pas été vus ou découverts.

Il récompense une fois par an un film européen illustrant l’universalité des valeurs européennes et la diversité culturelle. Plus concrètement, le prix Lux apporte un soutien particulier à la distribution des œuvres au sein de l’Union européenne, considérée par l’organisation comme « le talon d’Achille du cinéma européen ». De fait, contrairement aux Etats-Unis qui représentent un marché uniforme sur le plan linguistique, la diversité des langues pratiquées en Europe constitue un frein important à la circulation des films. Par conséquent, le film récipiendaire du prix Lux se voit allouer des fonds pour le sous-titrage dans l’ensemble des 24 langues officielles de l’UE, ainsi que pour l’adaptation pour le public sourd et malentendant. En outre, les trois films finalistes font l’objet de projections dans les 28 Etats membres à l’approche du vote organisé traditionnellement en novembre.

Chaque année, la sélection et la remise du prix Lux suivent la même organisation et le même calendrier. Lors du premier semestre de l’année civile, le comité de sélection, composé de 21 personnalités issues du milieu du cinéma (producteurs, distributeurs, diffuseurs, directeurs de festivals, critiques, représentants de la Commission et du fonds Eurimages[1]) est formé, sous la direction de la coordinatrice du prix Lux, et ancienne eurodéputée allemande Doris Pack. A l’occasion du Festival international de films de Karlovy Vary[2], les membres du comité publient une première liste de dix films sélectionnés. Cette dernière sera ensuite réduite à trois œuvres lors de La Mostra de Venise.

Pour pouvoir figurer parmi les sélectionnés, les films doivent respecter quatre critères :

  • La durée doit être supérieure ou égale à 60 minutes ;
  • La production ou coproduction doit provenir d’un ou plusieurs pays éligible/s au programme MEDIA de l’Union européenne (28 Etats membres de l’Union européenne, Islande, Albanie, Norvège, Bosnie-Herzégovine et Monténégro) ;
  • Les films doivent illustrer l’universalité des valeurs européennes, la diversité des cultures ou des thèmes suscitant le débat public concernant le processus de construction européenne ;
  • La première sortie en salle ou première mondiale doit avoir lieu entre le 31 mai de l’année précédente et le 30 mai de l’année de remise du prix.

Les films sélectionnés sont généralement des œuvres de fiction, mais les films d’animation et documentaires peuvent également l’être. Enfin, les films ayant reçu une récompense lors des trois plus grands festivals cinématographiques européens (Berlin, Cannes et Venise) sont traditionnellement exclus des listes de sélection du prix Lux afin de soutenir des œuvres à la notoriété moindre. Abordant souvent des sujets graves ou sociaux, les films sélectionnés et récipiendaires du prix Lux revêtent régulièrement une dimension politique et s’inscrivent dans l’actualité du moment. C’est par exemple le cas de Mustang (prix Lux 2015), réalisé par Deniz Gamze Ergüven, qui traitait de la question des (jeunes) femmes dans la société traditionnelle et patriarcale turque.

La promotion des valeurs européennes partagées et de la diversité culturelle parmi les jeunes a toujours été une priorité du Parlement européen. Quel meilleur média que le cinéma pourrait-on choisir pour susciter un débat passionné sur les idéaux européens ? Depuis 2010, le Parlement européen a soutenu le projet 28 TIMES CINEMA qui donne l’opportunité à 28 jeunes cinéphiles (âgés de 18 à 25 ans), sélectionnés dans les salles du réseau Europa Cinemas[3]  de représenter chacun des 28 pays européens à Venise ; accueillis dans cette ville pendant toute la durée du Festival, ces spectateurs assistent aux projections du Festival et du Prix Lux européen, participent à des débats et à des ateliers pratiques avec des réalisateurs, des auteurs, des professionnels du cinéma et des membres du Parlement européen.

Enfin nombre des films sélectionnés et récipiendaires du prix Lux ont par la suite obtenu un important succès public et critique. Ce fut le cas notamment de Mustang, qui a récolté près de 3,5 millions € au box-office mondial, soit environ trois fois le coût de sa production. A cela s’ajoute que le prix Lux du Parlement européen tend également à devenir un « tremplin » pour ensuite concourir voire remporter l’Oscar du meilleur film dans une langue étrangère. C’est le cas de quatre films vainqueurs du prix Lux, Ida ayant remporté cette récompense en 2015.

        Cette année, les trois finalistes du prix ont été :

  • Cold Case Hammarskjöld[4] de Mads Brügger (coproduction entre le Danemark, la Norvège, la Suède, la Belgique, le Royaume-Uni et l’Allemagne) ;
  • Dieu existe, son nom est Petrunya[5] de Teona Stugar Mitevska (coproduction entre la Macédoine du Nord, la Belgique, la Slovénie, la Croatie et la France) ;
  • El reino[6] de Rodrigo Sorogoyen (coproduction entre l’Espagne et la France).

David Sassoli, président du Parlement européen, a révélé mercredi 27 novembre lors de la session plénière à Strasbourg que le film du Macédonien Teona Strugar Mitevska avait gagné le prix.


[1] Eurimages est le Fonds culturel du Conseil de l’Europe. Opérationnel depuis 1989, il regroupe aujourd’hui 38 États membres : 37 des 47 États membres de cette organisation basée à Strasbourg, plus le Canada en tant que membre associé.

[2] Ville de République tchèque ; du 28 juin au 06 juillet 2019 s’est déroulée la 54ᵉ édition de ce festival.

[3] Soutenu depuis son origine par la Commission européenne (Programme Europe Créative / MEDIA) et par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC, France), Europa Cinemas est le premier réseau de salles de cinéma à programmation majoritairement européenne. Créé en 1992 à l’initiative d’un regroupement d’une trentaine d’exploitants de salles de cinéma, il est devenu en 27 ans un réseau fédérant plus de 1200 salles (3123 écrans) réparties dans 43 pays.

[4] Ce film provocateur fait écho à bon nombre de sujets actuels. Tout en pointant du doigt des pratiques politiques indignes, il s’agit d’un film humain et drôle. C’est la troisième fois qu’un documentaire figure parmi les finalistes du Prix LUX du cinéma.

[5] Que se passe-t-il lorsqu’une femme appelée Petrunya prend part à une course traditionnellement réservée aux hommes et parvient à attraper la croix de bois jetée dans la rivière par un prêtre orthodoxe ? Même si elle ne se revendique pas féministe, Petrunya refuse de rendre la croix qu’elle a remportée et lutte pour l’égalité des droits.

[6] Jusqu’où irait-on pour conserver le pouvoir ? Ce thriller chargé d’adrénaline a pour sujet principal la corruption en politique. Il raconte la chute d’un homme politique brillant à l’avenir prometteur et de son fief.

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