Capitales européennes ?

Qu’entend-on par « capitales européennes » ? La formule semble aller de soi, mais elle recouvre, en fait, une réalité plus diverse.

Si l’on s’en tient au cadre de l’Union européenne, il y a bien actuellement, et pour quelques mois encore, 28 capitales européennes, les 28 villes capitales officielles des 28 Etats membres de l’Union. Mais y a-t-il UNE capitale de l’Europe comme il y a UNE capitale de la France ou des Etats-Unis ? A l’évidence non, l’Union européenne n’étant pas un Etat. Certes, un certain nombre de villes européennes, capitales nationales ou non, ont été choisies pour être des « villes sièges » : les deux plus connues étant Strasbourg, siège du Conseil de l’Europe et plus récemment du Parlement européen, et Bruxelles, siège de la Commission européenne, auquel le langage médiatique ou politique courant attribue souvent le titre de capitale : « les décisions de Bruxelles » quand ce ne sont pas « les diktats de Bruxelles ». Ces raccourcis n’en font pas pour autant des capitales de l’Union européenne, pas plus que les deux autres plus discrètes : Luxembourg, siège de la Cour de justice de l’Union européenne et de la Cour des comptes européenne, ainsi que Francfort-sur-le-Main, siège de la Banque centrale européenne

Ce vide symbolique, l’idéal européen a tenté de le combler : comme il y a désormais une devise européenne[1], un drapeau et un hymne européens, et puisqu’il ne peut pas y avoir, du moins dans l’immédiat et pour des raisons géopolitiques évidentes, UNE capitale de l’UE, il y aura DES capitales européennes, mais dans des domaines très spécifiques et pour une durée limitée généralement à une année.

Capitales européennes de…

la Culture :

C’est probablement la catégorie la plus connue, peut-être parce que la plus ancienne. C’est en effet, en 1985, que la ministre de la Culture grecque de l’époque, Mélina Mercouri, soutenue par son homologue français Jack Lang, a proposé la création des « Villes européennes de la Culture », devenues par la suite « Capitales ». Le but de cette manifestation est, selon la Commission européenne, de « mettre en valeur la diversité de la richesse culturelle en Europe et les liens qui nous unissent en tant qu’Européens ». Au départ une ville était désignée annuellement, mais aujourd’hui ce sont deux villes européennes qui sont choisies selon un système de rotation entre les différents Etats membres à partir des dossiers présentés quatre ans auparavant par les villes candidates. C’est ainsi que La Valette (Malte) et Leeuwarden-Fryslan (Pays-Bas), sont devenues les capitales européennes de la Culture 2018. Cette labellisation, outre le prestige qu’elle confère, a l’avantage de promouvoir le patrimoine et le dynamisme culturel des villes sélectionnées à travers l’organisation de dizaines d’expositions, festivals et autres performances artistiques (happenings), et ceci avec l’aide de financements européens. Ajoutons que quatre villes françaises en ont déjà bénéficié : Paris en 1989, Avignon en 2000, Lille en 2004, et Marseille en 2013, et c’est dans cette dernière et à cette occasion que le désormais célèbre Mucem a vu le jour.

 

… la Jeunesse :

Depuis novembre 2017, la ville d’Amiens sait qu’elle sera « Capitale de la Jeunesse » en 2020. « Une formidable reconnaissance pour cette ville dynamique et une fierté pour les Hauts-de-France », a déclaré à cette occasion le président de la région, Xavier Bertrand. C’est en effet la première fois depuis la création du label en 2009 qu’une ville française est désignée.

C’est le Forum européen de la Jeunesse qui, depuis 2009, décerne ce label à une ville chaque année, les villes candidates étant invitées à « soumettre un programme polyvalent décrivant leur motivation […], ainsi que les plans qu’elles prévoient, tant pour poursuivre que pour élargir leurs projets associés à la jeunesse. Ces activités doivent être dotées d’une dimension européenne explicite et être connectées aux politiques européennes de la jeunesse, y compris la participation des jeunes, l’éducation non formelle, l’emploi, l’inclusion sociale, le volontariat, la coopération internationale, le multiculturalisme et l’intégration ».

La capitale européenne de la jeunesse 2018 est la ville portugaise de Cascais.

 

… du Sport :

Ce label distingue annuellement une ville d’Europe de plus de 500 000 habitants « où le sport représente un vecteur d’intégration de toutes les catégories sociales et qui respecte l’éthique ainsi que le rôle du sport dans l’amélioration de la qualité de vie, de la santé physique et psychologique des habitants ». Lors de la 17ème édition, Marseille a été désignée par l’Association des capitales européennes du sport (Aces) « Capitale européenne du sport » 2017, première ville de France à être ainsi honorée. Cette nomination permet aux villes lauréates d’organiser de nombreux événements : compétitions sportives, congrès, initiatives santé, réouvertures d’équipements sportifs rénovés, manifestations culturelles ou animations sportives grand public…

 

… de l’Innovation :

Paris s’est vu décerner, également en 2017, le Prix de « La Capitale européenne de l’innovation ». Cette récompense, accompagnée d’une dotation d’un million d’euros, s’inscrit dans le cadre d’« Horizon 2020 », le programme-cadre de recherche et d’innovation lancé par l’Union européenne. Ainsi a été saluée la stratégie d’innovation inclusive de la première ville de France. Autre ville distinguée, Tallin en Estonie a reçu 100.000 euros. De quoi « intensifier et étendre les efforts de ces villes dans le domaine de l’innovation », indique un communiqué de Bruxelles.

 

… de l’Environnement (Capitales vertes) :

La dimension écologique n’est bien sûr pas oubliée par la Commission européenne qui, en 2006, a institué le Prix de la Capitale verte, attribué chaque année à une ville de l’Union récompensée pour son action en faveur de l’environnement notamment dans ses choix d’urbanisme. La première « capitale » de ce type a été la ville de Stockholm en 2010 ; Nantes l’a été à son tour en 2013, et en cette année 2018, c’est la ville néerlandaise de Nimègue qui a été distinguée.

En plus des aides financières qui les accompagnent, ces différentes désignations sont perçues par les villes candidates et surtout lauréates comme des signes de reconnaissance, voire des récompenses pour leur action dans les domaines concernés.

 

[1] « Unie dans la diversité ».

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