L’été des festivals d’art lyrique en Europe

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La saison estivale, saison idéale pour organiser des manifestations en plein air, est en Europe, traditionnellement, propice à la tenue de ce que l’on désigne depuis la fin du XIXème siècle sous le terme de festivals de musique. Cet été 2026, malgré les canicules que notre continent a subies, ne déroge pas à la tradition et c’est, sans prétendre à l’exhaustivité, que nous en présenterons ici les principaux, en nous limitant à la musique classique et en particulier à l’art lyrique. Des festivals, qui, outre le plaisir qu’ils offrent à leurs publics permettent de révéler de nouveaux talents. C’est à ce titre que le programme Europe créative de la Commission européenne soutient le secteur de la musique et notamment ses festivals avec une attention particulière portée à leur volonté de promouvoir la transition écologique, de favoriser la mobilité des artistes et de renforcer la diversité linguistique et culturelle dans la programmation.

Même si ce concept de « festival », bien qu’il n’en portât pas encore le nom, était apparu dans la Grèce antique lors des fêtes dionysiaques, c’est en Allemagne, le grand pays de la culture musicale du XIXème siècle, qu’il prend corps avec le festival Beethoven en 1845 mais surtout à Bayreuth en 1876 avec le premier festival européen d’art lyrique de portée internationale, sur les terres du compositeur Richard Wagner qui avait souhaité en faire le temple de sa musique dans un lieu consacré exclusivement à la présentation de ses opéras. Il s’y déroule depuis, chaque année (exception faite des années d’après-guerre du fait de sa collusion passée avec le régime nazi[1]), attirant une foule d’inconditionnels qui doivent réserver leur place dix ans à l’avance ! Des mises en scène d’anthologie comme celles de Patrice Chéreau en 1977 y ont été présentées. En 2026 ce sont sept opéras du maître qui étaient au programme de la 150ème édition, dont, pour la première fois, Rienzi, mais l’ouverture a été consacrée à la 9ème symphonie de Beethoven que Wagner avait dirigée lui-même en 1872.

L’autre grand festival européen étroitement associé à un compositeur est, en Autriche, celui de Salzbourg, la ville de Mozart, qui attire, depuis 1920 jusqu’à 240 000 spectateurs venus entendre, mais pas exclusivement (en cette année 2026, l’opéra Werther de Jules Massenet était une des affiches du programme), les opéras et la musique du génial Wolfgang. Salzbourg a même été, avant l’Anschluss le refuge de musiciens juifs et antifascistes refoulés de Bayreuth. Le festival a été marqué, des années 50 à la fin des années 80, par la baguette d’un autre maître, Herbert von Karajan.

Bien que non associé à un nom de compositeur, le Festival international d’art lyrique d’Aix-en-Provence figure parmi les tout premiers festivals européens, accueillant régulièrement près de 90 000 spectateurs. Depuis 1948, y sont données chaque année de grandes œuvres de l’art lyrique dont systématiquement des opéras et œuvres vocales de Mozart : en ce mois de juillet 2026, La Flûte enchantée et le Requiem étaient à l’affiche.

Un Mozart qui est également, depuis 1934, régulièrement à l’affiche, outre-Manche, d’un autre grand festival d’opéra, celui de Glyndebourne dans le Sussex anglais.

D’autres festivals européens de musique classique, quoique moins prestigieux que ceux que nous avons présentés, sont associés au nom d’un compositeur : c’est le cas du Festival Berlioz qui se déroule chaque année dans sa ville natale de la Côte-Saint-André en Isère. Ce sont souvent ses œuvres symphoniques qui sont au programme, mais cette année le choix s’est porté sur deux œuvres lyriques, La Missa Solemnis et Les Nuits d’été. En Italie, l’opéra est célébré sur les terres de ses plus grands créateurs, Verdi à Parme, Rossini à Pesaro, Donizetti à Bergame et Puccini en Toscane à Torre del Lago.

Ces festivals, comme beaucoup d’autres de moindre renommée ou d’intérêt plus local, contribuent à perpétuer la tradition d’une Europe terre de musique et terre d’opéra, mais avec aussi l’ambition d’en assurer le renouvellement, même si, il faut l’avouer, les créations les plus contemporaines ne figurent pas encore régulièrement dans leurs programmes.


[1] En cette année de 150ème anniversaire, la directrice, Katharina Wagner, arrière-petite-fille du créateur, a choisi de mettre l’accent sur ce triste passé antisémite.