L’Europe aime la culture !

On prête à Jean Monnet, à la fin de sa vie, cette fameuse apostrophe : « Si c’était à refaire, je commencerais par la culture ».
En réalité, cette phrase n’a pas été prononcée par Jean Monnet mais elle a l’avantage de souligner deux faits difficilement contestables :
– l’Europe se définit moins par la géographie que par un sentiment d’appartenance à une communauté culturelle bien réelle malgré la diversité culturelle et linguistique des peuples qui la composent ;
– pendant longtemps, la culture n’a pas été un fondement de la construction européenne.

Quelle place la culture occupe-t-elle dans le projet européen ?

● La culture est aujourd’hui une composante du projet européen mais le phénomène est récent.
C’est en 1992, avec le traité de Maastricht, que la culture, jusque là compétence exclusivement nationale, entre dans le champ communautaire avec deux dispositions :

1. « La Communauté (l’Union dans le traité de Lisbonne) contribue à l’épanouissement des cultures des Etats membres dans le respect de leur diversité nationale et régionale, tout en mettant en évidence l’héritage culturel commun. »
Il s’agit de valoriser les richesses de chacun, de préserver la diversité tout en promouvant le patrimoine commun.

2. « L’action de la Communauté vise à encourager la coopération entre États membres et, si nécessaire, à appuyer et compléter leur action dans les domaines suivants » (énumérés dans l’article) :
L’objectif est de favoriser la coopération entre Etats en appui et en complément de ceux-ci, conformément au principe de subsidiarité c’est-à-dire intervenir si, et seulement si, les objectifs de l’action envisagée ne peuvent être atteints de façon suffisante par les Etats membres.

● L’UE poursuit plusieurs grands objectifs en matière culturelle :
– promouvoir la création dans sa diversité et contribuer au développement économique de ces secteurs qui, aujourd’hui, représentent environ 4,5 % du PIB européen ;
– renforcer le sentiment d’appartenance à une communauté européenne, dans le respect de la diversité des traditions et cultures nationales et régionales ;
– faciliter l’accès du citoyen européen à la culture, en tant que facteur d’intégration sociale : danse, opéra, peinture, sculpture, photographie, architecture, patrimoine mobilier et immobilier, audiovisuel (télévision, multimédia, édition électronique…) ;
– soutenir les échanges culturels non commerciaux ;
– exploiter le potentiel d’emplois du secteur culturel (3,8 % de la main d’œuvre européenne soit 8,5 millions de personnes) ;
– promouvoir la diversité culturelle des pays de l’Union ;
– enfin, contribuer au rayonnement de la culture européenne dans le monde.

De quoi est faite la politique culturelle de l’Union européenne ?

Une remarque préliminaire : il est difficile d’isoler la politique culturelle tant elle a des liens étroits avec d’autres politiques européennes (l’éducation, le développement régional, les nouvelles technologies, l’information, le tourisme, la recherche, la coopération avec les pays tiers…). Néanmoins il existe un programme spécifique à la culture, Europe créative qui depuis 2014 fusionne des programmes existants au service de plusieurs objectifs :

– soutenir la capacité du secteur culturel à opérer à l’échelle transnationale ;
– encourager la circulation des oeuvres et des opérateurs et atteindre de nouveaux publics ;
– renforcer la capacité financière, en particulier des PME et des organismes européens ;
– favoriser la coopération politique transnationale afin d’appuyer l’élaboration des politiques, l’innovation, le développement des publics et la création de nouveaux modèles commerciaux.

Doté de 1,46 milliard € pour 2014-2020, en progression de 9 % soit plus de 210 millions /an, ce programme comporte trois volets :

– MEDIA (56 %) : il s’agit d’aider au développement de l’industrie cinématographique et audiovisuelle (fictions, documentaires et nouveaux médias) ainsi que des oeuvres interactives à travers le soutien financier de près de 200 projets par an ; d’aider à la distribution (par exemple Europa cinémas, une aide à 1 200 cinémas soit 3 200 écrans dans 682 villes) ;

– CULTURE (31 %) : il vise à aider au renforcement européen et international des secteurs de la culture et de la création (hors cinéma et audiovisuel) par le soutien à des projets en coopération européenne à grande ou petite échelle, à des projets de grands réseaux européens, à de larges plates-formes européennes et à des projets de traduction littéraire européenne. Il est complété par des dispositifs de promotion culturelle comme les Capitales européennes de la culture, qui depuis 1985 mettent en valeur et en dynamique des villes européennes (Lille 2004, Marseille-Provence en 2013), comme le Label du patrimoine européen (29 sites à ce jour, dont pour la France : Cluny, Scy-Chazelles, Quartier européen Strasbourg) et les Prix de l’Union européenne (Patrimoine européen, architecture contemporaine, musique contemporaine, littérature et cinéma Lux)

– le 3eme volet dit TRANS-SECTORIEL (13 %) correspond à un soutien à l’entrepreneuriat, à la coopération politique transnationale et aux actions trans-sectorielles innovantes

L’Union a fait de 2018 l’Année européenne du patrimoine culturel. En ces temps de doute européen encouragé par les discours simplistes et démagogiques et dans un monde instable, ce choix apparaît tout à fait judicieux.

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