L’Europe dans les programmes présidentiels

Le 20 mars dernier, au cours d’un débat télévisé, le thème de l’Europe a été abordé à minuit moins le quart par les candidats à l’élection présidentielle ; le 4 avril nouveau débat où les eurosceptiques majoritaires parmi les onze candidats, ont pris pour cible Emmanuel Macron, le candidat d’En Marche !

Cela à faire état des programmes des candidats concernant l’Union européenne dans les programmes présidentiels et à distinguer trois groupes de propositions :

Sortir de l’UE

Pour rendre sa liberté et sa démocratie, F. Asselineau (Union populaire républicaine), s’affiche comme « le candidat du Frexit », veut dénoncer les traités européens, sortir de l’UE et de l’euro (ainsi que de l’OTAN), en appliquant immédiatement l’article 50.

Pour J. Cheminade, la sortie de l’UE et de l’euro, par « surprise » ou par la négociation, doit être la plus « courte » possible. L’euro est considéré comme le relais régional de la dictature financière mondiale, l’expression de la domination impériale des marchés financiers sur les politiques économiques et les souverainetés politiques des Etats. L’alternative consiste à rétablir une « vraie » Europe, entre nations souveraines, fondée sur de grands projets.

P. Poutou (Nouveau parti anticapitaliste) et N. Arthaud (Lutte ouvrière) remettent en cause l’Europe capitaliste actuelle et font la promotion d’une Europe des peuples et des travailleurs. N. Arthaud dénonce le fonctionnement de l’UE trop libérale, au service des plus puissants, elle impose. L’austérité aux travailleurs  Le libre-échange subordonne les Etats les plus faibles aux impérialismes dominants. La création des « Etats-Unis socialistes d’Europe » fera naître une Europe véritablement unie et fraternelle, début d’une union de tous les peuples à l’échelle mondiale.

P. Poutou rejette les traités de libre-échange, préconise la sortie de l’UE et le démantèlement des institutions européennes, jugées antidémocratiques. Il souhaite la promotion d’Europe des peuples, protectrice pour les travailleurs, fondée sur la démocratie et la solidarité. Il s’adresse aux autres Etats Européens pour les inciter à prendre des mesures communes pour satisfaire les besoins sociaux : hausse des salaires, interdiction des licenciements, annulation des dettes, nationalisation des banques.

Renégocier, soumettre au référendum, sortir en cas de refus du peuple

M. Le Pen (Front National) propose de rendre à la France sa souveraineté nationale, monétaire, législative, territoriale, économique. Sortir de l’euro et de mettre en place une monnaie nationale, sortir de l’espace Schengen et rétablir les frontières nationales (avec un dispositif particulier pour les travailleurs frontaliers), supprimer la directive des travailleurs détachés, réserver la commande publique aux entreprises françaises… : un référendum sera organisé, six mois après le début des négociations, sur le maintien ou non de la France dans l’UE. Le drapeau de l’UE sera retiré des bâtiments publics.

N. Dupont Aignan (Debout la France) dénonce les traités européens et veut renégocier un traité alternatif, pour créer une « Communauté des Etats Européens ». Remplacement du Parlement européen par une assemblée représentant les parlements nationaux, suppression de la Commission Européenne au profit du Conseil Européen, suppression des fonctionnaires européens : ce sont les principales réformes institutionnelles proposées par le candidat. Les dispositions jugées les plus contraires à l’indépendance de la France (directive sur les travailleurs détachés, espace Schengen) seront suspendues. Pour rétablir la souveraineté monétaire, l’euro, transformé en monnaie de réserve et d’échange, deviendra une monnaie commune. Le processus d’élargissement de l’UE, d’adhésion de la Turquie, seront interrompus. Ces mesures seront soumises par référendum au peuple français : en cas d’échec, la France quittera l’UE.

Pour J.L. Mélenchon (La France insoumise), l’UE actuelle est un « cauchemar », car les peuples sont soumis à la dictature des banques et de la finance, en conséquence, « l’UE, on la change ou on la quitte ». Deux plans sont proposés :

  • Plan A : sortie concertée des traités européens par l’abandon des règles existantes par tous les pays qui le souhaitent, et négociation d’autres règles, en particulier dans le domaine économique et financier : fin de l’indépendance de la BCE (Banque centrale européenne), mise au pas de la finance, mise en place d’un protectionnisme solidaire, refondation de la PAC (politique agricole commune), organisation d’une politique d’harmonisation sociale et fiscale.
  • Plan B : en cas d’échec de ces négociations, sortie des traités européens unilatérale par la France. La validation de ce processus passera par une décision du peuple français par référendum (sans que soit précisé à quel moment, A ou B, il aura lieu…)

Négocier des réformes

J. Lassale veut rendre à la France ses marges de manœuvre dans une « Europe des nations, avec des Etats démocratiques et responsables ». Décréter un moratoire sur la dette française, appliquer le droit du travail français aux travailleurs détachés, interrompre la négociation des traités de libre-échange, réviser à la baisse la participation de la France au budget européen, coopérer en bilatéral avec nos voisins, adopter la charte des langues régionales : ce sont quelques-unes des propositions extraites d’un programme assez flou.

Le projet de B. Hamon (parti socialiste) comporte 3 axes. La relance de l’activité et de la croissance, au cœur des politiques économiques, se fera grâce à un plan d’investissements de 1000 milliards d’euros soutenant la transition écologique, à destination des zones de l’Europe les plus défavorisées. La démocratisation de la zone euro et des traités : un « traité budgétaire européen » créant un Parlement de la zone euro, enceinte où seront débattus le budget de la zone euro, les politiques d’harmonisation fiscale et sociale, permettra « une régulation politique et démocratique de la zone euro ». Le troisième axe est la lutte contre les concurrences déloyales entre les Etats membres, par en instaurant un « socle européen des droits sociaux comprenant un salaire minimum garanti », ou en établissant une taxe sur les multinationales, pour lutter contre l’optimisation fiscale. Sur le plan commercial, B. Hamon assume une forme de protectionnisme par la signature d’un « Buy European Act » qui défendrait les secteurs stratégiques du marché commun.

F. Fillon (Les Républicains) souhaite retrouver une relation équilibrée avec l’Allemagne, pour que le couple franco-Allemand redevienne le moteur de la construction européenne. Le candidat est favorable à une Europe souveraine qui respecte les nations, n’allant pas plus loin dans le partage des souverainetés. Une profonde réforme de Schengen, le renforcement des contrôles aux frontières extérieures de l’UE et l’augmentation des moyens financiers attribués à Frontex mettront un terme à la crise migratoire. La sécurité des européens doit être garantie par une défense commune, en augmentant les efforts militaires et financiers de chaque Etats européen. Pour renforcer la gouvernance de la zone euro, outre la mise en place d’un secrétariat général de la zone euro, F. Fillon avance l’idée d’un directoire de chefs d’Etat et de gouvernement, qui ressemble aux sommets intergouvernementaux de la zone euro tenus pendant la crise des dettes souveraines. Renégocier la directive des travailleurs détachés, arrêter l’élargissement de l’UE (et refuser l’accès à la Turquie), mettre fin à « l’inflation normative » de la Commission par une application stricte du principe de subsidiarité, défendre et protéger nos valeurs et notre histoire commune, ces propositions complètent le programme.

Pour E. Macron (En Marche !), l’Europe est un acquis essentiel, mais un sentiment de distance s’est développé à l’égard de l’UE. Il est nécessaire de prendre le temps du débat et du rétablissement de la confiance : pour cela, à partir de la fin 2017, des « conventions citoyennes » seront organisées dans tous les pays membres afin de redéfinir le projet européen. Ensuite, la souveraineté de l’Union sera renforcée dans ses cinq dimensions :

  • L’Europe de la sécurité : protection des frontières (nouvelle Agence de garde-frontières), coopérations concrètes en matière de défense (Quartier général européen, conseil de sécurité européen), coopération policière et judiciaire.
  • L’Europe de la croissance : création d’un budget de la zone euro et d’un poste de ministre de l’Economie et des Finances, respect du budget de la zone euro sous contrôle d’un Parlement de la zone euro, mise en place d’un socle de droits sociaux européens.
  • L’Europe qui protège dans la mondialisation, avec des instruments antidumping et une politique commerciale qui défend les préférences et les valeurs européennes.
  • L’Europe du développement durable, en favorisant une agriculture plus respectueuse de l’environnement.
  • L’Europe du numérique, pour accompagner la croissance des start-up du numérique et mettre en place une Agence chargée de réguler les grandes plateformes numériques.

Enfin l’identité européenne sera renforcée pour les nouvelles générations en généralisant progressivement le programme Erasmus et en créant un statut européen de l’apprenti facilitant la mobilité. Un programme ambitieux, mais qui suppose le désir des autres capitales d’aller dans la même direction : celui d’un plus grand partage de la souveraineté.

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