Paris accueillera l’Autorité bancaire européenne

La bataille des métropoles pour récupérer les agences européennes basées à Londres est terminée : l’Agence européenne du médicament (AEM) établira ses quartiers à Amsterdam et Paris hérite de l’Autorité bancaire européenne (ABE). Les deux agences sont contraintes de quitter la capitale britannique en vue du Brexit.

Attractivité et engagement européen de la France

Fin du suspense. Lundi 20 novembre, les 27 ministres des Affaires européennes se sont réunis afin de départager les villes candidates pour accueillir les deux agences européennes basées à Londres. Après trois tours de vote, « il a fallu procéder à un tirage au sort« , rapporte RFI, les finalistes ayant obtenu les mêmes scores au dernier tour (13-13). Au moment du tirage, Paris s’est retrouvé face à Dublin pour l’Autorité bancaire et Amsterdam face à Milan pour l’Agence du médicament.

« La chance a souri à la France« , commentent Les Échos. L’installation de l’ABE dans la capitale française, probablement dans le quartier de la Bourse, « assoit la stature mondiale de la place financière de Paris jusque là quelque peu à la traine en Europe par rapport à Francfort et Londres« , explique sur France Culture Quentin Dickinson, correspondant de Radio France à Bruxelles. Ainsi, les acteurs financiers internationaux auront une « raison déterminante » de se déplacer de la City à Paris, poursuit-il.

C’est également un nouveau succès pour la présidence d’Emmanuel Macron. Ce dernier a partagé sur Twitter que ce résultat « constitue la reconnaissance de l’attractivité et de l’engagement européen de la France« . L’Élysée, qui visait surtout l’accueil de l’Autorité bancaire, s’est vu toutefois reprocher par Martine Aubry et Xavier Bertrand, respectivement maire de Lille et président de la région Hauts-de-France, un « soutien tardif« . Candidate pour l’accueil de l’Agence européenne du médicament, Lille n’a obtenu que la voix de la France, dont l’agence nationale du médicament a mauvaise réputation, rapportent Les Échos.

Retombées économiques et déceptions

Les deux organisations européennes étaient très disputées par les Vingt-Sept car très influentes. L’AEM « est le passage obligé pour les laboratoires pharmaceutiques souhaitant commercialiser un nouveau médicament dans l’ensemble de l’Union« , rappelle Le Monde. La déception est donc grande pour Milan.

Tandis qu’à Bruxelles, « on pariait sur Francfort » pour l’ABE [Le Monde], la place financière allemande ne s’est même pas retrouvée parmi les villes finalistes. « Ce vote ne pouvait pas plus mal tomber pour l’Allemagne« , analyse Politico. En effet, pour Quentin Dickinson, « ce qui est sûr c’est que les incertitudes qui entourent la formation du gouvernement fédéral en Allemagne (…) [n’ont] rien fait pour la candidature de Francfort » [France Culture]. Ces deux décisions sont le résultat de « mois de lobbying » de la part des capitales candidates [Bloomberg] et Berlin « n’avait pas la possibilité en ce moment de faire des échanges de bons procédés avec d’autres pays« , conclut Politico.

L’AEM et l’ABE, ce sont aussi respectivement 900 et 200 salariés confortablement rémunérés. Avec « leurs proches et dépendants« , les salariés de l’ABE pourraient ramener « un petit millier de personnes » à Paris [France Culture], avec d’importantes retombées économiques. Finalement, le lobbying des différentes capitales pour récupérer ces agences a été relativement intense, au risque d’ébrécher l’unité que tentent d’afficher les 27 depuis le vote du Brexit.

Un vote complexe pour éviter les divisions

Le président du Conseil européen Donald Tusk voulait absolument éviter « que l’Union à 27, engagée dans une négociation de divorce très difficile avec Londres, ne donne l’image de la désunion« , explique Le Monde. Il avait d’ailleurs déclaré avant le vote que « quel que soit le résultat, le véritable vainqueur du vote est l’UE à 27« , rapportent Les Échos.

Afin de ne pas apparaître divisée, l’UE a « mis en place un système de vote très complexe à bulletin secret à plusieurs tours, avec des points » [RFI]. Cette procédure, « la plus transparente de l’histoire de l’UE » [Politico], n’a donc « laissé que peu de place à la politique« , souligne Le Monde.

Mais bien que « les votes se so[ie]nt tenus dans le calme, et dans les temps » [Le Monde], des tensions sont apparues entre les Vingt-Sept, certains pays d’Europe de l’Est affichant notamment leur mécontentement. Car le critère de répartition géographique, qui « touche à la question sensible de l’équilibre entre Nord, Sud, Ouest et Est de l’UE » [Bloomberg], semble selon certains avoir été ignoré.

Alors que Prague postulait pour l’ABE, un représentant tchèque a déclaré que le résultat était « une déception« . La République tchèque et la Pologne se sont « réfrénées d’exprimer leur déception durant le scrutin » tandis que la réponse de la Slovaquie a été plus claire : « Bratislava s’est abstenue de voter dans les second et dernier rounds« , rapporte Politico. Autre désaccord dans les couloirs du Conseil : la Suède n’a pas voté pour le Danemark, candidat à l’AEM. Et le Premier ministre danois de qualifier ce choix de « trahison pour la coopération nordique« , poursuit le média.

Londres, grande perdante

Cependant, « le vrai perdant, lundi soir, c’était Londres« , souligne Le Monde. En effet, « la capitale britannique s’était imposée comme le centre d’expertise pour les affaires réglementaires » et le déplacement des agences pourrait obliger « les entreprises à relocaliser leurs centres de décisions« , poursuit le quotidien.

Ce choix entérine par ailleurs le Brexit : « il n’y aura pas de retour en arrière (…) maintenant que ces deux agences très prisées ont été promises ailleurs« , observe Politico. Cette relocalisation est « le premier résultat visible de la décision des Britanniques de quitter l’UE« , selon la Commission européenne citée par le média bruxellois.

Alors que les premiers effets concrets du Brexit se font sentir, « le Royaume-Uni va en outre devoir financer le déménagement des agences« , observe Le Monde. D’autant plus que pour l’AEM, le bail de l’agence court jusqu’en 2039 : « le Royaume-Uni restera redevable du loyer et des charges jusqu’à cette date, soit un total de 400 millions d’euros« , conclut le quotidien.

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