Sept idées pour un plan de relance culturel de l’Union

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Dans sa note pour l’action, « Sept idées pour un plan de relance culturel »[1], Guiliano da Empoli,  essayiste, ancien conseiller du président du Conseil italien Matteo Renzi et aujourd’hui président du laboratoire d’idées Volta basé à Milan et à Bruxelles, dresse le constat suivant :

« Depuis des années, les seuls qui parlent de manière passionnante de l’Europe sont ses ennemis. Si les pro-européens veulent être capables de combattre leur vision, la première chose à faire est d’arrêter d’être ennuyeux, en sortant des cadres établis et en prenant le risque de la controverse. »

Selon l’auteur, la peur des passions identitaires et culturelles, bien compréhensible dans les années d’immédiat après-guerre, a poussé les pays fondateurs de la Communauté européenne à adopter une « stratégie de la dédramatisation » fondée sur le principe de la neutralité identitaire. Il en est résulté un faible intérêt de l’Union pour la culture devenue compétence européenne en 1992 seulement et bénéficiant d’un investissement limité (0,001 % du budget communautaire) avec comme conséquence majeure un profond « ennui » pour la construction européenne éprouvé par les non-initiés c’est-à-dire les peuples. Si cet « ennui » fruit d’un pragmatisme dépourvu de toute émotion a permis des progrès sur le plan de la Raison, il n’en a rien été sur le plan des Sentiments. Or, « ce sont les sentiments, autant que la raison, qui emportent l’adhésion des peuples et déterminent le résultat des élections ». Ainsi, le rejet systématique de toute symbolique européenne forte (hymne sans paroles, billets en euro sans figure), a empêché le développement d’un sentiment européen voire la « formation d’un peuple européen ».

Pour l’auteur, dans le contexte de la lutte contre la crise pandémique, il est crucial d’accompagner la relance économique d’un plan de relance culturel sur le modèle du New Deal de Roosevelt des années 30, capable de mobiliser les responsables politiques, les créateurs et les Européens eux-mêmes. Dans cette note pour l’action, Giuliano Empoli avance sept propositions qui constituent l’ébauche d’un New Deal culturel européen :

  • dresser un autoportrait de l’Europe au XXIe siècle réalisé collectivement par des écrivains, artistes, musiciens, réalisateurs et videomakers européens ;
  • se doter des instruments les plus avancés de la communication contemporaine au service des valeurs et des objectifs de la construction européenne et de leur défense ;
  • écrire une Histoire européenne et populaire, qui pose les bases d’une vraie « éducation européenne » ;
  • instaurer un réel Service Civil Européen (Odysseus) dédié aux jeunes de 18 à 25 ans, d’une durée de 6 à 12 mois et ouvert à tou·te·s les jeunes Européen·ne·s volontaires ;
  • donner une âme à la capitale de l’Europe (Bruxelles) ;
  • développer un réseau d’Europa-cafés notamment dans les campagnes, « trou noir » de l’Europe ;
  • miser sur un programme de recherche visant à produire des outils portables de traduction directe et verbale permettant à deux locuteurs de langues différentes de parler et d’entendre l’autre, dans sa propre langue, de manière naturelle (projet Babel pour la traduction vocale).

Dans sa conclusion, tout en reconnaissant que le futur de l’Union dépend avant tout des réponses qu’elle apportera aux défis économiques et sociaux de notre temps, l’auteur avertit : « pour que l’Europe se transforme en un sentiment, les choix techniques, bien que capitaux, ne suffiront pas ».


Sources :

Giuliano da Empoli, Note pour l’action n° 2, juillet 2020, 12p, Groupe d’études politiques

[1] https://legrandcontinent.eu/fr/2020/07/06/sept-idees-pour-un-plan-de-relance-culturel-de-lunion/

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