Traité d’Aix-la-chapelle, attention bobards !

Le 22 janvier 2019, la Chancelière allemande et le Président français ont signé dans la salle du Couronnement de l’hôtel de ville le traité d’Aix-la-Chapelle. La proposition en avait été faite par E. Macron lors du discours de la Sorbonne de septembre 2017. Il s’agit, cinquante six ans après, jour pour jour, de réitérer le geste ambitieux de K. Adenauer et de Ch. de Gaulle, signant le traité de l’Elysée.

Dans un contexte bien différent et après un demi-siècle de relations suivies qui ont scellé la réconciliation et l’amitié entre les deux pays, le nouveau traité se situe dans la suite du premier sans en avoir la portée historique1. Il est constitué de 28 articles répartis en 7 chapitres : Affaires européennes ; Paix, sécurité et développement ; Culture, enseignement, recherche et mobilité ; Coopération régionale et transfrontalière ; Développement durable, climat, environnement et affaires économiques ; Organisation et Dispositions finales. Dans tous ces domaines, les deux pays s’engagent à approfondir leur coopération et à faire converger leurs objectifs. Ces objectifs, sauf exception, comme la coopération transfrontalière et le droit des affaires, sont déclinés en termes assez généraux et ne manifestent pas une ambition démesurée. A la grande déception de certains parlementaires du groupe d’amitié franco-allemand ayant travaillé à ce projet, certaines propositions concernant le social (garantie d’un niveau minimum de droits sociaux) et l’environnement (institut franco-allemand du développement durable) ont été écartées.

Au total, le traité d’Aix-la-Chapelle, « traité de convergence », s’inscrit dans la continuité d’une relation apaisée et mâture entre les deux pays. Il complète sans l’effacer le traité de l’Elysée du 22 janvier 1963.

Or, quelques jours avant sa signature, le traité est dénoncé et le Président de la République pris à partie sur une certaine blogosphère. Plusieurs critiques sont formulées, toutes aussi retenues les unes que les autres. Qu’on en juge !

 

  • 11 janvier 2019

« M. Macron,  tel un Judas va livrer l’Alsace-Lorraine à une puissance étrangère » Bernard Monot, eurodéputé élu FN dans la Région Centre-Auvergne rallié à Debout la France, dans une video YouTube (retirée depuis) mais reprise par Agoravox, Riposte laïque, etc.

Que dit le texte ? Article 13 alinéa 2 du traité.

«  À cet effet, dans le respect des règles constitutionnelles respectives des deux États et dans les limites du droit de l’Union européenne, les deux États dotent les collectivités territoriales des territoires frontaliers et les entités transfrontalières comme les eurodistricts de compétences appropriées, de ressources dédiées et de procédures accélérées permettant de surmonter les obstacles à la réalisation de projets transfrontaliers, en particulier dans les domaines économique, social, environnemental, sanitaire, énergétique et des transports.»

 

  • 16 janvier 2019

« E. Macron est en train de vendre notre pays à la découpe […]. Il envisage en réalité de partager notre siège au Conseil de sécurité avec l’Allemagne. Et peut-être même de partager notre puissance nucléaire avec l’Allemagne » Marine Le Pen, interview BFM-TV, relayée par l’UPR de François Asselineau, Résistance républicaine, etc.

Que dit le texte ? Article 8 alinéa 2 du traité.

« Les deux États s’engagent à poursuivre leurs efforts pour mener à terme des négociations intergouvernementales concernant la réforme du Conseil de sécurité des Nations Unies. L’admission de la République fédérale de l’Allemagne en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies est une priorité de la diplomatie franco-allemande.»

On le voit, ces déclarations tonitruantes sont des extrapolations soupçonneuses dénuées de toute réflexion prospective, des élucubrations complotistes synonymes d’escroquerie intellectuelle.

 

Elles laissent pantois comme le déclare sur France Bleu, le 18 janvier 2019, Sabine Thilaye, franco-allemande et députée d’Indre-et-Loire :  « En devenant députée, je m’attendais à beaucoup de choses en politique mais un tel niveau de contre-vérité dépasse tout entendement et trahit l’exigence d’un débat rationnel et apaisé ».

De tels propos ne devraient-ils pas disqualifier aux yeux des électeurs les dirigeants politiques qui les énoncent ?  Il n’en est, hélas ! rien et force est de constater que, réseaux sociaux aidant, le seuil de tolérance des citoyens à l’imposture s’est considérablement élevé quand, dans le même temps, la capacité au débat argumenté n’a cessé de s’étioler.

 

  1. Texte du Traité d’Aix-La-Chapelle. https://de.ambafrance.org/-Francais- ou https://www.bruxelles2.eu

Répondre