Trentième anniversaire du Traité de réunification de l’Allemagne

Le 2 octobre, la Maison de l’Europe en Limousin a organisé une journée allemande à l’occasion du trentième anniversaire du traité de réunification de l’Allemagne. Mme Dorothea Bohnekamp, maître de conférences à Paris Sorbonne,  dans une communication très stimulante, a dressé le bilan de ces trente dernières années allemandes avec le double regard de l’universitaire et de la ressortissante allemande qu’elle est.

D’emblée, Mme Bohnekamp pose la question de la nature de la réunification : fusion ou annexion d’un pays par un autre ?  Pour y répondre, elle développe l’analyse du processus, les enjeux, les traités et les débats qui l’accompagnent.

Alors qu’ « à partir de Moscou, un vent de renouveau souffle sur quasi tous les pays satellites », les dirigeants d’Allemagne de l’Est restent aveugles et sourds à la mobilisation populaire avec, le 9 novembre 1989, le résultat que l’on connaît. Dans le désarroi général, un homme saisit l’importance historique de l’évènement pour son pays et pour lui-même. Le 28 novembre 1989, Helmut Kohl en dévoilant son plan en dix points, se donne comme « objectif ultime l’unité allemande ». Trois étapes se succèdent dans l’année 1990 : l’union économique, monétaire et sociale dès le 1er juillet, la réunification politique avec le traité 2+4 et son entrée en application le 3 octobre, enfin l’onction démocratique avec le succès du chancelier et de la CDU lors des premières élections législatives de l’Allemagne réunifiée en décembre.

Dans un second temps, la conférencière s’intéresse aux conséquences de la réunification. Elle fait le constat largement partagé que « des différences sociales et culturelles continuent à diviser la société allemande ». Mais elle ajoute que, selon des études récentes, l’influence du seul communisme ne suffit pas pour en rendre compte.  Une opposition ouest/est existait avant même la Seconde Guerre mondiale et « le mur est venu sceller une séparation régionale de fait d’une population, qui connaissait déjà des différences culturelles et historiques réelles ». Aujourd’hui, le débat sur le degré de cohésion et sur le rythme de la convergence allemande se nourrit du jeu de deux narratifs très différents dans l’argumentaire comme dans la syntaxe : pour les Ossis (ex Allemands de l’Est), c’est le « tournant », pour les Wessis (ex Allemands de l’Ouest), c’est la réunification comme « retour à la normale ».

D’un point de vue économique, « trente ans après, force est de constater que le rattrapage est loin d’être achevé ». Pourtant la convergence se fait : l’Est se réindustrialise, les PME souvent spécialisées se multiplient et, bénéficiant de la qualité de l’enseignement universitaire, des pépinières technologiques se créent. Si l’on ajoute la qualité de vie avec notamment une rénovation réussie des centre-villes, la hausse du revenu conjuguée à un coût de la vie plus faible, la modernisation des infrastructures, on comprend l’attractivité nouvelle de l’Est et l’excédent migratoire qu’il enregistre.

Dans sa conclusion, Mme Dohnekamp souligne que, contrairement à certaines craintes étrangères, le surcroît de puissance que la réunification lui a apporté a rendu l’Allemagne encore plus « européenne ».

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