Trump et l’UE, au bord de la rupture ?

© European Union, 2026

 

Le mardi 8 novembre 2016, les électeurs américains élisaient Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. La victoire du candidat républicain, constituait une « immense surprise » en Europe et dans le monde.

S’agissant des relations transatlantiques, pour les responsables politiques européens et nationaux, l’élection de Trump équivalait à une « plongée dans l’inconnu ». (La Libre Belgique). En effet, durant la campagne, les formules à l’emporte-pièce du candidat au service du slogan « America first » avaient multiplié les interrogations :

  • protectionniste… jusqu’à dénoncer les accords de libre-échange et à enterrer le projet d’accord commercial entre l’Union européenne et les Etats-Unis (TTIP ou TAFTA) ?
  • isolationniste… jusqu’à réduire l’implication des Etats-Unis dans la défense de leurs alliés et à remettre en cause l’OTAN ?
  • hostile à l’Union européenne… jusqu’à faciliter le Brexit voire à encourager d’autres sorties ?
  • climato-sceptique… jusqu’à retirer la signature américaine de l’Accord de Paris ?

A partir de janvier 2017 et durant les 4 années de mandat, le style et les décisions du 45ème président des Etats-Unis ont convaincu les dirigeants européens que les Etats-Unis cessaient d’être un allié fiable, que Trump n’hésiterait pas à encourager les forces de désunion internes à l’Union. Ce premier mandat a constitué pour les Etats membres une mise à l’épreuve, un « moment de vérité » sur leur capacité à serrer les rangs.  Ainsi, suite au retrait des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, D. Tusk, président du Conseil européen, le 28 septembre 2018, à la tribune des Nations-Unies, déclarait-il, « L’accord (sur le nucléaire iranien) est bénéfique pour la sécurité européenne, régionale et mondiale. C’est pourquoi l’Union européenne est résolue à le maintenir, aussi longtemps que l’Iran y demeurera pleinement attaché. » Et d’ajouter « En outre, la Commission a reçu le mandat d’agir dès que les intérêts européens sont en jeu ». A l’issue du mandat, la relation entre les deux rives atlantiques était fortement altérée.

C’est peu de dire que la défaite de Trump en novembre 2020 a été accueillie avec un énorme soulagement en Europe par les responsables institutionnels de l’Union, par la majorité des chefs d’Etat et de gouvernement, par les dirigeants des forces politiques et même par les opinions publiques. Pour de nombreux observateurs, l’élection de Biden tournait la page d’une présidence erratique et imprévisible et l’assaut du Capitole, le 6 janvier 2021, mettait fin à la carrière politique du « plus atypique de tous les présidents américains » (Perspective du monde).

Quatre ans plus tard, le mardi 5 novembre 2024, les électeurs américains en faisant de Trump le 47ème président ont plongé les dirigeants européens, à l’exception du Hongrois Orban, dans un océan d’anxiété et réactivé de vives interrogations sur la relation de l’Union avec le partenaire américain.  L’espoir, mezzo voce, selon lequel Trump ayant approfondi sa réflexion sur les réalités européennes, s’abstiendrait de toute manifestation d’hostilité à l’égard de l’Union a été vite douché.

La pression exercée par l’administration Trump sur l’Union européenne n’est pas que commerciale.

Depuis le 24 février 2022, l’invasion russe de l’Ukraine a ramené la guerre en Europe. L’administration Biden à l’instar de l’UE, a soutenu politiquement et militairement, non sans quelques limites, le pays agressé. Durant la campagne électorale de 2024, le candidat Trump n’a cessé de claironner que, arguant de « sa bonne relation » avec Poutine, il mettrait fin à la guerre en Ukraine en seulement 24 heures. Devenu président, dès février, Trump renoue le contact avec la Russie pour des négociations desquelles seront écartés les Ukrainiens et les Européens. A la surprise générale, le président américain adopte l’argumentaire russe et fait de l’Ukraine et de son président le déclencheur du conflit et l’obstacle principal à son règlement ! Le 28 février 2025, dans le bureau Ovale de la Maison blanche, en direct devant les caméras du monde entier, Volodymyr Zelensky est humilié et l’Union qui le soutient, désavouée. Et, début mars 2025, la suspension de l’aide militaire des Etats-Unis, premier fournisseur d’armes et de renseignements à l’Ukraine constitue un défi existentiel pour l’Ukraine mais aussi pour l’Union européenne.

Aux injonctions réitérées faites aux partenaires européens de l’OTAN d’accroître leur contribution financière, Trump ajoute la menace d’une remise en cause de l’engagement des Etats-Unis au sein de l’Alliance atlantique. Provoquant la stupeur dans le camp atlantique, outre la revendication sur le Canada, il s’arroge le droit d’annexer le Groenland, territoire sous la souveraineté du Danemark, un Etat membre de l’UE.

Enfin, l’administration Trump ne s’interdit pas de s’immiscer dans les affaires européennes : critiques du modèle et des valeurs promus par l’UE[1], soutien appuyé à l’extrême droite allemande lors des élections législatives[2] et, en Pologne, au candidat national conservateur, K. Nawrocki, lors de l’élection présidentielle[3]. Sans oublier, appuyé par l’administration Trump, l’intense lobbying des GAFAM, pour s’opposer aux dispositifs de contrôle européen du numérique (DSA, DMA etc.)

Face à l’animosité de l’administration américaine à son égard, l’Union européenne, forte de l’expérience du premier mandat de Trump, propose une réponse combinant fermeté et unité.

En réponse à la suspension de l’aide militaire américaine et bien que conscients que l’UE en l’état n’est pas en capacité de remplacer les Etats-Unis, des Etats-membres, principalement la France rejointe par le Royaume-Uni, réaffirment leur soutien politique et militaire au nom du respect du droit international et de la sécurité de l’Europe. Dans le même temps, la Commission dévoile un plan de 800 milliards d’euros pour « réarmer l’Europe » et facilite l’accroissement des dépenses nationales consacrées à la défense en assouplissant les règles budgétaires européennes.

A l’offensive tarifaire lancée par Trump, la Commission européenne décide de répliquer par « des contre-mesures fortes mais proportionnées » à savoir des droits de douane à hauteur du montant des droits de douane américains portant sur des produits ciblés : comme les motos ou le jus d’orange !

Début avril, la suspension pour 90 jours de l’application des mesures tarifaires décrétées par l’administration américaine, paraît conforter l’Union dans sa stratégie de riposte sereine mais ferme.

Pourtant, le 27 juillet la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen « convoquée » par le président des Etats-Unis accepte un accord commercial qui lui vaut des critiques acerbes. L’accord prévoit, entre autres, que la majorité des produits européens exportés vers les États-Unis seront taxés à 15 %, les produits américains étant pour leur part largement exemptés. Mais l’accord devant être validé, son application n’interviendra qu’en juillet… 2026 après avoir été entériné par le Parlement européen une fois obtenus plusieurs garde-fous notamment une clause permettant à la Commission européenne de suspendre des préférences tarifaires si les États-Unis ne respectent pas leurs engagements.

Nouveau et dernier dossier conflictuel.  Après un affrontement de 12 jours en juin 2025, les Etats-Unis et Israël, le 26 février 2026, déclenchent la guerre contre l’Iran alors que des négociations officielles sont en cours. Les gouvernements européens non consultés, tout en condamnant les agissements iraniens, dénoncent comme contraire au droit international, le recours israélo-américain à la force sans l’aval onusien et refusent d’accéder à la demande pourtant assortie de menaces de Trump d’envoyer des forces militaires pour débloquer le détroit d’Ormuz[4]. Appelant à l’arrêt des combats, ils saluent le protocole d’accord signé en juin et la reprise du dialogue et plusieurs d’entre eux réitèrent leur proposition de participer à la sécurisation de la circulation dans le détroit d’Ormuz. L’offre est rejetée avec dédain par le président des Etats-Unis !

A mi-second mandat de Trump, la relation transatlantique connaît une détérioration sans précédent. Pour l’administration américaine, les Etats membres et l’Union constituent selon les dossiers, un fardeau et, de plus en plus, une adversité. Chez les Européens, le doute sur la solidarité américaine s’est mué en défiance et de plus en plus en profonde aversion envers le président états-unien. Et l’on peut se demander si la rupture entre les deux rives de l’Atlantique nord sans être déclarée n’est pas déjà effective !


[1] Discours du 14 février 2025, du vice-président des États-Unis, lors de la conférence de Munich sur la sécurité.

[2] 14 février en marge de la Conférence, rencontre de Vance avec la candidate d’extrême droite (AfD) Alice Weidel.

[3] Quelques jours avant le second tour, la secrétaire à la sécurité intérieure des Etats-Unis en visite dans le pays déclare avec l’accord du Président Trump : « Je viens juste de rencontrer Karol (Nawrocki) et il faut qu’il soit le prochain président de la Pologne. Vous m’avez compris ? »

[4] Des Etats comme l’Espagne refusent aux avions américains le survol de leur espace national d’autres comme l’Italie l’utilisation d’infrastructures installées sur leur sol (base).