Une enquête d’opinion – Les Français et l’Europe

70 ans après la déclaration Schuman, trois auteurs ont choisi de se pencher sur les rapports complexes qu’entretiennent les Français avec l’Europe. Leur rapport intitulé « Les Français et l’Europe, entre défiance et ambivalence – l’indispensable retour de l’Europe en France » a été publié en mai 2020 par l’Institut Jacques Delors, en collaboration avec Sciences Po Cevipof et Kantar. Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF), Thierry Chopin, professeur de sciences politiques à l’Université catholique de Lille (ESPOL), Conseiller spécial à l’Institut Jacques Delors et Emmanuel Rivière, directeur général de la division Public de Kantar en France ont commenté les résultats de leurs recherches.

Le rapport d’une cinquantaine de pages contient une vingtaine de graphiques : il présente la dernière photographie de l’opinion française sur l’Union européenne.

Et l’opinion française s’avère pour le moins réservée : la France est même aujourd’hui l’un des pays les plus eurosceptiques au sein de l’U.E. Elle est, avec la Grèce et le Royaume-Uni, un de ceux qui critiquent le plus sévèrement le fonctionnement de la démocratie en Europe et il n’est pas surprenant de constater que les opinions les plus défavorables sont à chercher surtout dans les classes sociales les moins favorisées. Pour ces dernières, l’Europe est accusée, entre autres, de menacer les protections sociales nationales. Il est indéniable également que la méconnaissance du fonctionnement de l’Europe associée à l’insuffisance d’informations la concernant, constitue un élément majeur du rapport de défiance des Français à l’Europe.

L’analyse des résultats nécessite néanmoins des nuances et fait apparaître certaines « ambivalences » : même chez ceux qui s’affirment peu « européens », certains aspects de la politique commune font consensus : les valeurs communes, l’euro, la libre circulation des travailleurs ou des étudiants, etc. Les Français sont également très nombreux pour réclamer que davantage de décisions soient prises au niveau européen notamment dans les domaines de l’environnement et du défi climatique.

Des éléments d’ordre culturel permettent d’expliquer l’attitude méfiante des Français vis-à-vis de l’Europe : une culture politique marquée par le centralisme et plus habituée aux affrontements qu’à la recherche de compromis (« l’opposition entre une culture européenne de l’altérité et une culture nationale de l’unité » selon la formule de Jean-Louis Bourlanges[i]) ; une culture économique plutôt hostile au libéralisme auquel la politique européenne est assimilée ainsi qu’à la pratique jugée sans contrôle de la concurrence et de la remise en cause des dépenses publiques.

Ainsi la difficulté qu’ont les Français à se détacher de leur tropisme national les rend méfiants vis-à-vis de la politique commune, notamment depuis les élargissements successifs, beaucoup plus mal acceptés par l’opinion française que par celle des autres pays membres. Une méfiance particulièrement partagée par les individus proches des formations les plus extrêmes du spectre politique français.

Le constat est donc globalement négatif, même s’il faut l’appréhender de façon plus fine et plus nuancée et l’Europe est aujourd’hui face à de nombreux défis (celui de la crise sanitaire actuelle notamment). Elle ne doit pas décevoir.


[i] Député Modem des Hauts-de-Seine depuis 2017

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