Une figure du XXème siècle européen : Coudenhove-Kalergi, fondateur du Mouvement Paneuropéen

Richard Coudenhove-Kalergi est à l’évidence une figure infiniment moins populaire que celle de Victor Hugo et même que celle du lointain Dante Alighieri, considérés tous deux comme des précurseurs ou des éveilleurs de l’idée européenne. Il est en tout cas, avec quelques-uns de ses contemporains, heureusement moins méconnus que lui, une des personnalités qui, au XXème siècle, ont le mieux incarné le rêve de paix de Dante et le rêve d’Europe de Victor Hugo.

Un « déraciné ».
C’est un intellectuel, philosophe, historien et écrivain politique, dont les origines à elles seules expliquent en partie les engagements.
Richard Nikolaus de Coudhenove-Kalergi, né le 17 novembre 1892 à Tokyo, est le fils d’un diplomate austro-hongrois et d’une mère japonaise. Après des études brillantes à l’Université de Vienne, il obtient son doctorat en philosophie.
En 1915, à vingt-trois ans, il épouse Ida Roland, une actrice autrichienne et allemande de confession juive. Il se détourne alors de la philosophie pour se consacrer à la construction, notamment à travers la publication d’articles, d’un « nouvel ordre européen ».
Signalons aussi, pour compléter un portrait très « cosmopolite » que Richard Coudenhove deviendra ensuite citoyen tchécoslovaque avant de s’enfuir en Suisse peu avant la Seconde Guerre Mondiale puis aux Etats-Unis. Il obtiendra la nationalité française en 1939 (une place de Paris porte son nom) et mourra en Autriche en 1972.
Rien d’étonnant donc si, au regard de cette géographie personnelle étonnante, le principal combat de cet homme a été pour le rapprochement entre les peuples d’Europe.

Le Mouvement Paneuropéen.
Ce combat, Coudenhove-Kalergi l’a mené tout au long d’une existence qu’il a consacrée à la création et au développement du Mouvement Paneurope qui ambitionnait d’unir tous les Etats démocratiques du continent en une fédération sur le modèle des Etats-Unis d’Amérique. Un projet qui fait penser évidemment à Victor Hugo et à ses « Etats-Unis d’Europe ».
Dès 1923, il publie un essai dans lequel il trace les grandes lignes de ce projet et il réussit à obtenir le soutien de plusieurs hommes politiques européens de l’époque. Ainsi, le premier congrès de Paneurope peut se tenir à Vienne en 1926.
Coudenhove y a reçu un soutien de poids en la personne du Ministre des Affaires étrangères français, Aristide Briand, lui-même plus tard qualifié de « pèlerin de la Paix ». Briand va même plaider à Genève, auprès de la Société des Nations, en faveur de la création d’« Etats Fédérés d’Europe ». C’est le diplomate français, Alexis Léger, plus connu sous son nom de poète, Saint-John Perse, qui sera chargé d’en tracer les grandes lignes.

Quelques articles du projet de pacte européen :

  • Art.I : « Cette fédération porte le nom d’Etats Fédérés d’Europe » ;
  • Art.5 : « Les citoyens des Etats fédéraux européens seront en même temps citoyens européens » ;
  • Art.10 : « Les membres de la Fédération européenne s’engagent à accorder à leurs minorités ethniques et religieuses l’égalité complète devant la loi ainsi que le libre exercice de leur langue et leur culte dans l’école, l’église, la presse et devant les tribunaux et les autorités. »

Rajoutons que Coudenhove-Kalergi a proposé dès cette époque deux symboles que l’Union européenne reprendra à son compte des décennies plus tard : un hymne européen dont il suggère que ce pourrait être l’Ode à la Joie de Beethoven, et l’instauration d’une journée de l’Europe, le 17 mai. Ce sera finalement le 9 !
Notons aussi que c’est en 1943, lors du Véme Congrès paneuropéen, que Winston Churchill manifestera son désir de voir se créer un « Conseil de l’Europe ».

Le projet paneuropéen n’aboutira pourtant pas dans ses ambitions originelles. Il se heurtera d’abord à des réticences nationales puis il sera finalement balayé par le déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale, avant de ressurgir, avec plus de modestie, à l’issue de cette dernière, avec des Robert Schuman, des Jean Monnet, des Konrad Adenauer…
Le nom de Coudenhove-Kalergi sera cité par Louise Weiss dans son discours d’ouverture du premier Parlement européen élu au suffrage universel  en 1979.

Coudenhove-Kalergi, Briand, Léger, Churchill et d’autres n’étaient pas seulement des rêveurs mais bien des « éveilleurs » de l’Europe unie.

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