« Von der Leyen tour »

Le 16 juin 2021, madame Von der Leyen, Présidente de la Commission européenne, a entamé une tournée des Etats membres de l’Union européenne (UE) pour présenter les évaluations par l’exécutif européen des plans nationaux de relance.

Qualifié à Bruxelles de « Von der Tour », faut-il y voir une opération de communication ou un vrai symbole d’action ?

Le plan de relance, intitulé « Next Generation UE », a pour but de financer des programmes nationaux dans l’ensemble des Etats membres sous forme de subventions (390 Mds €) et de prêts (360 Mds €). L’enveloppe attribuée à chaque pays dépend de la population, du PIB/h, du taux de chômage avant le début de la pandémie, sur la période 2015/2019. Le montant total est partiellement prédéfini pour chaque pays. Les 30 % restants, versés entre 2023 et 2025, dépendront des baisses du PIB et de l’emploi observées en 2020, pour tenir compte des effets économiques de l’épidémie de coronavirus.

Deux séries de critères sont exigées pour l’attribution des fonds :

  • 37 % au moins doivent être consacrés aux objectifs environnementaux  de l’UE ;
  • 20 % contribuent à la digitalisation de l’économie.

Ainsi, sur les 39,4 Mds € attribués à la France, 46 % iront à l’environnement et 21 % à l’économie numérique.

Les vingt-sept pays doivent présenter leur plan de relance à la Commission ; un délai de deux mois permet de vérifier le respect des critères exigés. Après l’évaluation par la Commission et le Conseil des ministres, les plans sont soumis au Conseil de l’UE qui les valide à la majorité qualifiée.

Mi-juillet 2021, douze pays ont obtenu l’accord pour les premiers fonds de relance : Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, France, Grèce, Italie, Lettonie, Luxembourg, Portugal, Slovaquie.

Lundi 26 juillet, la Croatie, Chypre, la Lituanie et la Slovénie rejoignent ce groupe dont le plan de relance a été accepté par le Conseil.

Ces pays peuvent signer des conventions de subventions et des accords de prêts leur permettant d’obtenir un préfinancement pouvant atteindre 13 % du montant total qui leur est alloué.

La Présidente de la Commission a entamé une tournée européenne pour présenter les évaluations de l’exécutif européen, mais ce tour d’Europe est incomplet.

Après le Portugal et l’Espagne, premiers pays visités, puis la Grèce, le Danemark et le Luxembourg, le « tour » conduit la Présidente en Autriche et en Slovaquie (21 juin), en Allemagne, en Italie et en Lettonie (22 juin), en France et en Belgique (23 juin).

Malte, la Bulgarie, les Pays-Bas et l’Estonie n’avaient pas encore déposé leur plan : ces étapes ne sont pas inscrites au calendrier.

La Suède et la Roumanie, étapes délicates, sont reportées à la fin de l’été, officiellement pour des raisons techniques rendant nécessaires des précisions supplémentaires sur le plan proposé.

La Commission essaie d’obtenir des concessions en matière d’Etat de droit de la Pologne et de la Hongrie. La rencontre avec la Hongrie est reportée à plus tard ; la Commission a proposé à Budapest de repousser en septembre l’échéance d’évaluation de son plan, initialement prévue le 12 juillet. Le plan hongrois n’en fait pas assez pour prévenir les risques de corruption. La ministre hongroise de la justice, Judit Varga, a affirmé que l’exécutif européen avait formulé de nouvelles exigences à l’égard du plan hongrois. Certains eurodéputés ont appelé la Commission à suspendre celui-ci.

Avec la Pologne, les enjeux sont comparables ; l’exécutif communautaire peut essayer de contraindre le pays à réformer son système judiciaire.

Si le blocage persiste en septembre, quand tous les autres plans de relance auront été autorisés, le risque d’une crise politique n’est pas écarté.

Ce voyage responsabilise les Etats. Si l’argent ne parvient pas rapidement aux entreprises et aux particuliers (par exemple en France, 70 projets identifiés, de l’isolement des bâtiments  à l’aide sur l’intelligence artificielle), ce ne sera pas la faute de l’Europe, mais celle du gouvernement national.

Les lieux de réception de la Présidente sont choisis de façon symbolique : ce plan de relance, très important, donne une nouvelle direction à l’économie européenne, plus verte, plus numérique.

En France, après la réception à l’Elysée, Ursula von der Leyen, Clément Beaune (secrétaire d’Etat aux affaires européennes) et Bruno Le Maire (ministre de l’économie), se rendent sur le campus de Terotec, pôle européen de compétence en « simulation numérique de haute performance », sur le site du CEA (Commissariat à l’énergie atomique) et des énergies alternatives à Bruyère–le-Chatel (Essonne). Le plan de relance français consacre en effet 350 M € au calcul quantique.

En Belgique, le Premier ministre Alexander de Cros et Ursula Von der Leyen se rencontrent dans le bâtiment de la gare centrale, un lieu qui renvoie à l’axe numérique du plan de relance belge.

A Lisbonne, la visite d’un centre pédagogique rappelle la volonté du Portugal d’investir dans l’innovation et dans l’éducation.

A Madrid, la Présidente est reçue par le chef du gouvernement au siège du gestionnaire national du réseau électrique : l’Espagne entend consacrer la plus grosse part de son plan à la transition écologique.

Mais au fil de ses voyages, Ursula von der Leyen anticipe la décision globale de validation des plans qui relève des Commissaires lors de leurs réunions hebdomadaires et des Etats membres qui doivent approuver les plans nationaux dans le mois suivant l’accord de la Commission.

Alors, « coup de com » ou acte politique ? Pour certains, le « von der Leyen tour » est seulement une opération de communication (après l’affaire du « sofagate »). Mais il faut le rappeler « Next Generation EU » c’est la solidarité européenne à l’œuvre. La Présidente veut rendre l’Europe visible auprès des citoyens : c’est aussi un acte politique ; encore faut-il que la presse s’en fasse largement l’écho.

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