Energies renouvelables, l’UE n’en fait pas assez ?

Les énergies renouvelables (éolienne, solaire, hydraulique, marine, géothermique et issue de la biomasse, ainsi que les biocombustibles) bien qu’en progression, ne représentent qu’un peu plus de 20 % du bouquet énergétique de l’UE qui reste dominé par les hydrocarbures (pétrole et gaz). Les énergies renouvelables constituent pourtant la solution de substitution aux énergies fossiles pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et lutter contre le réchauffement climatique. Par ailleurs, elles permettent de diversifier l’approvisionnement énergétique et de diminuer la dépendance aux énergies fossiles.

La législation de l’Union visant à promouvoir les énergies renouvelables a beaucoup évolué au cours des quinze dernières années.

En 2009, une première directive a posé l’objectif contraignant de 20 % de la consommation énergétique devant provenir de sources d’énergie renouvelables à l’horizon 2020. Par ailleurs, tous les États membres s’engageaient à ce que 10 % des carburants utilisés dans les transports soient issus de sources d’énergies renouvelables.

Pour parvenir à l’objectif des 20 % d’énergies renouvelables au niveau de l’Union européenne, chaque Etat membre s’était donné un objectif national plus ou moins élevé selon les pays : 49 % pour la Suède, 10 % pour Malte et 23 % pour la France.

En décembre 2018, afin de traduire les ambitions et les engagements de l’Union dans le cadre de l’accord de Paris, la directive sur les énergies renouvelables de 2009 est révisée. Un nouvel objectif contraignant à l’horizon 2030 est arrêté : 32 % de la consommation finale d’énergie doit provenir d’énergies renouvelables, assorti d’une clause de révision à la hausse d’ici à 2023. De façon complémentaire,  est renforcé à 14 % l’objectif d’utilisation d’énergie renouvelable dans la consommation totale des transports d’ici à 2030.

Dix ans après la directive de 2009, avec 22,1 % d’énergies renouvelables dans sa consommation finale en 2020, l’Union européenne dans son ensemble a atteint les objectifs qu’elle s’était fixés. Vingt-six Etats membres ont respecté leur engagement : 23 ont dépassé leur objectif national et parfois de beaucoup ( la Suède et la Croatie avec + 11 points de %), 3 Etats sont à l’objectif  (la Belgique, les Pays-Bas et la Slovénie). La France avec 19,1 % est le seul pays de l’Union à ne pas avoir atteint l’objectif de 23 % qu’elle s’était donné pour 2020.

Sur la carte de la part d’énergie provenant de sources renouvelables dans la consommation finale en 2020, les disparités sont fortes : 3 pays dépassent les 40 %, avec champion toute catégorie, la Suède à plus de 60 %, devant la Finlande (43,9 %) et la Lettonie (42,1 %). Suit un groupe de 5 pays, autour de 30 %, l’Autriche (36,5 %), le Portugal (34 %), l’Estonie, le Danemark, la Croatie. A moins de 20 %, 11 pays dont la France, l’Allemagne, il est vrai tout près des 20 % quand d’autres pays, Malte, le Luxembourg, la Belgique, la Hongrie sont en dessous de 15 %. Ces écarts s’expliquent certes par la spécificité de situations nationales, par exemple climatiques  mais, ils relèvent aussi largement de choix politiques en termes d’interventions publiques plus ou moins fortes (investissements publics, incitations fiscales, voire taxe sur le carbone).

Le Pacte vert européen présenté par la Présidente de la nouvelle commission en décembre 2019, change la donne car il porte une forte ambition : atteindre la neutralité carbone à l’échelle de l’Union en 2050. Pour cela, en juillet 2021, un nouvel ensemble de propositions, le paquet, “Ajustement à l’objectif 55” ou « Fit for 55 », fait passer l’objectif de la part des énergies renouvelables à l’horizon 2030 de 32 % à 40 %. Dans ce paquet de nouveaux sous-objectifs sectoriels d’utilisation d’énergies renouvelables sont  définis : pour les bâtiments 49 % d’ici à 2030 ; dans l’industrie +1,1 % chaque année, pour le chauffage et le refroidissement urbains +1 % chaque année, dans les transports, en 2030, + 5,2 % de carburants renouvelables d’origine non biologique principalement hydrogène renouvelable.

L’invasion de l’Ukraine et la crise énergétique qui en a résulté, ont contraint l’UE et en son sein des Etats membres comme l’Allemagne à réviser leur stratégie. Afin d’éliminer la dépendance à l’égard des combustibles fossiles russes et pour  accélérer la transition écologique, la Commission a élaboré, en mai 2022,  le plan REPowerEU, qui rehausse l’objectif de part des énergies renouvelables à 40 voire 45 % d’ici à 2030 avec des sous-objectifs révisés et ambitieux parmi lesquels :

  • le doublement de la capacité photovoltaïque d’ici à 2025 avec une obligation progressive d’installer des panneaux solaires sur les nouveaux bâtiments publics, commerciaux et résidentiels ;
  • la production interne de 10 millions de tonnes d’hydrogène renouvelable et l’importation de 10 autres millions  d’ici à 2030 ;
  • un doublement du rythme de déploiement actuel des pompes à chaleur dans les bâtiments et des mesures pour intégrer l’énergie géothermique et solaire thermique dans les chauffages collectifs ;
  • une part de carburants renouvelables d’origine non biologique (hydrogène renouvelable et dérivés) de 75 % pour l’industrie et de 5 % pour les transports ;
  • une augmentation de la production de biométhane à 35 milliards de mètres cubes d’ici à 2030 dans le cadre de la PAC.

La guerre en Ukraine joue un rôle d’accélérateur de la transition énergétique. La volonté politique davantage encore comme le montre l’accord européen du 30 mars 2023, sur l’objectif ambitieux de 42,5 % d’énergies renouvelables dans la consommation énergétique finale en 2030.

Crédits photo: © Maria Maltseva de Pixabay

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