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« Si c’était à refaire, je commencerais par la culture. » Cette phrase attribuée à Jean Monnet, le père fondateur de l’Europe ne l’a pas prononcée. Il n’empêche, elle est fréquemment citée pour affirmer que la culture ne constitue pas une dimension majeure du projet européen et qu’elle ne bénéficie d’aucune politique communautaire. Cette assertion ne résiste guère à l’analyse pour plusieurs raisons.
La principale tient au fait qu’au cœur du projet européen il y a la paix à installer dans un continent qui se définit par la culture plus que par la géographie. Malgré des différences, les 27 Etats membres et quelques autres, appartiennent au même monde culturel, à la même plaque civilisationnelle. La mission première de l’Union européenne est de le rappeler sans cesse aux Européens et à leurs dirigeants notamment dans les moments où, dans certains pays, la fièvre xénophobe et la tentation du repli nationaliste remettent en cause les valeurs fondatrices héritées du grand mouvement culturel des Lumières. C’est bien par la culture, par l’échange culturel que l’Union européenne peut le mieux faire vivre sa devise : « Unie dans la diversité ».
La culture est une composante du projet européen mais sa perception est récente. Il a fallu attendre 1992 et le traité de Maastricht pour que, jusque-là compétence exclusivement nationale, elle entre dans le champ communautaire avec une double ambition :
- « contribuer à l’épanouissement des cultures des Etats membres dans le respect de leur diversité nationale et régionale, tout en mettant en évidence l’héritage culturel commun » ;
- « encourager la coopération entre États membres et, si nécessaire, appuyer et compléter leur action dans les domaines suivants : l’amélioration de la connaissance et de la diffusion de la culture et de l’histoire des peuples européens, la conservation et la sauvegarde du patrimoine culturel d’importance européenne, les échanges culturels non commerciaux, la création artistique et littéraire, y compris dans le secteur de l’audiovisuel ».
A ces fins, l’Union s’est dotée de programmes financiers d’intervention : dans les années 1990, Kaléidoscope pour les arts vivants, Ariane pour la littérature et Raphaël pour le patrimoine, bientôt réunis en 2000 dans un programme cadre Culture 2000 complété en 2007 par un programme Media. En 2013, ces programmes ont été fusionnés dans le programme Europe créative qui constitue depuis 2014 le principal soutien de la Commission aux secteurs de la culture et de la création. Le règlement Europe créative 2021-2027, a été approuvé par le Parlement européen en mai 2021 et les premiers appels à projet ont été lancés la même année.
Directement géré par la Commission européenne par l’intermédiaire de l’agence exécutive Education, audiovisuel, culture sous la responsabilité d’un Commissaire européen[1], le programme Europe créative 2021-2027 poursuit deux objectifs :
- d’une part, préserver, développer et promouvoir le patrimoine et la diversité culturelle et linguistique ;
- d’autre part, accroître la compétitivité et le potentiel économique des secteurs de la culture et de la création, et en particulier du secteur audiovisuel.
De façon plus spécifique, le programme Europe créative vise à intensifier la coopération artistique et culturelle au niveau européen afin de faciliter la création d’œuvres européennes et de renforcer la dimension économique, sociale et extérieure des secteurs de la culture et de la création en Europe ;
- il favorise la coopération en matière d’innovation, d’adaptabilité, de durabilité et de compétitivité ;
- enfin il entend développer les actions innovantes et collaboratives, promouvoir un environnement médiatique diversifié, indépendant et pluraliste ainsi que l’éducation aux médias, favorisant ainsi la liberté d’expression artistique et le dialogue interculturel.
Par ailleurs, le programme Europe créative encourage les efforts et les bonnes pratiques au service des grandes priorités de la Commission européenne, telles que le pacte vert, l’inclusion sociale et l’équilibre hommes-femmes.
Le programme Europe créative est ouvert à tous les opérateurs culturels des Etats membres de l’Union européenne et, sous certaines conditions, aux opérateurs des pays de l’Association européenne de libre-échange (AELE : Norvège, Islande, Liechtenstein et Suisse), des pays candidats ou potentiellement candidats, ainsi qu’à ceux des pays de la politique européenne de voisinage (au Sud, les pays du Maghreb, à l’est l’Ukraine, l’Arménie, l’Azerbaïdjan…). Il est doté de 2,4 milliards d’euros contre 1,4 milliard pour la période 2014-2020 soit une augmentation de plus de 60 %.
Le programme se compose de 3 volets :
- Le volet CULTURE couvre tous les secteurs de la culture et de la création, à l’exception des secteurs audiovisuel et cinématographique. Représentant 1/3 du budget total, il soutient des projets de coopération culturelle européenne, des réseaux européens d’organisations professionnelles, des mobilités d’artistes et opérateurs de la culture ou encore des plates-formes destinées à la promotion d’œuvres européennes. Il finance aussi des actions sectorielles concernant notamment les secteurs de la musique, du livre et de l’édition, du patrimoine culturel et de l’architecture.
- Le volet MEDIA pour 58 % du budget total, concerne les secteurs de l’audiovisuel et de la cinématographie. Il est divisé en quatre pôles thématiques : contenus, entreprises, publics et politiques. Les actions financées sont par exemple des réseaux de cinémas européens, des festivals européens ou encore des projets de contenus télévisés ou en ligne. Parmi les priorités, favoriser l’écologisation du secteur et inclure des objectifs sociétaux tels que l’équilibre hommes-femmes et la diversité.
- Le volet TRANSSECTORIEL pour 9 % du budget, facilite la collaboration entre les secteurs de la création. Il favorise la coopération politique transnationale, les laboratoires d’innovation créative et, pour la première fois, soutient le secteur des médias d’information en promouvant l’éducation aux médias, le pluralisme et la liberté des médias.
Europe créative 2021-2027 s’inscrit dans la stratégie européenne portée par le Pacte vert en aidant les secteurs de la culture et de la création à devenir plus numériques, plus écologiques, plus résilients et plus inclusifs.
Pour 2028-2034, la Commission envisage de fusionner Europe Créative avec le programme Citoyens, égalité, droits et valeurs (CERV). Baptisé « AgoraEU », doté de 8,6 Mds d’euros, le nouveau programme comprendrait trois volets – Europe Créative-Culture, Médias+ et Démocratie, citoyens, égalité, droits et valeurs (CERV+)[2]. Avec AgoraEU il s’agit de « donner aux citoyens européens les moyens d’agir et construire des sociétés plus fortes et plus résilientes ».
[1] De 2019 à 2024, Marya Gabriel, commissaire à l’innovation, la recherche, la culture, l’éducation et la jeunesse et, depuis 2024, Glenn Micallef, commissaire de l’Équité intergénérationnelle, de la Jeunesse, de la Culture et des Sports.
[2] Le volet Europe Créative-Culture 2028-2034 disposerait d’un budget d’1,8 Md d’euros