Retour sur la présidence chypriote du Conseil de l’UE

© presidence chypriote 2026

La République de Chypre a assuré pour la deuxième fois, depuis son adhésion en 2004, la présidence tournante du Conseil de l’UE (Union européenne), succédant au Danemark le 1er janvier 2026. Dans un moment de turbulences géopolitiques et d’incertitudes, le programme chypriote était basé sur une devise ambitieuse : « Une Union autonome, ouverte sur le monde ».

La réalisation d’une Union autonome et stratégiquement indépendante constituait une priorité. Le renforcement de l’autonomie stratégique était au cœur de la présidence chypriote ; ce concept a été remis au centre de l’agenda européen par la guerre en Ukraine et l’intensification des rivalités géopolitiques. Chypre a travaillé sur le livre blanc de la défense européenne et sur la feuille de route de préparation pour 2030 qui l’accompagnait. Afin de renforcer l’autonomie stratégique de l’UE, la Commission européenne avait présenté en mars 2025 un plan de 800 Mds €, intitulé « Rearm Europe ». Chypre a participé, au cœur de ce plan, à la mise en œuvre de l’instrument SAFE, qui autorise la Commission à lever sur les marchés financiers jusqu’à 150 MdS €, redistribués ensuite sous forme de prêts aux États membres.

Autre dossier chaud : en décembre 2025, les Vingt-sept avaient ouvert la voie au renvoi de migrants irréguliers hors des frontières de l’UE ; ces migrants pouvant être expulsés vers des centres de retour ou vers des pays dont ils ne sont pas originaires. Chypre a contribué aux négociations avec les pays d’origine sûrs et les pays tiers. Le Pacte européen sur l’asile et la migration est entré en application le 12 juin 2O26.

Alors que l’UE poursuivait sa stratégie de « diversification » face à l’imprévisibilité des Etats-Unis, Chypre a participé aux tractations sur un accord de libre-échange avec les Émirats arabes unis dans le cadre d’un effort plus large de l’UE pour approfondir ses relations commerciales avec les régions du Golfe. Fin mai 2026, la visite officielle en Inde du Président Christodoulides a marqué un tournant dans le développement du corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEC). Cette nouvelle route commerciale promet d’être une alternative stratégique aux corridors logistiques traditionnels et confère à la situation des ports méditerranéens une importance accrue.

L’ouverture de l’UE sur le monde passe aussi par son élargissement. La vingt-septième réunion de la conférence d’adhésion avec le Montenegro s’est tenue le 15 juin 2026 à Luxembourg. « Dans le contexte géopolitique actuel, l’élargissement constitue plus que jamais un investissement géostratégique dans la paix, la sécurité, la stabilité et la prospérité ». (Marinela Raouna, vice-ministre chypriote des affaires européennes, au nom de la présidence chypriote du Conseil de l’UE).

Par ailleurs, un accord a été obtenu avec le Parlement pour l’octroi d’un prêt de 90 M€ à l’Ukraine. Le soutien à ce pays a été la priorité centrale de Chypre.

L’autonomie de l’UE est liée à une plus grande compétitivité et à la simplification de la réglementation. En ce sens, la création d’un centre de données unique a pour but de réduire la bureaucratie. L’UE s’est dotée d’un règlement destiné à mieux réguler les pratiques les plus risquées de l’intelligence artificielle, à encadrer les risques pesant sur les droits fondamentaux des êtres humains. Plusieurs demandes ont été exprimées en vue d’un report ou d’un assouplissement de certaines mesures, pour réduire les lourdeurs administratives qui pèsent en particulier sur les petites et moyennes entreprises. Le suivi de cette révision, déjà priorité de la présidence danoise au second semestre 2025, a été repris par Chypre, en collaboration avec le Parlement européen.

Chypre a contribué aussi au progrès des dossiers législatifs ayant une incidence sur la vie des citoyens, en renforçant l’économie circulaire et le recyclage, en simplifiant les investissements dans le domaine de la recherche pour soutenir la transition écologique.

Le citoyen a été aussi au centre des actions de la présidence chypriote : la mise en œuvre de la garantie européenne pour l’enfant, l’augmentation de l’offre de logement durable, l’attention particulière accordée à la santé mentale ont témoigné de la volonté de Chypre de ne laisser personne de côté.

Alors que l’accord commercial UE-Mercosur, après avoir été critiqué, s’applique à titre provisoire depuis le 1er mai 2026, Chypre s’est efforcée de renforcer la position des agriculteurs contre les pratiques déloyales.

Le budget, gage de crédibilité de l’UE, a été un des dossiers les plus sensibles ; les ambitions européennes nécessitent des moyens financiers à la hauteur. La présidence chypriote a proposé une baisse proche de 2 % du budget pluriannuel 2028/2034 initialement prévu par la Commission. La PAC, la pêche et la politique de cohésion ont été épargnées, mais pas la compétitivité, en dépit de son statut de « nouvelle priorité » de l’UE. Les « pays frugaux », groupe informel de pays du nord, ont appelé à des coupes budgétaires plus importantes et à une priorité donnée à la compétitivité, la sécurité et la défense. Trouver un compromis sur la proposition de budget ne se fera pas sans difficulté pendant la prochaine présidence de l’Irlande.

Au cours de la présidence chypriote du Conseil de l’UE ont eu lieu trois sommets, dix-neuf réunions ministérielles informelles et cinquante-deux réunions formelles. Mais les questions de la réunification de l’île et de l’adhésion de la Turquie à l’UE ne sont toujours pas réglées. L’Irlande a pris le relais de cette présidence pour le second semestre 2026.