L’Islande et l’UE

© European Union, 2026

Les Islandais ont rejeté la reprise des négociations d’adhésion à l’Union européenne (UE) par un referendum qui s’est tenu le 29 août 2026.

L’Islande est un petit pays (103 000 km² – 390 000 habitants), occupant une position charnière entre l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Arctique. Le débat sur l’adhésion à l’UE remonte à 2008, mais la candidature de l’Islande à l’UE reste inachevée.

Sur une représentation cartographique traditionnelle, l’Islande semble périphérique, mais sur une carte océanique, elle occupe une situation stratégique pour la surveillance aérienne et maritime de l’Atlantique nord.

C’est le seul pays membre de l’OTAN, dont elle est membre fondateur, à ne pas disposer d’une armée permanente. Dans le domaine de la défense, elle est aidée par les États-Unis et par l’OTAN.

Mais elle est aussi très ancrée dans l’UE ; depuis 1994, le pays appartient à l’Espace Économique Européen et participe au marché unique, sans faire partie de l’Union douanière : ainsi les procédures douanières sont maintenues pour les marchandises. L’Islande appartient à l’espace Schengen de libre circulation depuis 2001, et bénéficie aussi de certains programmes européens : Erasmus+ (pour les étudiants), Horizon Europe (programme de recherche), Interreg (coopération entre régions), Espace d’itinérance sans frais de l’UE (utilisation du forfait téléphonique). Dans le conflit ukrainien, l’Islande est alignée sur l’ensemble des sanctions prises par l’UE contre la Russie ; elle affirme son accord de soutien et de sécurité à long terme avec l’Ukraine.

L’Islande a été candidate à l’intégration européenne en 2009, dans le contexte de la grave crise financière et de l’effondrement de son système bancaire. Les négociations, difficiles, ont échoué. Le gouvernement islandais a refusé les quotas de pêche européens. La reprise de l’économie, l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement eurosceptique en 2013 font que, le 12 mars 2015, l’Islande indique alors qu’elle n’est plus candidate et qu’elle cesse les négociations. Le refus islandais intervient à un moment où l’élargissement connaît un nouvel élan avec neuf candidats officiels.

Cependant des liens étroits sont maintenus avec l’UE.

Le climat géopolitique mondial remet à l’ordre du jour une éventuelle adhésion islandaise à l’UE, pour des raisons de sécurité et d’intégrité territoriale.

Depuis le retour de Trump au pouvoir aux États-Unis, les équilibres géopolitiques de l’Arctique sont remis au premier plan. La question du Groenland et la menace de faire de l’Islande, après le Canada, le cinquante-deuxième État des États-Unis, remet sur le devant de la scène la question des relations avec l’UE. En mars 2026, le gouvernement propose l’organisation d’un referendum sur la reprise des négociations.

Ce referendum, avec la victoire du non (52,5 % contre 47,2 % de oui), traduit la profonde division de la société islandaise sur la question européenne (participation de 82,6 %). La majorité politique de centre gauche (gouvernement de coalition entre l’Alliance sociale-démocrate, le parti de la Réforme et le parti du peuple), n’a pas convaincu la population.

Pour les partisans de l’adhésion, l’Islande applique déjà une grande partie des règles de l’UE sans participer à leur élaboration. Les opposants insistent sur la souveraineté nationale et la maîtrise de secteurs stratégiques, en particulier la pêche. Cette activité est un sujet de crispation depuis le début des négociations. Les industries halieutiques représentent, en effet, près de 40 % des exportations islandaises et 70 % du PIB. Les acteurs de ce secteur économique se sont, en quasi totalité, opposés à l’adhésion par crainte d’être exposés aux quotas européens et à la concurrence étrangère. (Les quotas européens fixent la quantité totale de poissons qui peut être pêchée chaque année pour chaque stock halieutique. Cette quantité est répartie en quotas nationaux, pour garantir une gestion durable des ressources halieutiques).

La société islandaise est profondément divisée sur la question européenne ; la zone de Reykjavik, avec une population urbaine et diplômée, a voté en faveur du oui. Au contraire, la population rurale et âgée insiste sur la souveraineté nationale et la maîtrise de secteurs stratégiques ; elle est plus difficile à convaincre. Notons que les responsables européens ne se sont pas impliqués dans une campagne électorale à l’issue incertaine.

L’Islande est simultanément partenaire et concurrente (sur le plan halieutique) de l’UE.

Alors que la mer incite l’Islande à préserver son autonomie, la géopolitique peut la pousser vers l’UE.