L’Union européenne et la guerre en Ukraine

« L’Europe c’est la paix », ou plus exactement, l’Union européenne (UE), c’est la paix. Mais les pays de l’UE redécouvrent que la guerre peut survenir en « Europe géographique ». A la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février 2022, l’UE apporte son aide à l’Ukraine, sanctionne la Russie et prend conscience de ses propres faiblesses.

L’UE apporte son aide à l’Ukraine

Elle accueille en urgence les réfugiés ukrainiens (aux environs cinq millions au total, dont trois millions en Pologne, Roumanie, Slovaquie). Le 3 mars 2022, les ministres de l’intérieur de l’UE activent le « mécanisme de protection temporaire » défini par la directive 2001/55, adoptée en 2001. Déclenché pour la première fois,  vingt ans après son adoption, il doit « assurer un équilibre entre les efforts consentis par les Etats membres pour accueillir ces personnes et supporter les conséquences de cet accueil ». Le visa n’est pas nécessaire pour les Ukrainiens titulaires d’un passeport biométrique dans le cadre de l’accord d’association avec l’UE signé le 21 mars 2014. La protection temporaire d’un an, renouvelable jusqu’à trois ans, donne droit au séjour dans tout pays de l’UE, à l’accès au marché du travail, à des soins et à la scolarisation. Ces règles constituent un socle minimum, que chaque pays membre est libre d’assouplir. L’UE accorde à l’Ukraine 500 millions d’euros et, au titre de la protection civile, 100 millions d’euros de fournitures.

Dans le même temps, les citoyens européens se mobilisent pour collecter de la nourriture, des vêtements, des médicaments et les transporter en Ukraine. Certains accueillent des réfugiés, d’autres s’engagent pour combattre au côté des Ukrainiens.

L’UE envoie des armes à l’Ukraine : décision historique prise par le Conseil européen le 27 février 2022. Créée en mars 2021, la « Facilité européenne pour la paix » permet de financer les opérations militaires de l’UE dans les pays tiers. Un montant de 450 millions d’euros , destiné aux armes, est complété par 50 millions d’euros pour des équipements de protection et des carburants. Mais trois pays, Autriche, Chypre et Hongrie[1], ont refusé de fournir toute aide militaire.   

L’UE soutient, à hauteur de 25 millions d’euros , la cybersécurité et une transformation numérique pour l’Ukraine au moyen du programme EU4Digital. Un autre programme de jumelage doté de 1,5 million d’euros aidera les institutions ukrainiennes chargées de la cybersécurité à s’aligner sur les normes de l’UE.

Sur le plan financier, l’UE avait déjà déboursé 190 millions d’euros d’aide médicale d’urgence pour faire face à la crise de la Covid 19 et 1,2 million d’euros pour lutter contre les conséquences économiques de la pandémie. En janvier 2022, la Commission européenne avait proposé une aide d’urgence de 1,2 million d’euros pour soutenir l’Ukraine face aux coûts engendrés depuis 2014 par le conflit avec la Russie.

L’UE fait aussi des efforts diplomatiques. La France préside le Conseil de l’UE au premier semestre 2022 et avant une réunion avec le Président ukrainien à Kiev, le Président français a rencontré le dirigeant russe : ce dernier l’a assuré de sa « volonté de maintenir la stabilité et l’intégrité territoriale de l’Ukraine »… Le 8 avril, madame Von der Leyen, Présidente de la Commission, et monsieur Josep Borell, chef de la diplomatie européenne, se sont rendus à Kiev.

A ces contacts directs s’ajoutent des échanges téléphoniques réguliers.

Cependant, lors du sommet européen exceptionnel de Versailles les 11 et 12 mars derniers, les Vingt-sept excluent la possibilité d’une adhésion accélérée de l’Ukraine à l’UE, malgré les pressions insistantes du Président Zelensky qui, dans une lettre de candidature formelle le 28 février 2022, demande une « procédure spéciale ». Pour un pays en  guerre, d’importantes réformes, nécessaires pour répondre aux critères d’adhésion sont difficiles à respecter. Mais les pays de l’UE s’accordent sur un approfondissement des relations avec l’Ukraine. Le 8 avril, madame Von der Leyen, en visite à Kiev, a remis au président ukrainien un questionnaire qui servira de point de départ à une décision sur l’adhésion de l’Ukraine à l’UE.

Un sommet virtuel UE/Chine, début avril, pour dissuader Pékin d’aider Moscou en contrant les sanctions occidentales est un échec : Pékin refuse de condamner l’invasion de l’Ukraine.

 

L’UE prend des sanctions et se ferme à la Russie

Plusieurs trains de mesures ont été pris depuis le début du conflit. Une « liste noire » des personnalités et d’entités a été établie, avec des critères d’inscription étendus, permettant de cibler les membres du gouvernement russe et leurs familles, les oligarques et les acteurs des secteurs clés de l’économie russe (gel des avoirs, interdiction de voyager, de leur fournir des fonds).

Les sanctions  financières privent la Russie d’accès aux marchés de capitaux de l’UE. Les principales banques russes sont exclues du système SWIFT, premier système de messagerie financière au monde. L’UE estime que 70 % du système bancaire (en terme d’actifs) du gouvernement et des grandes entreprises publiques russes ne pourront plus se financer sur les marchés des capitaux de l’UE.

L’espace aérien de l’UE est fermé à tous les avions appartenant à la Russie, immatriculés en Russie ou contrôlés par la Russie, y compris les jets privés des oligarques. Les trois quarts de la flotte aérienne commerciale russe actuelle ont été construits dans l’UE, aux Etats-Unis et au Canada ; tout service de réparation, de maintenance, tout transfert de pièces et d’équipements aéronautiques étant interdits, la Russie ne pourra pas maintenir sa flotte aux normes internationales. La fermeture de l’espace européen est étendue aux bateaux et aux camions russes. 

L’accès de la Russie à d’importantes technologies (logiciels, semi-conducteurs, électronique de pointe) sera restreint. Le but est aussi de frapper des secteurs sensibles du complexe militaro-industriel de la Russie.

Les acteurs de la désinformation, Russia Today et Sputnik, jouant un rôle de soutien à l’agression de la Russie contre l’Ukraine, la transmission et la distribution de ces deux médias sont suspendues.

Enfin, sur le plan diplomatique, en 48 heures, deux cents diplomates russes, accusés d’espionnage, ont été expulsés de plusieurs Etats européens, de même que plusieurs membres de la représentation de la Russie auprès de l’UE.

 

L’UE prend conscience de ses faiblesses

De nombreux observateurs remarquent le « réveil de l’Europe », le renforcement rapide de son unité ; « Poutine a réussi en trois jours à faire ce que l’UE n’avait pas su faire depuis des décennies » (P. Verluise ; D’une UE pusillanime à une UE puissance ? – Diploweb 05/03/2022).

La guerre fait prendre conscience aux pays et aux institutions de l’UE de la nécessité de se doter des moyens de la puissance. L’Union commence à définir ses intérêts stratégiques, qui ne coïncident pas forcément avec ceux des Etats-Unis et de l’OTAN. Pour cela, une « boussole stratégique », initiée en juin 2020, définit les grandes orientations de la sécurité et de la défense européenne jusqu’en 2030. L’adoption par le Conseil européen (21/24 mars 2022) du premier livre blanc de la défense européenne a été accélérée par la guerre en Ukraine. Emergence d’une culture stratégique commune et renforcement de la cohésion des Européens, cette « boussole »  représente une feuille de route pour les dix prochaines années, avec quatre domaines clés : mener des opérations extérieures, assurer la sécurité, investir dans la défense et améliorer les partenariats. Cette action doit être conduite en complémentarité avec l’OTAN.

L’UE souffre du faible degré de coordination des politiques énergétiques des pays membres, de politiques divergentes comme pour la France et l’Allemagne, de sa dépendance envers la Russie pour 20 % de sa consommation d’énergie. Les Européens admettent désormais qu’il leur faut s’organiser afin de ne plus dépendre de la Russie, pour le gaz (40 %), le pétrole (25 %) et le charbon (46 %). L ‘Allemagne reste opposée à un embargo immédiat sur le gaz russe, mais ne l’exclut plus à long terme ; l’Italie, très alignée sur Berlin, ne mettrait plus son veto à un embargo sur l’énergie. Bannir le charbon est la décision la plus simple, malgré la dépendance de l’Allemagne et des pays de l’Est ; pour le gaz, la situation est beaucoup plus difficile.

Les importations d’hydrocarbures apportent une rente considérable à la Russie ; Poutine exige leur paiement en roubles par les pays considérés comme hostiles ; mais cette décision demeure floue ; elle est considérée comme une rupture de contrat par les pays occidentaux.

Quels seront les effets de ces décisions ? Les sanctions économiques ne seront efficaces qu’à plus ou moins long terme ; pour certains observateurs, elles sont même improductives : perte d’efficacité avec le temps, adaptation du système productif… Néanmoins, les pays de l’UE ne veulent pas apparaître comme des cobelligérants face à la Russie et s’interdisent, pour l’instant, de livrer des armes offensives à l’Ukraine.

 

[1] Le Premier ministre Orban, au lendemain de sa victoire électorale début avril, a reçu les chaudes félicitations de Vladimir Poutine qui a exprimé l’espoir d’un renforcement d’u partenariat entre la Russie et la Hongrie.


https://www.touteleurope.eu/dossier/guerre-en-ukraine-quels-enjeux-pour-l-europe/

https://www.consilium.europa.eu/fr/policies/eastern-partnership/ukraine/

https://www.consilium.europa.eu/fr/policies/eu-response-ukraine-invasion/

https://ec.europa.eu/info/index_fr

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