L’Union européenne et les Etats-Unis de Joe Biden

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Après quatre années de présidence Trump, alors que les Etats-Unis ne s’intéressaient plus à l’Europe, l’élection de Joe Biden est un soulagement pour la majorité des dirigeants européens. Que peut espérer l’Union européenne (UE) de l’arrivée au pouvoir du nouveau président des Etats-Unis ?

Joe Biden sera-t-il mieux disposé à l’égard de l’UE ?

  • Par ses origines : Joseph Robinette Biden Jr., dit Joe Biden, est né le 20/11/1942 à Scranton en Pennsylvanie, dans une famille catholique irlandaise. Son arrière-arrière-arrière-grand-père, Edward Blitt, ingénieur civil de profession, a quitté Ballina (grosse bourgade agricole du comté de Mayo, au Nord-Ouest de la République d’Irlande), voilà 170 ans, comme deux millions d’Irlandais fuyant la terrible famine de 1850. L’attachement de Biden à l’Irlande explique ses prises de position en défaveur du Brexit. Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, étant parfois considéré comme un « clone » de Trump, Joe Biden devrait être un allié des Européens dans le règlement du Brexit et de la frontière irlando-britannique en Irlande du nord : « Nous ne pouvons pas permettre que l’accord du Vendredi saint, qui a apporté la paix en Irlande du Nord, devienne une victime du Brexit ». A condition qu’il n’y ait pas de « no deal » à la fin de l’année 2020…

  • Par son expérience des relations internationales et la nomination d’un familier du vieux continent, Tony Blinken, un francophone, pour diriger la politique extérieure. Joe Biden est attendu à Berlin, pour sa première visite internationale : l’Allemagne est le pays d’Europe le plus important pour les Etats-Unis.

  • Par la reprise d’une politique multilatérale, d’une diplomatie plus active sur la scène internationale. Le retour des Etats-Unis dans l’accord de Paris contre le réchauffement climatique, dans l’OMS (Organisation mondiale de la santé) pour la lutte contre la pandémie de Covid est annoncé.
    L’OTAN (Organisation du traité de  l’Atlantique Nord), jugée « en état de mort cérébrale » par le Président de la République française, pourrait retrouver une seconde jeunesse et la pression américaine se relâcher dans le domaine économique.

Mais la politique de Biden restera influencée par un « trumpisme durable » (Alexandra de Hoop Scheffer, politiste membre du think tank German Marshall Fund of the United States – Le Monde 13/11/2020). « America first » restera une priorité, influencée par le mouvement de fond en faveur de Trump lors de l’élection présidentielle. Il n’y aura pas de retour à l’Amérique des années de la Guerre froide : elle n’existait déjà plus avant l’élection de Trump. (D. Moïsi).

Sur le plan économique et commercial, un nouveau partenariat est souhaité par l’UE mais les négociations resteront difficiles ; la rivalité des géants de l’aéronautique (Boeing-Airbus), la fiscalité et la réglementation des GAFAM sont des dossiers ultra sensibles et conflictuels. La technologie a pris une place centrale dans les rapports géopolitiques ; ainsi l’Allemagne, qui va voter une loi sur la sécurité des infrastructures numériques, ne veut pas bannir Huawei, soupçonné d’espionnage par les Etats-Unis : le conflit avec Washington est préprogrammé. Priorité sera donnée au « buy american », au nationalisme économique et industriel, avec des conséquences pour les partenaires européens.

Les Etats-Unis souhaitent un « partage du fardeau » de la défense ; ils considèrent que les Européens, ayant tendance à limiter leurs dépenses en se reposant sur la puissance de feu des Etats-Unis, doivent prendre leurs responsabilités. Question déjà posée sous les mandats de Obama et de Trump, à laquelle s’ajoute aujourd’hui la gestion des crises en Méditerranée et au Moyen-Orient.

De même, il y a peu de chances que l’on assiste à une volte-face des Etats-Unis sur le dossier du nucléaire iranien. Selon Diploweb, la relation entre Téhéran et Washington serait moins fluctuante qu’il n’y paraît. Biden, souhaitant obtenir un accord plus englobant que celui de 2015, serait davantage en désaccord avec Trump sur la forme que sur le fond.

Le 12 novembre 2020, dans le quotidien Le Monde, les ministres français et allemand des affaires étrangères appellent à repenser le partenariat transatlantique. Pour eux, l’élection de Joe Biden ouvre la voie à un renforcement de l’unité entre l’Europe et les Etats-Unis, pour répondre aux défis du XXIe siècle parmi lesquels la montée en puissance de la Chine.
Résister à la Chine et défendre la démocratie, c’est la raison majeure pour redémarrer le dialogue sur de bonnes bases. (D. Moïsi).
Selon A. de Hoop Scheffer, il faut s’attendre à un nouveau marchandage à propos du partenariat transatlantique sur fond de compétition Etats-Unis – Chine et à la condition que l’UE s’aligne derrière la politique américaine envers la Chine.

Des divergences apparaissent au sein de l’UE à la suite du changement de pouvoir aux Etats-Unis.
L’OTAN et la défense de l’Europe sont-elles conciliables ? L’Europe a-t-elle besoin des Etats-Unis pour se défendre ? Position défendue par Annegret Kramp-Karenbauer, ministre fédérale de la défense allemande, sur le site Politico. Ce que réfute le président Macron, désireux « que nous soyons souverains avec notre propre défense ». Ce débat est une conséquence des incertitudes que soulève l’élection de Joe Biden, quant à l’avenir de la coopération franco-allemande dans le cadre d’une relation transatlantique redéfinie. Les Vingt-sept ont voulu affirmer leur souveraineté face à Trump, mais cette dynamique peut s’affaiblir avec son successeur.

Une autre source de divergence vient de l’Europe centrale, où Trump comptait de solides admirateurs. Les dirigeants polonais, hongrois, slovènes perdant un allié idéologique, se sont contentés de féliciter Biden « pour le succès de sa campagne ». Sur le plan de la défense des valeurs, de la démocratie et de l’Etat de droit, la victoire de Joe Biden n’est pas encourageante pour ces dirigeants déjà contestés dans leur propre pays. Cependant la Pologne peut se sentir confortée par les positions plus fermes des démocrates américains sur l’OTAN et la Russie.

L’Europe n’intéresse plus les Etats-Unis : ils se tournent vers l’Asie, l’Afrique, l’Amérique latine. (D. Moïsi). Sans être naïve, l’UE peut espérer une relation apaisée, équilibrée, avec les Etats-Unis. Mais la plus grande part de l’énergie de l’équipe démocrate sera consacrée à la politique intérieure (crise du Covid et fractures internes des Etats-Unis). Dans ce contexte, il est essentiel que l’UE opère une clarification de ses priorités stratégiques.

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