Menaces sur la BBC

Considérée quasi unanimement comme LE modèle européen de société audiovisuelle, la vénérable BBC est menacée, dans son financement, et donc dans son existence même, par le nouveau gouvernement britannique et son impétueux premier ministre.

La BBC (British Broadcasting Corporation).

Société de diffusion radiophonique, puis de radio-télévision, la BBC est l’une des plus anciennes structures publiques de médias en Europe, et l’une des plus respectées tant elle bénéficie d’une réputation de rigueur déontologique et d’excellence culturelle. Au pays des tabloïds populistes, elle jouit d’une vraie popularité et son audience en est même surprenante.

Comme la plupart de ses homologues occidentaux, la BBC est un organe de Service public dont l’objectif est d’éduquer, d’informer et de distraire. Très rapidement la BBC se distingue par son indépendance vis-à-vis du pouvoir et des milieux économiques (pas de publicité sur ses chaînes), et par la qualité de sa programmation, surtout en matière d’information, avec des journalistes issus des meilleures écoles. Elle jouera un rôle important, on le sait, pendant la seconde Guerre Mondiale, et diffusera, le 18 juin 1940, le premier discours du Général de Gaulle…

Aujourd’hui, la BBC, c’est un ensemble de plusieurs chaînes de télévision qui ont chacune leur spécificité : « BBC One » reste la chaîne la plus regardée au Royaume-Uni, même face à l’offre de la télévision privée. C’est une chaîne généraliste avec une vocation locale. « BBC Two » a un programme plus recherché avec également des « décrochages » locaux. « BBC Three » s’adresse plus particulièrement aux jeunes adultes et « BBC Four » est la chaîne culturelle par excellence de la station. D’autres sont sur des créneaux très précis : information continue, travaux parlementaires, enfants, etc.

Côté radio, la BBC se compose d’une dizaine de stations, spécialisées chacune dans un « genre » particulier (musique pop, musiques urbaines, musique classique, information, débats, rediffusions, etc.), et parfois pour un auditorat particulier, celui des radios locales, bien sûr, et même, en ce qui concerne l’une des stations, celui des ressortissants d’origine sud-asiatique !

Un vrai modèle de média de service public donc, salué et reconnu, même si la BBC a parfois rencontré des difficultés et si elle est, comme c’est le cas depuis quelques mois, fortement contestée.

Une contestation qui émane du plus haut sommet de l’Etat.

Un monument en péril !

Boris Johnson, confirmé en tant que Premier Ministre à la suite d’élections parlementaires remportées haut la main en décembre dernier, n’a de cesse de dénoncer la BBC pour sa « partialité anti-tories » [1] dans la campagne législative récente, et de l’accuser plus globalement de faire étalage de prises de positions anti-Brexit (un des surnoms qui lui est attribué est celui de « Brexit Bashing Corporation »).

Position idéologique ou vengeance personnelle (Boris Johnson n’aurait pas apprécié les attaques dont il dit avoir été l’objet pendant la campagne de la part d’un journaliste vedette de la chaîne à qui il avait refusé d’accorder un entretien…), le fait est que depuis quelques semaines, il ne décolère pas contre la BBC et a demandé au secrétaire au Trésor, Rishi Sunak, de revoir à la baisse le financement du groupe public, dans la perspective de la prochaine renégociation de l’accord avec la BBC, prévue en 2022. L’administration fiscale est également invitée à se montrer plus accommodante avec les contribuables qui refuseraient d’acquitter la redevance.

Une redevance que le Premier ministre envisage même, ni plus ni moins, de supprimer. « On peut se demander si cela a encore du sens sur le long terme de financer ainsi un média, alors que d’autres parviennent à se financer seuls », a-t-il déclaré. Actuellement, la redevance audiovisuelle britannique se monte à 154,50 livres par an (178 €) et a assuré l’an dernier un financement de 3,7 milliards de livres au groupe qui emploie environ 17.000 salariés, dont près de 2.000 journalistes présents dans le monde entier.

Boris Johnson n’est pas le premier chef de gouvernement britannique à s’en prendre à la vénérable institution audiovisuelle depuis les années Thatcher, surtout dans le camp des conservateurs, mais pas seulement : du côté travailliste, certains n’hésitent pas à accuser la BBC d’avoir contribué à la récente déroute du « Labour Party ».

 

Les Britanniques, ceux du moins qui restent encore majoritairement très attachés à leur « Auntie » (leur « Tata »), peuvent donc être légitimement inquiets quant à l’avenir du groupe audiovisuel public.


[1] Les « tories » : les Conservateurs britanniques.

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