Valéry Giscard d’Estaing, l’Européen

Dès son entrée en politique, l’ancien président Valéry Giscard d ‘Estaing (V.G.E.), décédé le 2 décembre 2020, soutient la construction européenne. Pendant toute sa carrière, il milite inlassablement pour une Europe unie.

V.G.E. défend une certaine idée de l’Europe…

Né à Coblence le 2 février 1926, il est « naturellement européen ». A sa sortie de l’ENA en 1951 (promotion « Europe » !), il réalise un stage en Allemagne. Adhérent au Comité d’action pour les Etats-Unis d’Europe, fondé et animé par Jean Monnet avec pour objet le soutien de la candidature britannique, il entretient des liens étroits avec ce dernier, un des personnages qui, avec le général de Gaulle, l’ont le plus marqué.

Mais il appartient à la famille des Indépendants qui se distingue des Gaullistes par le libéralisme et par le soutien total à la construction européenne. En 1978, Jacques Chirac, dans son « appel de Cochin » qualifie l’UDF, trop européenne à ses yeux, de « parti de l’étranger ».

Dans un souci d’équilibre et pour protéger les droits des Etats face aux institutions internationales, Giscard préfère une  Europe intergouvernementale plutôt qu’une Europe communautaire. Il est convaincu que la couple franco-allemand peut et doit jouer un rôle décisif et  il souhaite aussi accroître l’influence des chefs d’Etat et des citoyens. Partisan d’une Europe plus politique, moins technocratique et beaucoup plus efficace, il se distingue des gouvernements qui voulaient une Europe efficace sans forcément lui en donner les moyens.

« On ne ferme pas la porte à Platon » : V.G.E. soutient l’adhésion de la Grèce en 1979. Pour lui, l’Europe est un foyer de civilisation, avec un héritage à la fois judéo-chrétien et laïque. En 2002, pendant la Convention sur l’avenir de l’Europe, il jette un pavé dans la mare en s’opposant fermement à l’adhésion de la Turquie : « La Turquie est un pays proche de l’Europe, un pays important, qui a une véritable élite… Sa capitale n’est pas en Europe, ce n’est pas un pays européen ». Plutôt que l’adhésion, il propose à la Turquie un pacte de partenariat et de coopération.

… En partie réalisée…

En 1973, la CEE (Communauté économique européenne) vivote dans un contexte de crise : effondrement du système de Bretton Woods en 1971, choc pétrolier en 1973. Le mandat de V.G.E. comme président de la République (1974-1981) est marqué par la dynamique européenne, enclenchée avec son homologue allemand et ami Helmut Schmidt : c’est l’âge d’or de l’entente franco-allemande.

Il profite de sa présidence de la Conférence de Paris (9-10 décembre 1974), une des rencontres ponctuelles et informelles entre chefs d’Etat et de gouvernement, pour instituer ces réunions : « Nous avons assisté au dernier sommet européen et nous avons participé au premier Conseil européen ». Ce Conseil européen, formellement consacré par l’Acte unique européen de 1986, est institutionnalisé par le traité de Lisbonne. En plus de permettre d’échanger au plus haut niveau, il définit les orientations et les priorités politiques générales de l’Union et fait entendre la voix de l’Europe.

Pour donner la parole aux citoyens, V.G.E. a l’idée de faire élire le Parlement européen au suffrage universel direct. Les premières élections européennes ont lieu le 10 juin 1979 et Simone Veil en devient Présidente.

En 1978, il propose la mise en place du Système monétaire européen (SME) pour limiter les fluctuations des monnaies, avec l’ECU (European currency unit : unité de compte européenne), valeur de référence. Les réticences des milieux financiers et économiques allemands sont levées grâce à l’appui de H. Schmidt.

En 1989, V.G.E. mène la liste UDF aux élections européennes. A Strasbourg, il préside le groupe centriste du Parlement européen. Siégeant à la Commission économique et monétaire, il est au cœur des négociations du Traité de Maastricht et de l’Union monétaire.

Président du Mouvement européen de 1989 à 1997  il plaide pour une « accélération » de l’UE.

Le Conseil européen de Laeken (décembre 2001) nomme V.G.E. à la Présidence de la Convention sur l’avenir de l’Europe. En 2003, au terme de dix-sept mois de travaux, le projet de Traité constitutionnel européen fusionne et remplace les traités, réforme et clarifie les compétences et le rôle des institutions de l’UE. Après la signature par les vingt-cinq membres de l’UE le 29 octobre 2004, la ratification échoue avec les rejets français et néerlandais lors des référendums de 2005. Amère défaite pour celui qui s’était imaginé en refondateur de l’Europe unie ; mais le texte inspirera en grande partie le Traité de Lisbonne de 2007 et il en reste aussi la Charte des droits fondamentaux.

… Avec un dernier projet : « Europa, pour sauver l’Europe »

Dans ce petit ouvrage, publié le 2 octobre 2014 par les éditions XO, V.G.E. lance un appel à la construction urgente d’un ensemble fort et fédéré, qui comprendrait, dans un premier temps, douze pays de l’UE, sans aucune modification des traités européens. La création d’un Directoire, la mise en place d’un seul et même budget, d’une fiscalité et d’un droit du travail communs doivent permettre à l’Europe de redevenir puissante face à la Chine et aux Etats-Unis. « Sans Europa, dans vingt ou trente ans, l’Europe et chacun des pays qui la composent ne compteront plus sur la scène internationale. »

Dans cet esprit, à la suite du vote en faveur du Brexit en 2016, V.G.E. plaide pour une Europe plus concentrée autour des « pays fondateurs » et de leurs « voisins qui partagent les mêmes idées ».

Le bilan européen de V.G.E. est moins spectaculaire que celui de son successeur, François Mitterrand, père de l’Union et de l’euro. C’est pourtant V.G.E. qui en a posé les fondations, avec des réformes majeures qui ont marqué la construction européenne.

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