Sept ans de « simulations » à la Maison de l’Europe en Limousin

Le 28 mai dernier s’est tenue dans les locaux du site limougeaud mis aimablement à notre disposition par le Conseil Régional de Nouvelle-Aquitaine la septième édition de ce que l’on désigne couramment sous le terme de « Simulation du Parlement européen » avec comme sous-titre « Et si j’étais député européen ? ».

C’est en effet depuis 2018 que chaque année au mois de mai[1], le « Joli mois de l’Europe » qui est annuellement un des moments forts de l’activité de la Maison de l’Europe – EUROPE DIRECT Limousin, est programmé ce rassemblement qui compte jusqu’à une centaine de lycéens et lycéennes provenant de trois ou plus généralement quatre établissements du territoire d’intervention de la MdE et représentant, autant que faire se peut, les quatre départements ou entités administratives qui le composent.  C’est ainsi qu’ont participé à une ou plusieurs reprises les lycées limougeauds Raoul Dautry, Auguste Renoir, Marcel Pagnol[2] et Suzanne Valadon ; les lycées corréziens Edmond Perrier de Tulle, Pierre Caraminot d’Egletons et Bossuet de Brive ; en Creuse les lycées Pierre Bourdan de Guéret et Delphine Gay de Bourganeuf et les lycées Antoine de Saint-Exupéry de Terrasson et Alcide Dusolier de Nontron dans le nord du département de la Dordogne.

Le principe :

L’objectif de cet exercice pédagogique au service de l’éducation à la vie politique européenne que constitue cette simulation est de mettre les participants dans des situations proches de la réalité institutionnelle, sans leur faire jouer toutefois des rôles qu’ils ne seraient pas en mesure d’assumer, en leur imposant par exemple de défendre des positions qui ne sont pas les leurs. La finalité est en effet d’engager un débat citoyen dans lequel ils confrontent leurs opinions sur des problématiques véritablement européennes. En effet, le Parlement européen, acteur essentiel de la vie démocratique européenne n’en est pas pour autant familier du grand public et en particulier du public jeune des lycées français qui, outre les timides approches offertes par les programmes scolaires, n’en ont généralement et au mieux, que la vision approximative que leur en donnent, tous les quatre ans, les médias nationaux lors des élections dites « européennes » mais envisagées trop souvent sous le seul angle de la vie politique nationale.

Or, la pratique parlementaire européenne diffère profondément de celle de notre Chambre des députés : beaucoup moins spectaculaire, elle est essentiellement le lieu du débat et de la recherche de compromis.

La préparation :

Après les deux premières expérimentations du dispositif, en 2018 et 2019, il est apparu à l’évidence que nombre de participants arrivaient à cette journée de simulation sans l’avoir véritablement et efficacement préparée en amont, et avec, sinon une méconnaissance, tout au moins une maîtrise par trop imprécise du fonctionnement des institutions européennes et des sujets qui étaient soumis à leur réflexion et à leurs échanges. C’est dans cette optique qu’a été mis en place un dispositif d’accompagnement des participants et de leurs enseignants sous la forme de « dossiers participants » et de « fiches enseignants » chargés de faciliter la préparation au débat et d’apporter, aux uns et aux autres, en un temps restreint qui ne vienne pas trop alourdir des programmes d’enseignement par ailleurs chargés, les informations utiles à la compréhension des problématiques et de leurs enjeux. Cet ensemble d’outils « clé en main » [3], conçu et réalisé par l’équipe référence de la MdE dès le premier trimestre scolaire, est envoyé aux différents établissements candidats au cours du deuxième. Des interventions sont d’ailleurs proposées à ces derniers afin, s’ils le souhaitent, de les aider à mieux aborder les sujets qui seront soumis aux élèves lors de la journée du mois de mai sous la forme d’articles de lois qu’ils auront à débattre et qui sont rédigés lors de ces premières réunions de préparation.

Le déroulement de la « simulation » :

Ces propositions de lois « fictives » les élèves-eurodéputés les découvrent lors du travail en matinée[4] dans les quatre commissions correspondant aux quatre thèmes choisis : en cette année 2026 c’étaient : « Assurer la défense de l’Europe», « La lutte contre la désinformation », « L’U.E. et la fast fashion » et « Le budget européen »[5]. Une proposition déclinée chaque fois en trois articles que les participants sont conviés à approuver, à rejeter ou – et c’est le cas de loin le plus fréquent – à amender. Le débat est conduit sous l’autorité d’un président ou une présidente de séance désigné.e au préalable de même que sont désignés en amont les rapporteurs qui auront la charge de présenter les amendements élaborés à l’issue des débats et d’en développer l’argumentation, en français (3 rapporteurs) et en anglais ou quelquefois en espagnol (3 rapporteurs). Un membre de la Maison de l’Europe est présent pour introduire et relancer si besoin les débats, et ceci avec le maximum de discrétion. D’autres personnes dont des enseignants accompagnateurs ont aussi la possibilité d’y assister.

L’après-midi (de 13 heures à 16 heures), les eurodéputés d’un jour se retrouvent dans l’hémicycle où débutera la séance plénière sous la présidence d’un député ou ancien député européen[6]. Les propositions de lois sont alors présentées (en français et dans la langue étrangère choisie) à l’ensemble des participants qui ont la possibilité d’intervenir et de poser des questions aux rapporteurs avant que chaque article, puis l’ensemble de la proposition de loi, soit soumis au vote.

La fin de séance permet aux élèves eurodéputés d’interroger le président ou la présidente de séance, notamment sur son expérience et son engagement au sein de l’assemblée de Strasbourg et Bruxelles.

Le bilan :

Les sept occurrences de l’exercice nous offrent aujourd’hui la possibilité de porter un regard critique sur son impact auprès du public jeune auquel il s’adresse.

Le ressenti global est très largement positif : les lycéens sont particulièrement impressionnés par le caractère institutionnel, voire solennel, de cette journée : la mise en conditions quasi réelles qu’offre notamment l’hémicycle régional y contribue. Le sérieux du processus législatif qui se veut au plus près de celui de la « vraie » assemblée européenne avec, en particulier, sa pratique du multilinguisme, mais aussi la liberté de parole laissée aux élèves tant au sein des commissions que de l’assemblée plénière sont, à l’évidence, des atouts majeurs de cette démarche pédagogique. De plus, l’hétérogénéité des publics lycéens présents s’avère positive : ainsi des élèves de classes de lycée professionnel surprennent leurs enseignants par leur implication dans les débats et leur capacité à soutenir des argumentations pour le moins complexes.

Toutefois un certain nombre de réserves et de questionnements s’imposent.

La première réserve porte sur le niveau encore inégal de la préparation des thématiques de cette journée malgré le dispositif très élaboré conçu et fourni par l’équipe de la MdE. La plupart de ces thématiques requièrent en effet une maîtrise minimale du fonctionnement des institutions européennes et de leurs politiques qui fait à l’évidence défaut lors des échanges en commission mais surtout en séance plénière, au risque de réduire ces derniers à des banalités ou des approximations. La bonne volonté des équipes éducatives n’est pas en cause mais l’on peut néanmoins regretter le manque voire l’absence d’engagement dans cette démarche originale des enseignants d’histoire et géographie que les problématiques européennes devraient pourtant concerner au premier chef.

Une autre interrogation se pose également à l’équipe organisatrice de la manifestation : faut-il laisser aux élèves une totale liberté de choix parmi les thématiques proposées, au risque d’un important déséquilibre dans la composition des différentes commissions ? Certaines peuvent leur apparaître comme particulièrement austères (c’est le cas des thématiques institutionnelles, celle des élargissements, de la gouvernance ou du budget européen par exemple). D’autres, par contre, sont jugées plus attirantes parce qu’elles concernent des domaines plus familiers de la jeunesse : le bien-être animal, la fast fashion, la désinformation, etc. Pourtant, les échanges en plénière sur ces sujets confirment parfois eux aussi un manque de maîtrise de leur technicité.

Par ailleurs, les organisateurs de cette manifestation annuelle regrettent le manque d’intérêt que portent à cette dernière les médias télévisuels locaux mais saluent la présence régulière de plusieurs journalistes de la presse écrite ou radiophonique locale.

D’autres éditions de la « simulation » seront organisées dans les années à venir. La Maison de l’Europe – EUROPE DIRECT Limousin s’efforcera de corriger, dans la mesure du possible, les faiblesses de l’organisation actuelle mais il reste évident qu’elle ne saurait renoncer à une initiative qui demeure une de ses actions phares avec, comme ambition affirmée, de faire vivre aux lycéens de notre région une expérience vivante de démocratie européenne.


[1] Exception faite des années 2020 et 21 au cours desquelles la crise sanitaire a conduit à l’annulation de la manifestation.

[2] Les lycées Marcel Pagnol et Delphine Gay sont des lycées professionnels labellisés « Ambassadeur du Parlement européen »

[3] L’ensemble des documents préparatoires des différentes sessions est disponible sur demande à la MdE.

[4] Le travail en commission est précédé d’un rassemblement dans l’hémicycle, où, après la diffusion de l’hymne européen, une présentation est faite par le président de la MdE, l’animatrice chargée de la simulation ainsi que par les personnalités invitées dont des représentants de la région et du rectorat.

[5] Autres thématiques abordées lors des sessions précédentes :  « le réchauffement climatique », « la protection des données », « les travailleurs détachés », « le sauvetage en mer des migrants », « la réduction des émissions de CO2 », « la protection des animaux de laboratoire », « la création d’une armée européenne », « l’accueil des migrants », « la défense des valeurs européennes », « le bien-être animal », « la réduction des déchets »,  « les élections européennes », « la gouvernance de l’UE »,  « l’intelligence artificielle », « la protection de la biodiversité », « l’élargissement de l’UE », « l’UE et la santé »…

[6] A répondu en 2023 à l’invitation de la MdE l’eurodéputée Laurence Farreng, les autres présidences ayant été assurées par le député puis ancien député européen Jean-Paul Denanot, et, exceptionnellement, en 2022 par l’ex-députée au Parlement français Monique Boulestin. La MdE leur adresse ses plus vifs remerciements.