La République d’Irlande et l’Union européenne

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La République d’Irlande préside le Conseil de l’UE (Union européenne) au second semestre de l’année 2026. Depuis son entrée dans l’Europe, c’est sa huitième présidence.

Pour ce petit pays de l’UE (à peine 70 000 km² et 5 ,4 M h), la « compétitivité » est le fil conducteur du programme de sa présidence.

En dépit de l’indépendance avec le Royaume-Uni depuis 1921, la question de la frontière avec l’Irlande du nord et de la réunification du territoire est toujours en suspens.

Le Président du Conseil européen, Antonio Costa, a fait de 2026 « l’année de la compétitivité européenne ». La feuille de route de l’Irlande pour la Présidence du Conseil de l’UE se situe dans cet esprit : « Une Europe, un marché ».

Pour cela, le programme prévoit de simplifier la réglementation, de lever les obstacles au sein du marché unique, de réduire les coûts de l’énergie et d’accélérer la transition numérique.

Le budget européen, dans le cadre pluriannuel 2028/2034, est un dossier clé du semestre irlandais. La Commission souhaite réduire le nombre de programmes de 52 à 16 pour augmenter la place de la compétitivité, de la sécurité et de la défense, Dublin doit donc jouer le rôle de médiateur entre les Vingt-Sept.

Dans le secteur du numérique, il faudra arbitrer entre deux objectifs : stimuler la compétitivité européenne et renforcer la protection des citoyens. Une position ambiguë : de nombreux géants de la technologie, présents sur le territoire irlandais, sont à la source d’importantes recettes fiscales pour le pays.

L’aide à l’Ukraine et le maintien de la pression sur la Russie, une politique européenne plus ferme vis-à-vis d’Israël, l’augmentation des capacités de défense et le soutien à l’élargissement de l’UE sont aussi au cœur du programme irlandais.

La République d’Irlande est entrée dans l’UE en 1973, avec le Royaume-Uni et le Danemark : c’était le premier élargissement de l’UE. Le traité de Nice, rejeté en juin 2001, a été adopté par les Irlandais le 19 octobre 2002 (63 %). De même, le traité de Lisbonne refusé en 2008 (53,4 %) est accepté en 2009 (67 %) après l’octroi de concessions à l’Irlande : Commissaire irlandais, taux d’imposition réduit, interdiction de l’avortement.

Depuis 2020, l’Irlande est représentée par treize députés au Parlement européen. Michael Mac Grath est le Commissaire irlandais chargé de la démocratie, de la justice et de l’État de droit.

Si l’Irlande a adopté l’euro, le pays n’est pas membre de l’espace Schengen, en raison de la frontière avec l’Irlande du Nord et le Royaume-Uni, et de la volonté de maintenir la « zone de voyage commune » (Common Travel Area) avec ces deux territoires .

L’histoire coloniale est à l’origine de cette question d’Irlande. Au XVIème et au XVIIème siècle, la domination anglaise s’accompagne d’une politique coloniale de peuplement et d’une imbrication complexe entre question religieuse et question politique. Les bases sont alors posées de l’opposition géographique entre le Nord protestant et urbanisé et l’Ouest rural et catholique. Le développement du nationalisme irlandais, à partir du milieu du XIXème siècle, conduit en 1921 à l’indépendance et à la partition de l’île (Traité de Londres) : au sud, la République d’Irlande (nom de 1949) et au nord, l’Ulster qui reste dans le Royaume-Uni.

En 2016, à la suite du Brexit, le « protocole nord irlandais » doit éviter la mise en place d’une « frontière dure ». L’Irlande du Nord reste dans le territoire douanier britannique, tout en ayant la possibilité d’accéder au marché unique européen. Les citoyens irlandais et britanniques peuvent circuler librement entre les îles britanniques. En 2023, un nouvel accord entre les deux États met en place deux circuits : les marchandises venant du Royaume-Uni, destinées uniquement à l’Irlande du Nord, sont exemptées de contrôle (voie verte), contrairement à celles qui transitent vers la République d’Irlande et donc vers l’UE (voie rouge).

Catherine Connolly, militante de la réunification de l’île, occupe la fonction, essentiellement représentative, de Présidente de cette République parlementaire. Micheál Martin, Premier Ministre élu pour la seconde fois en janvier 2025 par une coalition de partis de centre-droit et d’indépendants, est responsable devant la Chambre des représentants[1].

L’indépendance a peu changé l’intensité des relations entre l’ancienne colonie et la métropole.  L’organisation spatiale de la République d’Irlande est fortement influencée par la proximité de la Grande-Bretagne : Dublin reste un relais éloigné de Londres.

Une plaine centrale, des montagnes basses avec des tourbières, un climat océanique très humide, restreignent la mise en valeur agricole. L’Irlande a été un pays d’émigration vers la Grande-Bretagne, les Etats-Unis : principale réponse à la misère économique. A son entrée dans l’UE, l’Irlande avait un des niveaux de vie les plus faibles, avec un PIB (Produit intérieur brut) inférieur de 30 % à la moyenne européenne.

L’admission dans le marché intérieur, les aides européennes et une forte ouverture internationale ont permis le développement économique. Les multinationales dans les domaines de la technologie et de la pharmacie, venant des États-Unis, de Grande-Bretagne et d’Allemagne, ont profité des coûts sociaux et fiscaux réduits (taux d’imposition à 10 %). Mais depuis 2021, l’Irlande doit appliquer un taux de 15 % pour les firmes multinationales dont le chiffre d’affaires est supérieur à 750 M €.

L’Irlande reste le maillon faible de la défense européenne. La majorité des habitants est attachée à la neutralité et le pays compte encore sur la Grande-Bretagne pour assurer sa protection aérienne. Mais ce sentiment de sécurité est remis en question après l’invasion russe de l’Ukraine ; un plan de cinq ans doit développer la défense maritime et une coopération renforcée avec le Royaume-Uni et la France dans le domaine militaire.

L’adhésion de l’Irlande à l’UE est donc très positive pour ce petit pays. Mais la question d’Irlande est toujours d’actualité. L’idée d’une réunification imminente est à nuancer ; la perspective à plus long terme semble meilleure.


[1] Cf. portrait sur notre site.